Ile Maurice: Incendie de Cité Longère - Un peu de bonheur après le malheur

24 Novembre 2019

Certains ont tout perdu, lorsqu'un violent incendie a éclaté à Cité Longère, Baie-du-Tombeau, mercredi. Ravageant, sur son passage, douze maisons et endommageant douze autres. Aujourd'hui, les familles touchées sont logées dans trois centres communautaires, Elizabethville, St-Malo et Riche-Terre.

Il est 17 h 30. Direction Cité Longère où le drame s'est produit. Sur place, les habitants dont les maisons ont été épargnées par les flammes vaquent à leurs occupations habituelles. Personne ne peut expliquer ce qui a pu déclencher le feu. «Nous pensons que cela pourrait avoir un lien avec les câbles électriques. Et vu que les maisons sont toutes côte à côte, le feu s'est vite propagé.»

À tel point que les occupants des maisons n'ont pas eu le temps de sauver quoi que ce soit. «Nou finn zis bizin sorti vit-vit.» Nombreux sont ceux, cependant, qui ont essayé d'éteindre le feu, à coup de seaux d'eau. «Mé li pann asé. Ek ponpié osi inn vini san dilo. Séki fer ki lézot lakaz osi finn bril ansam.»

Ce qui les incommode aujourd'hui, c'est l'odeur. Ceux habitant à proximité doivent en permanence respirer cet air vicié. «Ou imazinn ou? Ena zanfan isi. Ti baba. Pa fasil ditou.» D'ailleurs, ils se plaignent aussi de la chaleur étouffante, suffocante. «Pas facile de vivre en été dans ces conditions. Vinn res anba tol. Lerla ou pou konn nou soufrans.»

«Mieux que rien»

Direction ensuite, Cité Roma à Riche-Terre, au centre social. Les enfants jouent dans la cour, presque insouciants. Les mamans, elles, sont à l'intérieur. Elles font un brin de causette. «Oui, c'est une situation difficile. Bien sûr que nous aurions aimé être chez nous. Mais que voulez-vous. C'est toujours mieux que rien», confie Danielle Bégue. Toutes celle rencontrées assurent que tout le monde est bien traité. «Nou pe gagn bien manzé pa kapav dir nanyé.»

Ce qui leur manque cependant, sont les vêtements pour enfants et des sous-vêtements. «Les gens viennent déposer des habits pour nous chaque jour. Le problème, c'est que nous n'avons pas d'endroit où faire la lessive. Ki nou pou fer, nou pa pou kav zet bann linz fini servi non?»

Autre problème : le transport et l'acclimatation. «Finn tir nou dan nou landrwa pou met nou isi. Nou pa konn nanyé isi. Bis mem pa pé pasé. Ceux qui travaillent marchent sur plusieurs kilomètres chaque jour.»*

«Madam for»

Quid des allocations reçues par le ministère de la Sécurité sociale ? Zéro grogne. «Li pa asé pou refer nou lavi. Nou finn perdi tou. Mé omwin finn donn nou enn ti zafer pou sirviv», poursuit une interlocutrice. De plus, les députés, ministres et PPS ne chôment pas, selon les dires des sinistrés. «Ils ne nous négligent pas. Tou pé vinn get nou.»

Un peu plus loin, une jeune femme, enceinte. Celle-ci, grâce à la générosité sans faille d'un compatriote, a obtenu un lit sur lequel elle peut dormir. Les autres se contentent, quant à eux, de matelas posés à même le sol. «Nou bann madam for, nou. Nou pou sirmonté... »

Parmi, il y a Julie Carpenen. Celle-ci très coquette, a 80 ans. Elle est assise sur une chaise. À ses pieds, sur un matelas, sa famille. Julie est «doyenne» ici. Mais loin de se laisser abattre, elle a plutôt bonne mine. «Le jour de l'incendie, je n'étais pas chez moi. J'étais chez une de mes filles. Kan pou kapav regagn nou lakaz la?» se demande la fringante octogénaire.

Manque de rien

Elle veut rentrer chez elle et se sentir à l'aise, bien que, affirme-t-elle, elle ne manque de rien dans le centre. Samedi dernier, une fête a été organisée pour son anniversaire. Une semaine plus tard, la joie s'est transformée en inquiétude et incompréhension. Julie affirme ne pas savoir, elle aussi, comment un tel incendie a pu éclater à Cité Longère. «Mo pa pou kav dir ou.» Sa fille, elle, remercie Dieu que sa mère n'était pas sur place ce jour-là. «Enn sans li pa ti la mem. Sinon ti kapav ariv pli grav.»

Julie Carpenen ne compte pas rester ici encore longtemps. Et souhaite avoir une maison temporairement, jusqu'à ce que celle qui a brûlé soit remise en état, surtout à l'approche des fêtes. Il faudra certes du temps pour la reconstruction. «Mé bondié pou ed nou.»

Impuissants

C'est vers 9 heures, mercredi que l'alerte a été donnée. Le violent incendie a ravagé plusieurs cases en tôle et en bois. L'incendie a été difficilement circonscrit par les pompiers, en raison d'un problème d'eau au niveau des bornes hydrantes.

Ainsi, des conteneurs avaient été mis à la disposition de ceux et celles qui ont pu sauver quelques effets personnels, des vivres et des bonbonnes de gaz, entre autres. Des enfants avaient, eux, été placés à l'abri dans des centres sociaux, alors qu'un bébé avait été transporté à l'hôpital. Le petit ayant du mal à respirer selon sa maman, en larmes.

Les nouvelles maisons de la NHDC pas livrées avant mai 2020

Les 150 maisons en dur, construites par la National Housing Development Company Ltd (NHDC) de l'autre côté du chemin, en face, à Cité Longère, serviront à reloger les habitants. Mais elles ne sont pas encore prêtes même si les travaux vont bon train. «Nou finn tann dir li pou an Mé lané prosenn», soutiennent les habitants, eux-mêmes. D'ailleurs, sur place, vendredi après-midi, l'on constate que les ouvriers étrangers sont toujours sur place. Les maisons ont déjà été érigées, mais il reste encore beaucoup à faire.

Pour rappel, Showkutally Soodhun avait annoncé en août 2017 que 150 familles de Cité Longère, à Baie-du-Tombeau, deviendraient propriétaires d'une maison individuelle d'ici à deux ans. Il avait aussi précisé que le Premier ministre, Pravind Jugnauth, lui avait donné l'accord pour allouer Rs 225 millions à ce projet.

Ainsi, en attendant que les travaux ne soient complétés, les habitants avaient été relogés dans les maisons en tôle construites sur le terrain de football à proximité des maisons de la NHDC de Baie-du-Tombeau.

Allocations

Une fois n'est pas coutume, le montant des allocations accordées par le ministère de la Sécurité sociale aux sinistrés n'a pas provoqué la polémique. Ils recevront ainsi Rs 8 688 par personne, soit Rs 2 172 pour la nourriture, Rs 2 172 pour les vêtements, Rs 2 172 pour les meubles, et Rs 2 172 pour les ustensiles de cuisine. Par ailleurs, les chefs de famille percevront Rs 4 259.

Pourquoi ces chiffres pas «ronds» ? Nous avons essayé, en vain, d'obtenir des explications des autorités à ce propos. Quoi qu'il en soit, des dispositions ont été prises pour l'approvisionnement en lait, couches et biberons pour les bébés. Et un médecin a également rendu visite aux victimes dans les centres.

Plus de: L'Express

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