Cote d'Ivoire: FIF - Didier Drogba, les enjeux d'une candidature

26 Novembre 2019

Ce n'est plus un secret ! Didier Drogba sera bien présent pour le coup d'envoi du match pour la présidence de la Fédération ivoirienne de football (FIF). L'ancien capitaine emblématique des Eléphants (106 sélections, 65 buts entre 2003 et 2014) a décidé d'apporter sa contribution pour le rayonnement du football éburnéen.

L'ancien Marseillais et vainqueur de la Ligue des Champions 2012 avec Chelsea veut marcher dans les pas d'Ezan Emmanuel (1988-1990), seul joueur sur 11 présidents à avoir dirigé la Fédération. Une ambition légitime pour un athlète qui veut rendre à son pays ce que ce dernier lui a donné, ce que ce dernier a fait de lui.

Mais avec quoi et comment Didier Drogba entend retourner l'ascenseur à la Côte d'Ivoire et à son football ? Décryptage d'une candidature savamment murie et minutieusement préparée.

«Renaissance», son projet Comme il a mené sa carrière avec beaucoup de professionnalisme, Drogba en a fait de même pour son ambition de diriger le football ivoirien au plus haut niveau.

Dans sa volonté de succéder à Sidy Diallo en poste depuis septembre 2011 et réélu pour un second mandat en juin 2016, l'ancien de Chelsea a réfléchi à un projet.

Dénommé «Renaissance» et qui se décline en six grands chapitres le projet de Drogba aura le mérite de repenser, révolutionner, développer, le football sous tous ses aspects en Côte d'Ivoire. Dans sa vision, il ambitionne de faire de la Côte d'Ivoire une nation moderne du football africain.

Vainqueur à deux reprises de la CAN senior (1992 et 2015) et cadette (2013), avec trois participations à la Coupe du monde senior (2006, 2010, 2014), la Côte d'Ivoire peine toujours à se mettre au niveau des meilleures nations du monde. Et dire que ce ne sont ni les ressources humaines, techniques et financières qui manquent.

La candidature de Drogba vient donc remédier à tout ce manquement. Dans la réalisation de son projet, il se donne pour mission principale de fédérer toutes les énergies afin de développer les infrastructures et offrir un épanouissement à tous les acteurs du football. Divisé entre partisans et adversaires de l'actuel comité exécutif, le football ivoirien s'engouffre chaque jour dans l'abîme.

Engagés tous dans un combat pour la survie et de leadership, les dirigeants abandonnent l'essentiel. A l'arrivée, toutes les infrastructures tombent en désuétude totale.

La pratique de la discipline devient un calvaire pour les athlètes et le public déserte les enceintes. A côté de cela, les athlètes ne sont pas traités convenablement.

Et le niveau du football local en pâti. Drogba veut s'appuyer sur des valeurs d'honnêteté, d'humanité et d'innovation pour enclencher sa révolution. L'image du football ivoirien ces dernières années a été fortement dégradée avec des détournements dénoncés par plusieurs dirigeants.

La FIFA a même dépêché une mission d'audit en Côte d'Ivoire à cet effet. Comme objectifs à atteindre, Drogba veut moderniser et développer les infrastructures, assurer leur entretien et leur pérennité. Ce qui implique également la création de nouvelles infrastructures, une gestion nouvelle, le développement de la médecine du sport (clinique du sport).

En plus de moderniser le cadre légal et règlementaire avec l'adoption de nouveaux textes de lois, il entend développer une économie du football propice à l'épanouissement des acteurs. Ce qui sous-entend la modernisation de la fiscalité, le développement du sponsoring et la gestion des droits Télé.

Les acteurs tiennent une place de choix au niveau piliers stratégiques du projet Drogba. A cet effet, il vise à renforcer le statut et à protéger les footballeurs en activité, à accompagner les footballeurs à la retraite et à moderniser les clubs à travers l'adoption d'un cahier des charges. Les arbitres et les formateurs auront avec Drogba un statut bien défini et solidement approfondi.

La coopération internationale et régionale doit se matérialiser par le renforcement des compétences, la formation, la construction des infrastructures et des partenariats. La formation des entraineurs, des formateurs, des arbitres et des joueurs est essentielle et même indispensable.

Et l'ancien joueur du Mans en fait une priorité. Dans «Renaissance», ce sont également des programmes « Green» (formation de techniciens des pelouses), «OISSU» (compétitions en milieu scolaire), «Eléphant» (coupe régionale), «Comités» (compétitions inter-quartiers), «Visibilité» (développement du sponsoring et des droits télé), «Filao» (transformation digitale), «Ivoire» (modernisation du centre technique national), «Harmonie» (traçabilité, transparence de la chaîne de formation) et «Baobab» (restructuration de la fédération et des clubs).

Ses moyens et ses soutiens Didier Drogba, c'est une carrière riche de 20 ans qui l'a conduit en France, en Angleterre, en Chine, en Turquie, au Canda et aux Etats-Unis.

Une carrière au cours de laquelle il n'a pas manqué de dessiner les contours de son ambition future. Actionnaire au club américain de Phoenix Rising, PDG de Goal for Africa (GFA), Didier Drogba compte parmi les personnalités les plus influentes du monde.

Ce qui ne va pas sans un réseau fort et solide dans le monde des affaires. Ambassadeur de la Fédération internationale de l'automobile (FIA), pour la campagne dénommée «Safe Steps» qui vise à promouvoir la sécurité routière en Afrique, l'ancien attaquant de Galatasaray est sollicité par l'Organisation mondiale du tourisme. Cette dernière instance, pour le prestige et pour ce qu'il représente, en a fait son ambassadeur.

Tout comme avant elle, la Ligue de football professionnel française. Vice-président de «Peace and Sport», il co-présentera la cérémonie du Ballon d'or France football 2019.

Invité du président Rwandais Paul Kagamé en octobre dernier lors du sommet de la jeunesse africaine, Drogba est également une figure qui colle à l'humanitaire à travers sa Fondation éponyme qui œuvre à apporter un soutien aux populations ivoiriennes et africaines les plus vulnérables dans le domaine de la santé et de l'éducation.

Invité le 12 septembre dernier du CEO Talk, le rendez-vous business d'HEC Paris pour les dirigeants africains, l'ancien joueur de l'Impact de Montréal est bien connu dans le milieu des affaires en Côte d'Ivoire avec des investissements dans plusieurs domaines.

Et c'est à juste titre qu'il a des amis et partenaires prêts à l'accompagner dans son projet de diriger la FIF. Au niveau politique, il a su se faire entourer des mêmes soutiens qui ont fait de son prédécesseur un roi. «J'ai vu un tout petit peu les articles, le remue-ménage qu'il y a autour du football africain, de cette éventuelle candidature.

C'est vrai que c'est quelque chose qui peut m'intéresser parce que je connais bien le football ivoirien pour avoir été en équipe nationale pendant plusieurs années.

J'ai côtoyé beaucoup de dirigeants et ces dernières années, je me suis aussi investi dans le football ivoirien. Oui, c'est quelque chose qui pourrait m'intéresser parce que j'ai envie d'apporter au football ivoirien et puis au football africain.

Je n'ai pas encore pris ma décision, mais c'est quelque chose à laquelle je réfléchis. Si toutes les conditions sont réunies, oui pourquoi pas», avait répondu Drogba sur les ondes de RFI pour parler de sa probable candidature.

Après avoir sillonné plusieurs capitales africaines et européennes, côtoyé des milieux d'affaires les plus influents, discuté avec plusieurs dirigeants locaux du football et visité les tenants du pouvoir d'Abidjan, il a fini par dissiper toutes les rumeurs.

Recevant les clubs de D3 pour la première étape d'une série de rencontres initiées avec les membres actifs de la fédération, il a déclaré officiellement sa candidature.

Une sortie qui fait dire à bon nombre d'observateurs que l'ancien international a tout bouclé et géré. Son handicap Didier Drogba, c'est une carrière à l'international.

Le candidat à la présidentielle de la FIF peut payer cher sa méconnaissance du football local, son fonctionnement, ses manigances et autres coups bas. Car le football ivoirien est vu par beaucoup comme un vrai panier à crabes.

Et les différentes crises auxquelles les acteurs ont habitué les Ivoiriens en sont le parfait témoignage.

En plus, il se présente comme un novice en matière de gestion de la chose fédérale. Ce qu'il ne cache pas d'ailleurs. «Je n'ai jamais dirigé une institution comme la FIF, mais j'ai une expérience dans ce domaine qui n'est pas négligeable.

Il faut savoir s'entourer et je pense qu'en Côte d'Ivoire, il y a des personnes très compétentes pour m'accompagner sur ce projet», a déclaré Didier Drogba, lors de la 3e édition de CEO Talk HEC Paris à Abidjan.

Tout comme sa méconnaissance du football local qui peut paraître comme un handicap n'en est pas forcément un, comme l'a souligné un dirigeant de club sous le couvert de l'anonymat. «Il a fait un programme qui tient compte de nos réalités.

Quand on parcourt son projet-programme, on retrouve tout ce que nous avons souhaité. C'est un jeune mais très mature dans son approche et sa vision. On ne peut dire qu'il ne maitrise pas le football local.

En tout cas au vu de son projet», a-t-il précisé. Le football ivoirien, c'est aussi une assistance constante aux clubs. Drogba entrerat-il dans ce canevas ? «Drogba est un chef d'entreprise, un homme de réseaux, quelqu'un qui compte des amis à même de l'accompagner.

Avec lui, on aura des partenaires, des sponsors, pour le football local. Un club qui a des partenaires, des sponsors, des ressources, n'attend pas que le président de la fédération lui donne de l'argent», a esquissé un autre.

Histoire de dire que les clichés collés aux clubs ivoiriens et aux dirigeants taxés à tort d'assistés vont disparaitre sous Drogba. Au vu de «Renaissance», un projet bien élaboré, l'ancien capitaine des Eléphants veut repenser tout le football ivoirien et en faire l'un des meilleurs du monde.

Son vécu en tant que joueur, sa reconversion dans le monde des affaires, son équipe constituée de personnes expérimentées et rompues à la gestion des grandes firmes sont des gages d'espoir de voir un football ivoirien enclencher son renouveau.

Tels sont ainsi définis les enjeux de la candidature de l'icône nationale. Une nouvelle vision pour un football nouveau.

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