Afrique: Entretien sur les nouveautés du Fresnoy, «villa Médicis» des ARTs numériques

Au Fresnoy, « toutes les disciplines ont l'accent d'une autre ». Ce studio national des arts contemporains, situé à Tourcoing, dans le nord de la France, est un pôle d'excellence international et considéré comme une « villa Médicis » pour les arts numériques. L'attirance pour la science et l'Afrique figure parmi les grandes nouveautés de cette institution unique.

De très grands artistes sont passés par Le Fresnoy : la cinéaste franco-sénégalaise Mati Diop, le plasticien français Clément Cogitore, le Taiwanais Pang-Chuan Huang... Entretien sur l'art des imaginaires numériques avec le fondateur-directeur Alain Fleischer, lui-même célèbre artiste, écrivain et cinéaste.

Alain Fleischer : À l'époque, on les appelait les nouvelles technologies. Aujourd'hui, ces technologies ne sont plus nouvelles. Tout le monde les pratique. Les arts numériques ont fait beaucoup de progrès. Souvent, les œuvres les plus belles qu'on peut voir dans une exposition, ce sont les œuvres qui font appel à une technologie numérique, à des langages numériques. Le langage est plus important que la technique. Mais, étrangement, les artistes du numérique restent dans un ghetto. Il y a beaucoup d'expositions d'art contemporain qui excluent les artistes numériques. Les artistes du numérique se retrouvent dans des manifestations spécialisées.

Les jeunes artistes sélectionnés par le Fresnoy viennent du monde entier, dont de l'Afrique. L'exposition annuelle Panorama 21 montre, par exemple, l'installation de l'artiste béninoise Éliane Aisso et le film de l'artiste malien Moïse Togo.

Comment faites-vous pour faire venir des artistes d'Afrique ?

Les gens viennent du monde entier. On a toujours eu beaucoup de candidatures en provenance d'Europe, d'Asie, d'Amérique du Nord et du Sud... Il y a 45 pays parmi les candidatures. Mais, c'est vrai, l'Afrique était absente. Cela nous inquiétait. On s'est demandé si c'est pour des raisons économiques ou pour des raisons de mauvaises informations. Donc, on est allé chercher des étudiants en Afrique. On a créé des stages, des workshops, pour que nous repérions des artistes africains. On l'a fait, on les a repérés. Ils se sont avérés des artistes magnifiques qui se sont emparés des outils de la création numérique avec beaucoup de talent, même s'ils venaient de cultures très traditionnelles. Mais, la plupart des artistes qu'on a fait venir d'Afrique ont utilisé immédiatement les moyens audiovisuels et numériques avec beaucoup de facilités, même de génie.

Quelles sont les conditions d'accès pour pouvoir postuler au Fresnoy ?

Il y a un concours en deux temps, on présélectionne les candidats sur dossier. Ceux qui sont présélectionnés sont invités à venir passer un grand oral devant un jury composé de beaucoup de monde, dont des représentants du ministère. On retient 24 étudiants sur 240 ou 250 candidatures, donc un sur dix. Ce qui nous intéresse, ce sont les motivations. Pourquoi veut-il venir au Fresnoy ? Et leurs intérêts pour les disciplines que nous pratiquons. Mais ils viennent de tous les horizons. Non seulement de nationalités, mais de toutes les disciplines : photographie, cinéma, danse, architecture, design...

L'originalité du Fresnoy est ce mélange, cette hybridation, cette multidisciplinarité qui fait que tout le monde se croise, s'influence. Toutes les disciplines ont l'accent d'une autre. Le cinéma qu'on pratique au Fresnoy a l'accent d'une autre discipline, de l'architecture, de la danse ou de la photographie. Il y a une « contamination » générale.

Le titre Panorama 21 pour le rendez-vous annuel de la création au Fresnoy est une allusion à la 21e promotion, mais il fait aussi penser à l'art du XXIe siècle. Quel est pour vous le plus grand enjeu artistique de notre temps ?

Aujourd'hui, on se rend compte que les jeunes artistes sont extrêmement sensibles aux réalités du monde, à la réalité sociale, aux grands problèmes sociaux, économiques, écologiques... C'est cela qui les passionne. La grande nouveauté depuis deux ans, c'est leur attirance vers les disciplines scientifiques. Ils aiment beaucoup interroger les scientifiques sur les grandes nouveautés de la recherche scientifique, que ce soit l'astronomie, la biologie, la médecine. Cela sera l'orientation à venir du Fresnoy que nous allons refonder pour accueillir en même temps les artistes et des scientifiques de toutes les disciplines : des mathématiciens, des astrophysiciens, des chimistes, des biologistes, etc.

► Panorama 21, le rendez-vous annuel de la création au Fresnoy, studio national des arts contemporains, jusqu'au 29 décembre 2019.

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