Maroc: Les libertés individuelles nécessitent un débat sérieux sans tabous ni stigmatisation

Rencontre-débat organisée par le secrétariat provincial de l'USFP (Casablanca-Maârif)

Des militants des droits de l'Homme et des universitaires ont appelé, lors d'une conférence organisée vendredi dernier au Complexe Touria Sekkat par le secrétariat provincial de l'USFP au Maarif (Casablanca) à ouvrir un débat sociétal serein, apaisé et surtout sans arrogance sur la problématique des libertés individuelles.

D'emblée, Jamal Berraoui, journaliste, éditorialiste et militant des droits de l'Homme, qui a animé et modéré cette rencontre, a mis l'accent sur l'importance de ce sujet qui a suscité récemment un débat au sein de la société marocaine, tout en soulignant que les droits de l'Homme constituent un tout indivisible.

Pour Jamal Berraoui, les libertés individuelles sont une problématique sociétale qui nécessite un débat sérieux, sans tabou ni stigmatisation.

Pour sa part, Khalid Bekkari, militant des droits de l'Homme, a posé deux questions importantes. La première : «Est-ce que la société marocaine a une spécificité qui impose que nous devons avoir des positions hostiles aux libertés individuelles?».

L'Etat en Occident, rappelle-t-il, est au service de l'individu, alors que dans les systèmes dits «orientaux» ou «islamiques», on trouve l'inverse, c'est-à-dire que les intérêts du groupe priment sur ceux de l'individu. «Nous ne nous sommes jamais posés la question de savoir si les intérêts du groupe sont ceux de tous les individus qui le composent», a-t-il souligné, ajoutant que le corps dans notre tradition appartient au groupe et non à l'individu, d'où le fait que «toute jouissance est considérée comme un vice».

La seconde question est : « Est-ce que notre société est vraiment schizophrène en matière de libertés individuelles ? Est-ce que le problème a trait à la société tout entière ou au pouvoir ou plutôt aux deux à la fois ?

A ce propos, l'intervenant a mis en avant un paradoxe : les individus pratiquent leurs libertés individuelles quotidiennement, alors que le discours demeure conservateur, notant qu'il y a certes une évolution des valeurs, mais qu'elle reste lente.

Au terme de son intervention, il a appelé les défenseurs des libertés individuelles et ceux qui s'y opposent à débattre de cette problématique «sans provocation», «sans menace d'excommunication» et « sans arrogance».

Najib Mouhtadi, professeur de sciences politiques à la FSJES-Mohammédia, a, pour sa part, assuré que le sujet des libertés individuelles s'est imposé dans le débat public, mais «cela ne signifie absolument pas qu'on va solutionner cette problématique dans l'immédiat», tout en optant pour une approche «archéologique» pour aborder l'émergence des libertés individuelles en Occident.

«Les sociétés qui n'ont pas connu de coupures : guerre, divisions,... connaissent une évolution très lente», a-t-il affirmé, soulignant que la transition dans la société marocaine est lente et que le débat sur les libertés individuelles «n'est pas seulement un débat juridique (qui a trait aux lois), mais également philosophique et culturel».

Quant à Karima Nadir, militante des droits de l'Homme et membre du Collectif 490 pour l'abolition des dispositions du Code pénal criminalisant les relations extraconjugales, elle a mis l'accent sur la nécessité de mettre fin à toutes les pratiques qui portent atteinte aux droits individuels et de modifier les lois «caduques» pénalisant l'intimité individuelle et qui sont en déphasage avec l'évolution de la société marocaine.

«Ni l'Etat, ni la société n'ont le droit d'exercer leur tutelle sur les individus», a-t-elle mis en exergue, soulignant que l'Etat doit «poursuivre les corrompus» au lieu de s'immiscer dans l'intimité des personnes.

«Il ne faut pas tomber dans le piège. Souvent, on nous dit que la liberté individuelle est le produit de la pensée moderne, voire occidentale, et que cette pensée moderne est à l'antipode de notre tradition. C'est un grand mensonge parce que la pensée moderne est le fruit de la Renaissance, qui est, en fait, le fruit de l'héritage grec dans lequel les philosophes arabes ont joué un grand rôle », a souligné pour sa part l'universitaire Hassan Chraibi. «Cet héritage est, en réalité, le nôtre», a-t-il mis en avant.

Il a également affirmé qu'«à cause de notre système éducatif et de notre retard historique, nous sommes un peuple qui ignore les choses dont on parle». Et d'ajouter : «Nous sommes devant un discours politique qui nie catégoriquement notre appartenance à l'univers».

Concernant les libertés individuelles et le droit à l'intimité, Hassan Chraibi a appelé à faire des plaidoyers pour les défendre et à ouvrir un débat avec ceux qui s'y opposent en vue de trouver un terrain d'entente.

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