Ile Maurice: Infrastructures adaptés - Les handicapés pas soulagés de sitôt

1 Décembre 2019

Se déplacer est un véritable calvaire. En fauteuil roulant, aveugles ou sujets à d'autres handicaps, plusieurs Mauriciens doivent braver ces obstacles. Comment font-ils ? Pourquoi les infrastructures adaptées font défaut ? Comment y remédier ? Explications à l'occasion de la Journée mondiale pour les handicapés le 3 décembre.

«Pour tout déplacement, je suis obligé de chercher un taxi si mon papa n'est pas là. Et le véhicule doit disposer d'un grand coffre, sinon je ne pourrai y placer mon fauteuil roulant», raconte Mohammad Yaaseen Edoo, 32 ans. Ce dernier, handicapé depuis la naissance, est responsable de la publication gratuite Handicap Universel. Très actif dans ce domaine, il est également membre du National Council for the Rehabilitation of Disabled Persons. Son engagement lui a d'ailleurs valu le Queen's Young Leaders' Award en 2015, remis par la Reine Elisabeth II et une rencontre avec la célébrité David Beckham. Aujourd'hui, le jeune homme s'insurge contre l'absence d'infrastructures adaptées pour les personnes handicapées à Maurice. À commencer par le système de transport en commun. Il cite notamment les autobus «semi-low floors» qui ne disposent pas de rampes d'accès pour les handicapés en fauteuil roulant. D'ailleurs, précise Sam Lauthan, ancien ministre de la Sécurité sociale et membre de la Commission des Droits Humains, ce problème de transport public a fait l'objet de plusieurs plaintes de personnes handicapées. «Il y a un décalage entre l'arrêt d'auto-bus et la porte d'entrée du véhicule», constate-t-il.

«Cela nous cause beaucoup de problèmes. D'autant que plusieurs bâtiments publics ne disposent ni de rampes ni d'ascenseurs. Et dans la rue, c'est presque impossible de rouler en fauteuil roulant tant les trottoirs et chemins sont dénivelés. Avec ces soucis de mobilité, on ne peut guère trouver un emploi», renchérit Mohammad Yaaseen Edoo. Nazim Jeehoo, 40 ans, paraplégique depuis un accident de travail, abonde dans le même sens : «Seuls quelques centres commerciaux sont accessibles aux personnes handicapées. Les villes, toilettes publiques et autobus ne sont pas adaptés pour ceux en fauteuil roulant. Pendant des années, je devais me déplacer en taxi, ce qui n'était pas évident. Alors j'ai décroché mon permis de conduire et fait les démarches pour pouvoir acheter une voiture. Hélas ce n'est pas facile non plus car je ne peux travailler». Cet ancien officier de la Special Mobile Force (SMF) critique le fait que la loi permet aux handicapés en situation d'emploi de bénéficier de l'achat d'une voiture hors taxe. Hélas, ceux qui ne peuvent prendre de l'emploi sont inéligibles.

Qu'en est-il des autres difficultés ? En termes de scolarité, des progrès ont été faits, notamment en dotant certains établissements de classes aux rez-de-chaussée. Cela dit, des espaces comme le laboratoire, la librairie entre autres, nécessitent une meilleure accessi-bilité. Les aires de stationnement réservées aux handicapés laissent également à désirer. D'une part, ces zones sont prises d'assaut par des personnes qui ne sont pas handicapées, décrie Mohammad Yaaseen Edoo. Et d'autre part, les emplacements ne sont pas sûrs, estime Nazim Jeehoo, également pratiquant de tennis en fauteuil roulant: «Par exemple, en se garant, on a souvent une roue sur la route et l'autre empêtrée pratiquement dans un drain».

Ces lacunes sont d'ailleurs confirmées par Ali Jookhun, président de l'association U-Link, qui encadre les personnes handicapées : «Imaginez si elles veulent simplement se rendre au marché de Port-Louis. Ce n'est même pas accessible. Beaucoup de lieux disposent de marches. Pourtant, le Building Act comprend des sections à ce sujet. Dans les écoles, il y a eu des améliorations mais il faut continuer à les apporter». Pour sa part, Tony Constance, papa de Jane Constance, jeune fille aveugle, souligne que souvent les personnes handicapées ont besoin d'un accompagnateur pour se déplacer dû aux problèmes d'accessibilité. «Regardez même pour les élections, on disait qu'il y avait des Special Voting Rooms. Mais les portes d'entrée étaient trop petites pour les fauteuils roulants», confie-t-il.

Que faut-il faire pour remédier à ces lacunes ? Pour Sam Lauthan, la provision d'autobus «low-floor» ou un réajustement du décalage au sein des véhicules existants est indiqué. Nazim Jeehoo est également de cet avis :«Chaque cinq autobus achetés devraient être adaptés. Et des rampes devraient être davantage disposées». De son côté, Mohammad Yaaseen Edoo évoque l'opération prochaine du métro, accessible aux handicapés. «Mais les feeder buses eux ne seront pas adaptés. Y a-t-on pensé ?», se demande-t-il. Nous avons essayé d'avoir une déclaration d'Alan Ganoo, ministre du Transport mais en vain.

Pour Tony Constance, le manque de volonté politique doit être revu tant sur le plan éducatif qu'infrastructurel : «Quelle importance accorde-t-on aux handicapés ? Il faut que les décideurs s'y mettent pour de vrai». Quant à Ali Jookhun, il appelle à un changement de mentalités. Pour lui, les Mauriciens dans leur ensemble doivent mieux considérer les personnes handicapées. Ensuite, les infrastructures doivent être rehaussées, notamment avec l'apport des nouvelles technolo-gies, conclut-il.

En chiffres

31,504 : tel était le nombre de Mauriciens percevant une pension d'invalidité de base à octobre 2019. Selon Statistics Mauritius, en 2017/2018, ce taux était de 32,075 bénéficiaires contre 32,300 en 2016/2017. Et en 2015/2016, 29,287 personnes invalides avaient touché une allocation de l'Etat. Pour la période 2017/2018, le plus grand nombre de bénéficiaires étaient âgées entre 50 et 54 ans. Ce taux était de 6,227 Mauriciens dont 3,175 hommes et 3,052 femmes. Pour la même période, les plus jeunes handicapés n'étaient pas en reste. En effet, 3,335 bénéficiaires ont été recensés entre 0 et 14 ans. Parmi cette catégorie, 2,051 étaient des garçons et 1,284, des filles.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: L'Express

à lire

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.