Madagascar: Reboisement - « C'est une pratique analogue à la culture de riz »

La volonté de Madagascar de réaliser un reboisement à grande échelle est une excellente chose. En effet, le pays en a tellement besoin afin de mieux protéger sa biodiversité exceptionnelle.

Le directeur du programme Afrique et Madagascar de Missouri Botanical Garden (MBG), en la personne de Porter P. Lowry, l'a évoqué lors de son entrevue avec la presse. En fait, il veut partager son point de vue sur l'aspect technique du reboisement. « C'est une pratique analogue à la culture de riz. La seule différence est que la récolte de riz se fera dans plusieurs mois tandis que le reboisement nécessite 7 à 15 ans, voire plus, pour pouvoir exploiter les arbres, et ce, selon l'endroit et la variété des espèces à planter, », a-t-il fait savoir. A l'instar des autres activités agricoles y compris la riziculture, les activités de reboisement constituent un investissement. « Il faut ainsi s'engager à protéger cet investissement, notamment contre les feux de brousse pendant leur phase de croissance afin d'obtenir les fruits escomptés à la fin », a précisé Porter P. Lowry.

Engagée et disponible. En outre, il a rajouté que le reboisement nécessite des étapes à respecter tout comme la culture rizicole sans oublier le suivi systématique si l'on veut obtenir de bons résultats. A titre d'illustration, « le bon choix de la variété des jeunes plants d'arbres susceptible de pousser et de survivre dans chaque zone à reboiser s'avère primordial. Dans le cadre des sites de conservation de MBG, il y a des espèces de plantes qui s'adaptent bien mais qui ne peuvent pas réussir dans d'autres endroits. Mener des expériences s'impose ainsi pour savoir quelle espèce peut pousser dans quelle zone. Et cela peut prendre un certain temps. Ensuite, il faut adopter une technique plus appropriée tout en assurant un entretien périodique surtout la protection contre les feux qui est étroitement liée aux activités de reboisement. A part cela, il faut s'assurer que la personne qui doit gérer et entretenir la ressource en l'occurrence les arbres, soit engagée et disponible. Elle va travailler d'une façon fiable et continue comme dans les rizières », a expliqué le directeur du programme Afrique et Madagascar de MBG.

Vision claire. Par ailleurs, il a soulevé qu'il faut avoir une vision claire sur les objectifs de ce reboisement. « Quel est l'utilité des arbres plantés ? Est-ce que ce sera destiné à la production de bois -énergie, ou à la fixation de carbone tout en contribuant à la réduction de l'émission de gaz à effet de serre, ou à la stabilisation des sols ? », se demande-t-il. En revenant sur les espèces de plantes à reboiser, il a rajouté que les espèces autochtones sont très intéressantes mais il s'agit d'une espèce à croissance très lente. En revanche, les espèces indigènes sont très utilisées pour la restauration écologique. « C'est une façon de reboiser mais le but est de rétablir l'écosystème. La restauration forestière ne sera pas ainsi efficace si l'on pratique un reboisement des jeunes plants d'arbres aux fins utilitaires », a-t-il enchaîné.

Espèce de cancer. Actuellement, on utilise des espèces introduites à croissance rapide comme l'eucalyptus, les pins et l'acacia pour effectuer des reboisements. « Cette dernière pousse bien vite dans une zone à Fort-Dauphin. Mais il faut faire attention ! Il y a des risques associés étant donné que ces espèces introduites peuvent être des espèces envahissantes et non envahissantes. Cela peut complètement déplacer ou étoffer la faune et la flore. Le choix des espèces à planter doit être ainsi fait avec intelligence et prudence sinon cela pourrait réduire voire détruire la production de plantes utiles et empêcher les gens de valoriser leurs terrains de culture. Il n'y a plus la possibilité de rendre productif les zones envahies par ces espèces introduites. Pis encore, on ne peut plus les enlever ou s'en débarrasser. C'est comme une espèce de cancer », a réitéré Porter P. Lowry.

Acte humain. Et lui de rajouter qu'il n'y a pas de variété de plante miracle où l'on sème des graines et l'on peut attendre des arbres dans 20 ans. « Il y a des investissements en temps et en argent, en commençant par la préparation des sols, le choix des espèces adaptées et l'apport en éléments nutritifs des sols surtout dans les zones qui ont été incendiées afin d'obtenir un meilleur rendement. C'est utopique si l'on engage tout simplement les communautés de base à le faire tout en espérant avoir des arbres dans 15 ans. Le reboisement est un acte environnemental et un acte social et humain. Il faut adopter une approche adaptée à chaque éco-région tout en informant à toutes les parties prenantes, quelle est la finalité de cette activité si l'on veut bien réussir », a-t-il conclu.

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