Guinée Bissau: Deux anciens Premiers ministres au second tour

27 Novembre 2019

En Guinée-Bissau, Domingos Simões Pereira affrontera Umaru Sissoco Embaló au second tour de la présidentielle. Deux hommes issus du sérail.

En Guinée-Bissau, c'est le candidat du parti au pouvoir sortant qui est largement en tête du premier tour de la présidentielle. Domingos Simões Pereira est crédité de plus de 40% des suffrages. Celui qu'il affrontera au second tour, le 29 décembre, s'appelle Umaru Sissoco et ne récolte, lui, que 27,65% des voix. Mais les jeux ne sont pas encore faits.

José Mario Vaz éliminé

C'est d'abord un absent qui frappe le plus, dans ces résultats. Un candidat éliminé dès le premier tour de la présidentielle avec un peu plus de 12% des suffrages : José Mario Vaz, le chef de l'Etat sortant, qui briguait pourtant un nouveau mandat.

Mais pour les Bissau-Guinéens, l'essentiel est que le scrutin mette fin à la crise qui les frappe depuis des années.

"Il y aura un second tour, on espère que ça nous aidera à y voir clair. On en a marre du chaos dans notre pays. On va de plus en plus mal, on n'est pas payé, on n'a rien, nos enfants n'ont pas d'écoles. Il n'y a rien, on en a tellement marre !"

Il n'est pas certain que le second tour apporte un changement radical : les deux candidats en lice sont des purs produits du système : tous deux ont d'ailleurs été Premier ministre.

PAIGC contre ex-PAIGC

A 56 ans, Domingos Simões Pereira arrive en tête du premier tour. Il s'est présenté sous les couleurs du PAIGC, l'ancien parti unique. Face à lui, un homme un peu plus jeune, issu de la dissidence : Umaro Sissoco Embaló, 48 ans, candidat du parti d'opposition Madem G15.

"Deux hommes politiques qui n'ont rien en commun", de l'avis du politologue Augusto Nhaga, qui précise que si "Domingos Simões Pereira a un style plus occidental" et est "un homme du monde", son rival en revanche affiche un look "plus africain, plus proche du peuple, moins occidentalisé."

Domingos Simões Pereira a suivi une formation en finances au Portugal et aux Etats-Unis. Il porte souvent des costumes bien coupés. Il peut compter sur le soutien de son puissant parti.

Allégations et reproches de part et d'autre

Ancien secrétaire-général de la Communauté des pays de langue portugaise, il a ses entrées dans le monde lusophone. Ses adversaires lui reprochent d'être corrompu et d'avoir financé sa campagne avec l'argent de la drogue.

L'ancien général Umaru Sissoco Embaló, lui, est un riche homme d'affaires. Il n'a quitté le PAIGC que récemment et a fait campagne avec un keffieh arabe (turban) sur la tête.

"Les adversaires de Sissoco l'accusent d'être un islamiste et d'avoir financé sa campagne avec des sources obscures venues des pays arabes. Mais je ne suis pas de cet avis. C'est vrai qu'il est musulman, mais son épouse est catholique. Le turban lui a surtout permis de se démarquer visuellement des autres candidats."

Un avenir incertain

Ce qui adviendra au second tour est très ouvert. Soit Domingos Simões Pereira capitalise sur son avance et la machine PAIGC derrière lui.

Soit Sissoco parvient à rassembler l'opposition parlementaire et des candidats malheureux.

A moins que la contestation des résultats du premier tour ne déstabilise une nouvelle fois la Guinée-Bissau et n'empêche la tenue du vote à la date prévue.

Depuis son indépendance en 1974, le pays a connu quatre coups d'Etat, seize putschs manqués et des Premiers ministres qui changent régulièrement.

La Cédéao, partenaire et médiatrice dans le pays, a menacé de mobiliser les militaires et policiers de l'Ecomib déployés en Guinée-Bissau en cas de violences post-électorales. L'armée bissau-guinéenne pour sa part s'est engagée à ne plus se mêler de politique.

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