Congo-Kinshasa: Caisse de péréquation - La question de la mise en œuvre se pose

Les territoires de Zongo, Mobayi-Mbongo, de vastes parties de la Mongala sous les eaux depuis pratiquement un mois. Profitant de l'invitation de son homologue centrafricain à assister à la fête nationale de son pays, Félix Tshisekedi a fait un détour sur son chemin de retour par les provinces sinistrées.

Le chef de l'Etat n'aura certainement pas manqué de prendre le pouls de populations vivant dans une pauvreté extrême, quasiment aux antipodes d'un pays de cocagne.

Le chef de l'Etat vient d'effectuer une visite dite « de réconfort » aux populations déplacées du fait de la crue de la rivière Ubangi et ses affluents. Particulièrement touchées, les provinces de la Mongala, du Nord et Sud Ubangi. Au-delà des flonflons et discours protocolaires, des messages d'indéfectible attachement, l'opinion informée retiendra que ces provinces, parmi d'autres, affichent un degré élevé de pauvreté.

Les exécutifs de ces entités sont les moins sollicitées des instances gouvernementales au niveau national. Il est, en effet, rarissime d'apprendre qu'une délégation gouvernementale séjourne dans ces contrées pour une quelconque mission d'évaluation, d'étude de faisabilité de projets de développement, ou d'inauguration de la moindre infrastructure. A ce jour, trois provinces retiennent l'attention toute particulière des dirigeants du pouvoir central. En tête arrive le Lualaba, suivi du Haut-Katanga et du Nord Kivu, ou plutôt, de la ville de Goma. Et dans une certaine mesure, du Kongo Central et de la Tshopo. Connaissant le caractère jouissif de la classe politique congolaise, la course aux « missions officielles » vers ces régions s'explique et découle d'une évidence à crever les yeux.

La RD-Congo donne de plus en plus l'impression d'être scindée en deux : d'une part le Nord, constitué de nouvelles provinces issues du démembrement et de l'autre, le Sud qui affiche des ambitions de développement à plus ou moins moyen terme. Certes, les provinces du Sud avaient une longueur d'avance du fait de l'existence de gisements miniers reconnus, et jouissent d'une relative stabilité sur le plan sécuritaire. Alors que la Cuvette centrale apparaît tel un trou noir, le ventre mou de régimes successifs plus ancrés à faire valoir des projets aux allures d'éléphants blancs qui ne contribuent pas non plus à éradiquer une pauvreté latente. La corruption, les contrats léonins le disputent au détournement massif des deniers publics et au trafic d'influence. Ici aussi, les inégalités restent criantes.

C'est ici que se pose la question de la mise en œuvre de la Caisse de péréquation, consacrée dans la Constitution du 18 février 2006. Pour faire simple, cette disposition ouvre la voie à la prise d'un texte de loi instaurant les mécanismes de solidarité nationale, afin de pourvoir au déficit budgétaire des provinces les moins nanties. Il est courant d'entendre dans l'opinion un point de vue selon lequel aucune province rdcongolaise n'est véritablement pauvre. Encore y a-t-il lieu d'amorcer une démarche véritablement citoyenne pilotée par des animateurs responsables et motivés. Plus que de simples réservoirs de voix au profit de politiques intéressés, toutes les 26 provinces devraient participer d'une même volonté clairement exprimée vers un développement intégré.

Cependant, à l'instar de la rétrocession aux provinces des 40 pourcents des recettes dévolues au Trésor public, elle-même tout aussi consacrée par la même loi fondamentale, et jamais mise en pratique par les gouvernements successifs, la loi sur la péréquation risque de demeurer lettre morte du fait d'une trop forte centralisation des pouvoirs de décision. Si des avancées sont visibles dans son volet de la décentralisation de la Territoriale, avec la reconnaissance des Entités territoriales décentralisées et autres déconcentrées, le secteur des finances publiques reste fortement tributaire des décisions prises dans les cénacles politiques de Kinshasa. L'on se souvient à ce propos de la mini-fronde menée naguère par un groupe de gouverneurs qui avait engagé en son temps un bras-de-fer avec le gouvernement Matata 1. En dépit de leurs arguments, les Moise Katumbi, Mbatshi Mbatshia et autres Julien Paluku n'ont jamais réussi à faire plier le gouvernement central.

Il est à craindre que le même scénario se répète quant au démarrage effectif de la Caisse de Péréquation, tant le souci de conservation des privilèges et d'un train de vie effréné de la part des dirigeants politiques, exacerbés par l'ivresse d'un pouvoir tout neuf ne conduisent au gouffre des dépassements budgétaires devenus monnaie courante.

A moins que Félix Tshisekedi n'y mette le holà et rappelle ses troupes à l'ordre. Et tant qu'à faire, la bataille pour le changement, un virage radical sera rude, tant les dinosaures d'hier l'attendront de pied ferme dans un parlement tout acquis aux scénarios devenus une composante d'ADN vicié.

Le mécanisme de la péréquation est un défi que la coalition CACH-FCC devra relever. De son succès dépendra la survie d'un attelage qui, à chaque tour de roue, frôle le précipice.

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