Sénégal: Oumar Dia, Sg Sudes/Esr - «On risque un boycott des examens si le gouvernement persiste dans sa fuite en avant»

4 Décembre 2019
interview

La section Enseignement Supérieur et Recherche du Syndicat Unitaire et Démocratique des Enseignants du Sénégal/ (Sudes/Esr) a décidé d'observer aujourd'hui, mercredi 04 décembre, une grève d'avertissement pour l'ouverture de négociations sérieuses sur sa plateforme revendicative déposée sur la table du ministre en début mai 2019.

Le Sudes constate un statut quo sur la matérialisation des accords et entend, si besoin en est, procéder au boycott des examens et à la rétention des notes. Entretien avec le secrétaire général, Dr Oumar Dia, sur les réelles préoccupations du Sudes/Esr.

Le Sudes/Esr observe une grève d'avertissement aujourd'hui, 04 décembre 2019, dans toutes les universités publiques du pays. Quels sont les principaux points de revendication ?

Recourir à la grève comme moyen de lutte a toujours été une décision extrêmement difficile à prendre par les instances régulières de notre syndicat qui n'a jamais dissocié la lutte pour la défense des intérêts moraux et matériels des enseignants-chercheurs de la nécessité de préserver leur outil de travail qui est l'université.

L'opinion publique comprendra donc que ce n'est pas de gaieté de cœur que les militants et sympathisants du Sudes/Esr se préparent à observer une grève d'avertissement, ce 04 décembre 2019, dans l'ensemble des universités publiques du Sénégal. Pourquoi cette grève d'avertissement ?

Suite à une étude menée par ses experts et intitulée Impact des déficits d'infrastructures et de personnels sur l'efficacité du système d'enseignement supérieur public au Sénégal, le Sudes/Esr avait déposé une plateforme revendicative en début mai 2019 sur la table du ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation (M.E.S.R.I) et demandé l'ouverture urgente de négociations avec le gouvernement.

Le diagnostic de l'étude, confirmation s'il en est des conditions de travail catastrophiques des PER (permanents comme non permanents) et des étudiants, montre qu'il faut dans l'urgence achever au moins toutes les infrastructures en cours et planifier un recrutement minimal de 500 enseignants-chercheurs par an pendant dix (10) ans.

Suite au dépôt de la plateforme revendicative, le ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation (MESRI), entouré de ses collaborateurs, avait reçu une délégation réduite du Bureau national du Sudes/Esr le 21 mai 2019 et s'était engagé à organiser des négociations entre le gouvernement et le syndicat sur ses principaux points de revendications.

Malheureusement, à ce jour, le ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation (M.E.S.R.I) n'a pas respecté cet engagement.

Entre temps, sans concertation préalable avec les acteurs, il a de façon unilatérale décidé de l'orientation de tous les bacheliers de la session 2019 dans les seules universités publiques.

En quoi cette orientation « unilatérale » vous offusquerait-elle ?

Sur le principe (c'est dans sa plateforme revendicative), le Sudes/Esr ne s'oppose pas à cette mesure mais regrette qu'elle ne soit ni mûrie ni accompagnée de véritables mesures d'accompagnement.

En lieu et place de mesures fortes pour faire face à l'urgence de l'accueil massif des bacheliers dans les universités publiques, le ministre n'a fait qu'annoncer de vieilles recettes (création de quelques postes d'enseignants, construction d'une poignée de salles de classes et de quelques bureaux, augmentation légère des budgets des universités, etc.) que le Sudes/esr rejette d'emblée parce qu'elles sont loin d'être à la hauteur des urgences du moment.

Pour le Sudes/esr, collaborer à la mise en œuvre de ces recettes revient tout simplement à se rendre complice du projet manifeste de sabotage de l'enseignement supérieur par le gouvernement.

Le Sudes/ esr rappelle que c'est au prix d'énormes sacrifices des enseignants et des étudiants mais aussi d'une réduction drastique du quantum horaire que les années académiques ont pu être stabilisées à l'UCAD.

Depuis une dizaine d'années, les enseignants et les étudiants de l'UCAD squattent les écoles élémentaires alentours (Gueule Tapée, Médina, Zone A, Zone B, etc.) pour faire leurs cours de Travaux dirigés (TD) jusqu'à des heures tardives de la nuit (22h).

Faute de locaux suffisants mais également de personnels, les examens ont le plus souvent lieu à l'UCAD tous les jours de la semaine (y compris le week-end) de 08h à 20h.

La décision soudaine, non étudiée et sans mesures d'accompagnement fortes du ministre d'orienter tous les bacheliers dans les universités publiques ne fera qu'aggraver les conditions de travail des enseignants et des étudiants déjà très lamentables.

L'honnêteté commandant de reconnaitre que les recettes d'autrefois ne peuvent plus prospérer en 2019/2020, le Sudes/Esr en appelle à la responsabilité du gouvernement et l'invite à mettre en place très rapidement de véritables mesures d'accompagnement.

Le Sudes/Esr demande également que le gouvernement fasse l'effort d'accorder un traitement mensuel aux enseignants vacataires qui font marcher les universités en lieu et place du traitement inhumain de 5000 F par heure de cours, qu'il oblige les recteurs des universités Cheikh Anta Diop de Dakar et Assane Seck de Ziguinchor à se conformer aux arrêts de la Cour suprême qui les ont condamnés dans des affaires les ayant opposés à des enseignants de leurs universités, qu'il fasse modifier la loi n°2015-26 du 28 décembre 2015 relative aux universités publiques pour se conformer à la Recommandation de l'UNESCO de 1997 relative à la condition du personnel enseignant de l'ESR, etc.

La grève d'avertissement est une alerte d'un plan d'action dont le déroulement dépend de la réaction des autorités. À quoi peut-on s'attendre sans la matérialisation des accords ?

Le Sudes/Esr espère que le gouvernement adoptera la posture de responsabilité que l'on est en droit d'attendre de lui dans de pareilles circonstances.

Le Sudes/Esr rappelle tout simplement que la situation actuelle de notre système d'enseignement supérieur et de recherche est extrêmement critique. Le syndicat est ouvert au dialogue constructif pour trouver des solutions acceptables par tous.

La seule chose qu'il exclut, c'est une collaboration même passive à un effondrement programmé de nos universités.

Si, contre toute attente, le gouvernement reste fermé et persiste dans sa logique de fuite en avant, le Sudes/esr n'exclut pas de porter l'affaire au niveau de l'International de l'Éducation (IE) ; organisation à laquelle il est affilié et qui dispose d'une voix à l'Assemblée générale des Nations Unies.

Au plan interne, les étapes suivantes pourraient consister en un boycott des examens et en une rétention des notes.

Quelle lecture jusqu'ici de l'orientation des nouveaux bacheliers, de la problématique des préinscriptions mais également des mesures annoncées par le gouvernement ?

Depuis la mise en place de la plateforme Campusen, l'année 2019 a été celle où l'orientation des bacheliers a été la plus chaotique.

Non seulement les premières listes ont été sorties très tard (15 novembre) mais également leur diffusion a généré panique et inquiétude auprès des nouveaux étudiants.

Le Sudes/Esr avait appelé la DGES à apporter très rapidement les correctifs nécessaires mais aussi à tenir compte de la réalité sociale du pays dans lequel on vit en accordant des délais plus raisonnables aux bacheliers pour payer leurs frais d'inscription.

Les échos qui nous parviennent des nombreux nouveaux bacheliers n'incitent pas à penser que la DGES fait l'effort d'améliorer la qualité du processus d'orientation.

Pour les mesures d'accompagnement annoncées (200 postes, quelques bureaux et salles de cours), elles sont tout simplement insignifiantes et ne permettront en aucun cas d'améliorer les conditions de travail actuelles.

Le Sudes/Esr s'interroge sur le sort que le gouvernement a réservé à une infrastructure universitaire d'envergure comme l'Université du Futur africain (UFA) dont les chantiers étaient quasi achevés en 2012. Si l'objectif de cette institution n'est pas détourné, ses infrastructures peuvent valablement être affectés dans l'urgence à l'Université Amadou Makhtar Mbow.

Ce qui permettrait à cette université de démarrer avec des effectifs significatifs d'étudiants et non pas avec 300 seulement à compter de janvier 2020.

Au-delà des locaux de l'Université du Futur africain, le Sudes/Esr est sûr qu'en cherchant ensemble, il est possible de trouver des locaux fonctionnels dans plusieurs endroits du pays à affecter d'urgence aux universités existantes.

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