Sénégal: Lutte contre l'occupation anarchique de l'espace public «Sénégal zéro déchet» - Vers une loi contre l'insalubrité et l'encombrement

4 Décembre 2019

«Civisme : Quelles stratégies pour lutter contre l'encombrement des voies et espaces publics ?» C'est le thème de la deuxième session plénière du Conseil économique, social et environnemental (Cese) qui a auditionné hier, mardi 3 décembre 2019, le ministre de l'Urbanisme, du Logement et de l'Hygiène publique, Abdou Karim Fofana.

Cette rencontre a été un prétexte pour M. Fofana d'annoncer un projet de loi sur la lutte contre l'insalubrité et l'encombrement, avec, entre autres innovations, la création d'une Brigade Spéciale de Lutte contre l'Insalubrité et l'Encombrement.

Une séance plénière a été organisée hier, mardi 3 décembre au Conseil économique, social et environnemental (Cese) en vue de réfléchir sur le civisme et des questions urbaines notamment la problématique de l'environnement des voies et espaces publics, l'insalubrité qui caractérisent nos villes et nos quartiers, particulièrement la capitale Dakar, au Sénégal.

Cette session a accueilli le ministre de l'Urbanisme, du Logement et de l'Hygiène publique, Abdou Karim Fofana, qui a décliné les nouveaux piliers sur lesquelles s'appuyer pour l'effectivité du vœu des autorités qu'est «Sénégal zéro déchet».

«Une prise de conscience s'impose donc pour enlever de nos vues les épaves, les débris de chantier et les immondices que nous voyons tous les jours, le regard impuissant et le cœur serré, sur la voie publique.

Des programmes phares comme «Sénégal zéro déchet» et «Sénégal zéro bidonville» visent respectivement, l'amélioration du cadre de vie et l'éradication de l'habitat spontané non planifié à l'horizon 2035. C'est pour cette raison que nous avons initié un projet de loi sur la lutte contre l'insalubrité et l'encombrement.

Cet instrument propose, entre autres innovations, la création d'une Brigade Spéciale de Lutte contre l'Insalubrité et l'Encombrement et la possibilité pour les pouvoirs publics de contractualiser avec les structures compétentes pour l'enlèvement des épaves, véhicules et autres objets encombrant la voie publique ou abandonnés dans les fourrières», a-t-il déclaré.

Pour Abdou Karim Fofana, l'objectif visé à travers ces programmes c'est de favoriser «le mieux-vivre» consistant à «habiter dans des zones d'habitations planifiées, rendre le logement accessible et décent mais aussi faire en sorte que le Sénégal change dans ses espaces publics, change aussi de démarche, dans sa gestion de ses déchets».

Car, «l'insalubrité et l'encombrement constituent aujourd'hui un problème social entre Sénégalais avant d'être un facteur négatif pour les touristes et les hôtes étrangers qui sont parmi nous», a rappelé d'emblée le ministre.

REPRISE DES OPERATIONS DE DESENCOMBREMENT : A DAKAR HIER, MARDI : Le «cadeau de Noël» d'Abdou Karim Fofana

Les opérations de désencombrement et de désengorgement des voies et espaces publics devrait reprendre dans la soirée d'hier, mardi 3 décembre 2019 et vont se poursuivre jusqu'au 31 décembre, dans la Capitale, Dakar.

Le ministre de l'Urbanisme, du Logement et de l'Hygiène publique, Abdou Karim Fofana, en a fait l'annonce devant les conseillers du CESE. «Nous avons démarré les opérations de désencombrement, le 12 juin 2019, avec une forte adhésion des populations.

Nous allons (re) commencer aujourd'hui (hier mardi, ndlr) par l'avenue Malick Sy, le carrefour Cyrnos puis à Yoff et la commune de Dakar-Plateau. L'objectif est de libérer Dakar et les autres régions de toutes ces occupations irrégulières», a-t-il dit.

Et de poursuivre: «pour les gravats, nous avons noté que la moitié des déchets que nous collectons sont constitués de particules fines (sable, gravats de chantiers) alors que dans d'autres villes du monde ces gravats sont collectés de façon très organisée, avec un dispositif qui participe à la mise à disposition de l'autorisation de construire (l'exemple d'une ville comme Madrid) Pour dire à quel point nous devons moderniser notre approche sur ce sujet-là.»

VERS UNE FOURRIERE ANIMALE... POUR LES ANIMAUX ERRANTS

S'agissant de la question des stratégies à entreprendre et du cas des animaux errants, le ministre a déploré l'absence de fourrière animale: «il n y a pas d'espace capable de recevoir une fourrière animale.

Nous sommes en discussion avec les communes de Patte d'Oie et de Guédiawaye avec lesquelles nous travaillons pour avoir au moins une fourrière animale régionale ou départementale qui nous permettrait de faire fonctionner la solidarité intercommunale et d'y garder les animaux.»

MODERNISATION DE LA GESTION DES DECHETS : Près de 300 millions de dollars pour la résorption de Mbeubeuss

La situation de la décharge de Mbeubeuss n'a pas été occultée lors de session plénière du Cese d'hier mardi.

En réponse, Abdou Karim Fofana soutenu: «nous travaillons aussi sur la résorption de Mbeubeuss qui est la décharge principale de la région de Dakar qui accueille au moins 2700 tonnes de déchets, tous les jours, avec des risques environnementaux.

Nous y travaillons aujourd'hui avec un financement d'à peu près 300 millions de dollars avec la Banque mondiale (Bm), l'Agence française de développement (Afd), la Banque européenne d'investissement (Bei)... afin de chercher à moderniser notre gestion des déchets, en laissant des activités comme le tri, de façon à ne pas perdre tous ces emplois qui sont autour», a révélé le ministre chargé de l'Hygiène publique.

AMINATA TOURE, PRESIDENTE DU CESE : «Nous devons faire le PSE des comportements»

«Nous avons discuté aujourd'hui sur la question du désencombrement, de l'insalubrité et l'accès aux logements décents. Nous avons évoqué la lancinante question de nos villes qui ont besoin d'être modernisées et propres. Nous formulons des recommandations qui rentrent dans le sens de rendre nos villes attractives.

Si le président Macky Sall fait des PSE, nous devons, chacun d'entre nous, faire le PSE des comportements, c'est l'axe central. Parce qu'il s'agit de problèmes de comportements où les gens utilisent la chaussée selon l'expression «mbed bur». Tout cela pour dire que nous devons être les acteurs de notre propre propreté.

Le président de la République, Macky Sall, a engagé de grands projets destinés à désengorger la capitale, tels que le TER, le BRT... Mais également les autoponts de la VDN, et sur l'aéroport, sans oublier la reconstruction achevée du pont Sénégal "92".

En complément de ces efforts consentis, les populations devront se conformer aux exigences d'une occupation responsable du sol. Dakar présente une face qui ne cadre pas avec son statut d'une des premières métropoles de l'Afrique.

Nous y trouvons de plus en plus de voies de circulation envahies par des activités de toutes sortes, des marchés spontanés érigés dans des lieux non dédiés.

Des garages de réparation de véhicules dans tous les espaces libres. Bref, des situations localisées de congestion et d'encombrement pas acceptables, souvent même inacceptable», a déploré la présidente du CESE.

OUSMANE SY NDIAYE, DIRECTEUR EXECUTIF DE L'UNACOIS : «Il faut nettoyer les mentalités»

«Cette problématique relève d'une responsabilité partagée. Nous estimons que l'organisation et la gestion des espaces publics a toujours été au cœur des politiques urbaines, mais au centre des préoccupations des puissances publiques, au Sénégal.

La recommandation première est d'ordre général qui est plus ou moins orientées vers l'Etat. Il s'agit d'abord de mettre à jour le texte notamment la réglementation en matière d'urbanisme où il faut prendre en compte les dispositions relatives aux espaces publics en général et à la voierie publique plus spécifiquement ; prendre en compte dans les Code de l'urbanisme, des collectivités territoriales et du domaine de l'Etat des normes spécifiques liées aux conditions et cadre d'installation afin d'aider dans la prise de décision des installations ; mettre en place un système général d'une base de données foncières des communes ; faire un zonage des espaces publics qui distinguent les zones de marchands, les zones de récréation et les zones de circulation... ; nettoyer les mentalités ; changer de paradigmes et organiser une Journée nationale de la propreté mais aussi et surtout appliquer une loi de désencombrement humain.»

BABA NDIAYE, VICE-PRESIDENT DE L'ASSOCIATION DES ELUS LOCAUX : «Il faudra sensibiliser avec beaucoup de rigueur ... mais sanctionner»

«Les questions de civisme sont rattachées à l'éducation. La commune doit prendre des initiatives importantes au niveau de l'éducation à la base afin qu'elle puisse avoir la position qu'elle avait d'antan. Il est important que l'ensemble des acteurs soient mobilisés dans le cadre de leurs actions hardies de sensibilisation.

Pour les questions de l'environnement, le maire a une responsabilité propre de prendre ses responsabilités pour que les gens ne déposent pas les épaves là ou ils veulent, mais qu'ils n'occupent pas aussi l'espace non maitrisé.

Pour... les objectifs «zéro déchet» et «zéro bidonville», on peut y arriver avec les populations qu'il faudra sensibiliser mais également avec beaucoup de rigueur, de fermeté et de sanctions à l'encontre de ceux qui veulent ternir notre cadre de vie.»

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