Congo-Kinshasa: Affaires Foncières, Urbanisme et Habitat - Mwabilu et Molendo ferment la porte aux anarchistes

4 Décembre 2019

Démolition des maisons construites anarchiquement sur le site Mimosa le 22/06/2012 à Kinshasa, par la police. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

Pius Mwabilu, ministre de l'Urbanisme et Habitat, et Molendo Sakombi, ministre des Affaires Foncières, viennent de décider de ne plus accorder, jusqu'à nouvel ordre, des permis de construire, ni des titres fonciers pour des sites entrant dans la catégorie de « zones non aedificandi », sur l'ensemble du territoire national. Il s'agit notamment des entreprises des lignes électriques, hydroélectriques, des routes, des rivières, des installations aéroportuaires et portuaires, des sites érosifs et marécageux, etc.

Conformément aux recommandations du dernier Conseil des ministres dirigé par le Chef de l'Etat, le vendredi 29 novembre 2019, relatives à la lutte contre les constructions anarchiques, les deux ministères envisagent de mettre en place une commission dite « plurisectorielle » en vue de l'assainissement des secteurs de l'urbanisme et habitat ainsi que celui des affaires foncières, où la délivrance des titres fonciers et immobiliers ainsi que celle des autorisations d'occupation et de bâtir se faisait dans un désordre organisé, pour des raisons faciles à deviner.

Ces mesures conservatoires sont arrêtées, indique-t-on, pour combattre en amont le phénomène des occupations des terrains et des constructions des maisons ou immeubles dans l'anarchie la plus totale. On croit savoir qu'elles sont dictées par les derniers dégâts humains (plus d'une cinquantaine de morts) et matériels (maisons emportées par les eaux ou les érosions) enregistrés le mardi 26 novembre 2019 à Kinshasa, à la suite d'une pluie diluvienne qui s'est abattue sur la ville pendant toute la nuit de lundi et la moitié de la journée de mardi.

Les « intouchables » sont-ils concernés ?

Témoins du banditisme foncier et urbanistique qui bat son plein dans toutes les villes de la République Démocratique du Congo, des millions de Congolais et d'étrangers saluent l'initiative conjointe des ministres Pius Mwabilu et Molendo Sakombi. Tout le monde formule le vœu de voir l'ordre revenir dans le lotissement des terrains et la construction des immeubles à usage résidentiel et commercial. La grande interrogation de l'heure est de savoir si la tolérance-zéro ainsi déclenchée concerne aussi les « intouchables ».

Il s'agit ici d'une catégorie où se recrutent des personnalités qui, du fait de leurs titres ou de leur puissance financière, sont capables de neutraliser les deux ministres, les fonctionnaires de leurs administrations et la justice, voire de leur causer du tort. Parmi les « intouchables » les plus en vue à Kinshasa et en provinces, on peut citer les membres du gouvernement eux-mêmes, les députés nationaux et provinciaux, les sénateurs, les conseillers à la présidence de la République, les officiers généraux et supérieurs de l'armée et de la police, les responsables des services des renseignements, les hauts magistrats, les proches parents ou amis de ces différents « gros bras », les millionnaires capables de tout acheter avec leur argent, etc.

De manière générale, ces « intouchables » se rencontrent dans la commune de la Gombe à Kinshasa, ainsi que dans les communes « bourgeoises » des villes des provinces, etc.

Si Pius Mwabilu et Molendo Sakombi, à l'image de nombre de leurs prédécesseurs aux Affaires Foncières, à l'Urbanisme et Habitants, se montrent impuissants face aux « intouchables », leurs mesures conservatoires risquent de faire rapidement flop. S'ils entrent, comme nombre de leurs prédécesseurs, dans le jeu des « constructeurs anarchiques », leur tolérance-zéro va tomber dans la corbeille de bonnes intentions. Et le pays va continuer à compter des morts et des dégâts matériels parfaitement évitables lors des pluies.

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