Afrique de l'Ouest: G5 Sahel - Le Coup de semonce de Macron

Une patrouille mixte de la force française Barkhane et des Fama, l'armée malienne, dans les rues de Ménaka (photo d'illustration).

A la suite de la collision des deux hélicoptères qui avait coûté la vie à 13 militaires français le 25 novembre à Ménaka, nous concluions notre éditorial en affirmant « il est à peu près certain qu'après ce lundi noir, plus rien ne sera comme avant dans l'opération Barkhane ». En écrivant cela, nous ne croyions pas si bien dire, en nous demandant « jusqu'où l'opinion française pourra-t-elle encaisser ? ».

Certes, après le drame, la France officielle à l'instar de la ministre des Armées, Florence Parly, avait jugé que la pertinence ou non de l'engagement d'une partie de son armée au Sahel n'était pas à l'ordre du jour, estimant qu'il y va non seulement de la stabilité de toute une région mais également, de la sécurité de la France elle-même. En clair, Barkhane est au Sahel et restera au Sahel quoi qu'il en coûte.

Depuis, le discours a beaucoup évolué. Il y a eu d'abord la sortie du chef d'état-major des armées françaises, le général François Lecointre, qui face au « french bashing » qui ne cesse de monter notamment dans les pays du Sahel s'est insurgé dans une interview accordée à RFI : « Je ne supporte plus ces rumeurs... les armées françaises sont au Mali pour rétablir la stabilité. Imaginer que nous sommes là pour des richesses est injurieux », a asséné le général qui venait ainsi de rompre avec la légendaire réserve de la grande Muette.

48 heures après l'hommage rendu à ces 13 héros aux Invalides, c'était au tour du président Macron himself d'enfoncer le clou. En effet, lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet de l'OTAN hier, le locataire de l'Elysée a déclaré avoir convié, sinon convoqué les présidents du G5 Sahel le 16 décembre à Pau pour qu'ils « clarifient et formalisent leurs demandes à l'égard de la France ».

Dans un langage à la limite des convenances diplomatiques et qui risque en tout cas de mettre à rude épreuve la susceptibilité de ses pairs africains, Jupiter s'est lâché : « Nous devons à très court terme clarifier le cadre et les conditions politiques de notre intervention au Sahel » (... ) « Ils nous doivent la clarté dans le fait qu'ils nous demandent d'être là et qu'ils l'assument. Il faut que ce soit très clair et assumé par tout le monde ».

Et de menacer de ses foudres les présidents concernés par ces propos comminatoires « il faut qu'ils l'affirment politiquement dans leurs pays, devant leur opinion publique. C'est une condition nécessaire. J'en tirerai les conséquences si ces conditions ne sont pas remplies ». En la matière, deux capitales sont expressément visées : Bamako et Ouagadougou, épicentres des récriminations anti forces étrangères.

Il est vrai que Macron a pu sortir du sommet de Londres avec le sentiment renforcé de la solitude de la France dans le combat qu'elle mène au Sahel, car aucun consensus n'a pu se dégager quant à la définition même du terrorisme et encore moins quant à savoir quelles actions conjointes mener face à la menace. D'où cette preuve d'irritation et de perte de sang froid.

Mais quoi qu'il en soit, il n'est pas sûr que ce coup de semonce passe comme une lettre à la poste, dans les pays concernés car il y a fort à craindre qu'il ajoute de l'eau au moulin de ceux qui, pour des raisons qui leurs sont propres, attisent le sentiment anti Barkhane. On ne serait donc pas étonné, que donnant dans la surenchère, des voix s'élèvent pour demander à nos dirigeants de ne pas obtempérer à ce qui s'apparente selon elles à du pur chantage. Quant aux terroristes, ils doivent boire du petit lait en constatant que les linéaments de la discorde s'installent chez les alliés au Sahel. A ces derniers de faire preuve de génie et d'imagination politico-diplomatique pour qu'au bout du compte l'ennemi en soit pour ses frais.

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