Centrafrique: Le retour des réfugiés doit s'inscrire dans la durée

4 Décembre 2019

En visite en République centrafricaine (RCA), le chef de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a salué le retour de Centrafricains dans leur pays tout en soulignant que beaucoup restait à faire.

Le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, a accueilli lundi à Bangui, 200 réfugiés centrafricains de retour dans leurs pays depuis la République démocratique du Congo (RDC).

Il s'agissait de la quatrième opération de rapatriement librement consenti au cours des deux dernières semaines. Une opération qui a permis à 1.400 réfugiés centrafricains de rentrer de leur exil en RDC.

Un Centrafricain sur quatre est soit réfugié à l'étranger (700.000 personnes) soit déplacé de force dans son propre pays (environ 700.000 personnes).

« C'est beaucoup », a déclaré mercredi M. Grandi lors d'une conférence de presse à Bangui. « C'est une proportion de déplacement parmi les plus élevées dans le monde, sinon la plus élevée ».

En commun accord avec les gouvernements de la RCA et de la RDC, le HCR appuie le retour volontaire des réfugiés centrafricains dans leur pays.

Pour M. Grandi, le principal indicateur d'un tel retour est le souhait des personnes de vouloir rentrer ou non : « c'est ce qui doit nous guider ».

Les quatre pays (RDC, République du Congo, Cameroun, Tchad) qui hébergent des réfugiés centrafricains n'ont pas fait de pression pour que ces gens rentrent, a relevé le chef du HCR.

« Mais le retour (en soi) n'est pas suffisant, c'est soutenir ce retour dans le temps pour que les gens ne soient pas déplacés de nouveau qui est le grand défi », a souligné M. Grandi, précisant que « les retours précipités ne conviennent à personne », ni aux réfugiés eux-mêmes, ni aux Etats concernés car ils risquent d'être sources de nouveaux déplacements.

Pas de retour durable sans paix et pas de paix sans retour

Créer les conditions d'un retour durable des réfugiés en RCA est une tâche qui appartient au HCR mais aussi à ses partenaires au développement dans le pays, à savoir le gouvernement, les organisations locales, les agences humanitaires et la communauté internationale.

Une fois de retour chez eux, les rapatriés sont confrontés à plusieurs obstacles, comme l'occupation de leur propriété lors de leur exil.

Le Haut-Commissaire a souligné la nécessité de rétablir la sécurité, de renforcer la présence de l'Etat à travers le pays, d'investir dans le développement (éducation, santé, emploi, économie) et de favoriser la cohésion sociale.

La restauration de cette dernière est essentielle a dit M. Grandi, si l'on veut éviter « les semences d'un nouveau conflit ». Cela implique à la fois un travail juridique « mais aussi dans les cœurs des personnes », a-t-il dit.

« Il n'y aura pas de retour durable sans paix mais il n'y aura non plus pas de paix sans retour. Les deux choses vont ensemble, main dans la main et c'est là que le HCR peut être utile, mais le HCR ne peut pas travailler tout seul », a précisé le Haut-Commissaire.

En République centrafricaine, les indicateurs restent toujours assez inquiétants, a dit le chef du HCR, en référence à la persistance de « violences localisées » mais aussi d'attaques contre les travailleurs humanitaires et contre les populations vulnérables, notamment les femmes.

M. Grandi a appelé à soutenir les femmes - dont de nombreuses veuves - qui « sont au cœur des communautés en exil ».

Lors de sa visite en RCA et de ses consultations avec ses collègues dans les pays voisins, le Haut-Commissaire a relevé le souhait de beaucoup de Centrafricains d'en finir avec la dépendance envers l'aide humanitaire. « Tous veulent sortir de cette situation provisoire et précaire de déplacement », a-t-il dit.

A Bangui, M. Grandi a également plaidé pour que les réfugiés centrafricains puissent voter aux prochaines élections en RCA prévues en 2020.

« Nous pensons que les réfugiés ont ce droit », a-t-il dit. Si l'appui à la tenue d'élections ne relève pas du mandat du HCR, le Haut-Commissaire estime toutefois que l'octroi du droit de vote aux réfugiés fournit à ces derniers « un élément ultérieur de confiance » dans l'avenir de leur pays et leur reconnaissance comme citoyens à part entière. Il a notamment rappelé que lors des précédentes élections, des réfugiés centrafricains au Cameroun avaient pu voter.

M. Grandi a également rappelé que la RCA héberge environ 7.000 réfugiés d'autres pays - principalement du Soudan du Sud et de la RDC et qu'ils ont été accueillis « dans une communauté qui ne les a pas rejetés ».

Le Haut-Commissaire a félicité les Centrafricains pour leur générosité. « Malgré les difficultés, ils n'ont pas fermé leurs portes », a-t-il dit.

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