Sénégal: Zahra Iyane Thiam sur le troisième mandat - «C'est un débat qui n'a pas sa place et le président a raison de dire... au travail»

5 Décembre 2019
interview

Zahra Iyane Thiam, ministre de la Microfinance et de l'économie solidaire et responsable politique apériste est formelle : le débat sur le 3ème mandat « est un débat qui n'a pas sa place et le Président de la République a bien raison de dire mettons-nous d'abord au travail ».

Dans cet entretien, elle revient par ailleurs sur l'actualité de l'Apr, le dialogue politique, le possible couplage des Locales et Législatives entre autres questions politiques.

On a vu que votre parti vient de fêter ses 11 ans d'existence mais dans une situation un peu particulière, dans le silence total. Est-ce la peur du débat sur le 3ème mandat qui est passée par là ?

Vous dites silence total, cela m'étonne puisque nous avons organisé avec le Mouvement des élèves et étudiants républicains un panel sur nos engagements, les réalisations du gouvernement, sur la perspective politique de l'Apr et de la coalition Benno Bokk Yaakaar.

Donc, c'est dire nous avons été loin du silence mais nous nous sommes retrouvés en tant que structure politique faisant le bilan de 11 ans d'existence et indiquant la perspective que nous voulions avoir.

Je pense que le débat sur le troisième mandat est un débat dépassionnant puisqu'on a dit avant d'aller au troisième mandat consolidons nos acquis. De 2012 à 2019, la coalition Benno Bokk Yaakaar a posé des acquis. Nous sommes partis sur un programme de campagne déjà en 2012 avec le Yoonu Yookuté.

Après cela, à mi exécution de ce programme là, nous avons mutualisé toute la réflexion scientifique autour d'une vision qui a donné naissance au PSE. Après des années d'exécution du PSE et un mandat renouvelé, une confiance renouvelée du peuple sénégalais, nous sommes sur un programme 5- 3-5.

Cinq initiatives nationales, trois programmes sectoriels, cinq accès universels qui doivent nous permettre si les résultats escomptés sont atteints, non seulement d'avoir une croissance ascendante, une croissance durable avec des réformes à initier pour être performants au niveau international, avoir des bonnes notations au niveau du Doing Business et avoir des populations qui ressentent mieux les effets de la croissance. Et nous ne sommes qu'à cinq mois d'exécution. Nous avons 5 ans.

Nous n'avons pas encore fait le tiers de notre mandature. Je pense que c'est un débat qui n'a pas sa place et le Président a bien raison de dire mettons-nous d'abord au travail, faisons tout pour mériter la confiance renouvelée.

Parce que ce qui est le plus difficile, ce n'est pas de bénéficier de la confiance de quelqu'un, mais c'est que cette confiance-là demeure. Et nous avons vu avec le renouvellement du mandat que c'est une confiance qui demeure.

Donc, il nous faut consolider la confiance en étant toujours présent pour les populations, en mettant toujours dans la perspective de régler des problèmes des Sénégalais, en étant dans la perspective d'améliorer toujours les conditions de vie des populations. Je pense que nous n'avons pas besoin de débat sur une réélection qui est encore très loin.

L'autre élément, c'est lorsqu'on voudra parler de questions politiques, nous le faisons au niveau des instances politiques. Et donc, c'est une question qui doit être débattue au niveau de nos instances. Je n'ai pas dit que c'est une question qui est débattue dans nos instances.

L'Apr qui a fêté ses onze ans le 1er décembre dernier est-il un mouvement politique au service du président de la République ou un parti politique ?

L'Apr est un appareil politique que nous partageons avec le président de la république. L'Apr a une orientation, une vision de ce que doit être une gouvernance. L'Apr cherche à partager ses valeurs républicaines avec le maximum de personnes.

De ce point de vue oui, nous sommes au service de notre leader pour qu'ensemble nous puissions non seulement porter très haut les valeurs républicaines auxquelles nous croyons et que nous défendons mais également dans le cadre de sa mission régalienne, que nous puissions lui servir d'amplificateur aux actions publiques qui sont menées pour le bénéfice des populations sénégalaises.

Donc, un appareil difficile à manager surtout quand certains de ses responsables occupent le devant de la scène dans des affaires de trafic et usage de fausses devises ou bien ?

Vous faites allusion à l'essence même de la politique qui est difficile puisque ce sont des ambitions qui s'entrechoquent, des individualités qui se retrouvent chacun défendant sa position qu'il juge meilleure pour porter cette ambition collective que nous avons. Donc, il faut manager, c'est la même chose.

Ce n'est pas uniquement dans les partis politiques que nous voyons cela. Ça existe au niveau des syndicats, des autres structures que ce soit les associations, la société civile. C'est la nature de l'homme avec un grand H. et c'est pourquoi être dans un parti politique implique une certaine discipline à avoir.

Cette discipline là est adossée à des textes, des statuts des règlements intérieurs, pour qu'à chaque situation que vous évoquez, la réglementation du parti en dise quelque chose.

Donc le moment venu, il faudra juste s'aligner sur ce que dit le parti politique. Maintenant, ce que nous sommes en tant que militant est différent de ce que nous sommes en tant que citoyen.

Nous sommes des militants dans une structure privée, cela nous concerne mais la République, les institutions ont leur fonctionnement qui sont décliné à travers la Constitution, les lois... on s'aligne également sur c qu'en dit la République.

Interrogé par un média international sur le 3ème mandat, le Président de la République a presque contourné la question alors qu'il avait dit qu'il allait s'en tenir à 2 mandats. N'est-il pas plus facile pour lui de réitérer ce qu'il avait pour clore définitivement ce débat ?

Mais il doit le dire dans quelle langue. Il faut que je sache. Il doit le dire dans quelle langue. Je pense que Monsieur le Président a tellement dit et redit qu'il n'allait pas se présenter. Donc a-t-il besoin de réitérer?

Aujourd'hui, cette question n'est pas à l'ordre du jour, elle ne fait pas partie de nos priorités. Notre priorité, c'est de mériter cette confiance renouvelée par le peuple sénégalais au chef de l'Etat.

Il y'en a qui pensent que le dialogue est juste un cadre pour essayer de repousser les Locales en vue de les coupler avec les Législatives. Que répondez-vous ?

Ce que nous réussissons à faire est fabuleux dans le cadre du dialogue national dans sa branche politique puisque le constat est que surtout pour les pays africains, les périodes électorales sont des périodes très sensibles qui peuvent être la porte à toute sorte de dérive.

Donc avoir l'ensemble des acteurs que sont les politiques, les acteurs institutionnels, la société civile, des personnes ressources, que tous ses acteurs puissent se retrouver pur parler de calendrier républicain, trouver des consensus pour tout le processus électoral me parait être une chose fabuleuse.

Ce qu'il faut saluer, c'est que ces mêmes acteurs aient pris l'engagement de se conformer aux différentes règles, conclusions et recommandations qui seront issues de ces concertations.

Je pense que ça mérite de créer toutes les conditions potentielles pour aller à des élections libres, transparentes et démocratiques sans aucune forme de contestation comme ça a toujours été le cas depuis 2012. Les élections ne sont pas contestées dans leur fond.

Le plus souvent, c'est sur la forme. Après chaque élection, il y a une revue technique du Code électoral.

Donc, si nous pouvons vraiment créer les conditions consensuelles, je pense que seuls, les acteurs politiques peuvent décider s'ils doivent coupler les élections, s'ils doivent les découpler, s'ils doivent revenir à l'orthodoxie du calendrier républicain sénégalais.

Mais le plus important à ce niveau, c'est qu'il y ait les conditions de créer des consensus forts, concertés entre l'ensemble des acteurs qui interviennent dans ce domaine ;

Personnellement, êtes-vous favorable au couplage des deux élections ?

Sur cela, nous verrons puisque je ne peux pas donner juste mon opinion parce que je suis dans un parti politique, dans une coalition et ce sont des discussions qui se font en interne.

Je donnerai mon opinion au niveau des instances et une fois qu'une décision consensuelle, une ligne politique sera déclinée, j'adhèrerais à cette ligne politique.

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