Sénégal: Délibéré de l'affaire des talibés enchaines à Louga - Un verdict d'apaisement pédagogique, mais dissuasif !

5 Décembre 2019

Le verdict de l'affaire des talibés enchaînés par leur marabout est tombé hier, mercredi 4 décembre au Tribunal de Grande instance de Louga. Le marabout Cheikhouna Guèye dit Serigne Khadim et ses co-prévenus ont écopé 2 ans avec sursis.

Joints au téléphone sur cette sentence, Me Assane Dioma Ndiaye, le président de la Ligue sénégalaise des droits humains (Lsdh), et Babacar Ba du Forum du Justiciable ont fait savoir que le droit a été dit dans cette affaire.

Selon eux, cette condamnation de 2 ans avec sursis sera une manière de dissuader d'autres marabouts qui faisaient ce genre de pratiques.

TGI DE LOUGA - CONDAMNES A 2 ANS AVEC SURSIS Serigne Khadim Guèye et ses coaccusés libres

L e maître coranique, les 4 parents d'élèves et leur complice jugés dans l'affaire des talibés enchainés du daara «Mistahoul Mouna» de Ndiagne sont désormais libres. Cheikhouna Guèye dit Seringe Khadim et Cie, reconnu coupables des fait à eux reprochés ont écopé 2 ans d'emprisonnement avec sursis.

Le verdict est tombé hier, mercredi matin 4 décembre 2019, au Tribunal de grande instance (TGI) de Louga où ils été jugés une semaine plus tôt, le mercredi 27 novembre. Leur avocat, Me Famara Mané, s'est réjoui de ce jugement qualifié de «verdict d'apaisement».

Selon lui, c'est une «sage décision que le juge a prise concernant cette affaire». Lors du procès, le Substitut du Procureur avait requis 2 ans d'emprisonnement dont 2 mois ferme.

A l'issue du délibéré rendu hier matin, ils ont tous été condamnés pour violences et voies de fait sur des enfants de moins de moins de quinze ans, avant d'écopé de 2 ans d'emprisonnement avec sursis.

Quant au forgeron Pape Diop à qui il est reproché d'avoir mis en danger la vie d'autrui pour avoir confectionné les chaines pour enchainer les enfants, ces faits pour lesquels il a été poursuivi ont été disqualifiés en complicité de mise en danger de la vie d'autrui. L'affaire remonte au weekend du 23 au 24 novembre dernier.

Le maître coranique Cheikhouna Guèye, appelé Serigne Khadim Guèye, le forgeron Pape Diop et les quatre parents des deux victimes, Yacine Diaw, Madiawlé Ndiaye, Maty Diabou et Mor Loum ont été arrêtés par les éléments de la Brigade de Gendarmerie de Coki pour maltraitance sur des enfants talibés retrouvés enchaînés avec des menottes artisanales par leur «Serigne daara» (maître coranique) Cheikhouna Guèye.

Ils seront déférés au parquet de Louga où ils seront jugés, après leur placement en détention dans la prison de cette ville, pour mise en danger à la vie d'autrui et mauvais traitement sur des enfants mineurs ;

ME ASSANE DIOMA NDIAYE, PRESIDENT DE LA LSDH : «L'essentiel était de montrer que notre droit positif ne s'accommode pas de violence»

«Je pense que les juges ont appliqué le droit. Certes, ils ont fait preuve d'apaisement. C'est un verdict qu'on peut estimer opportun puisque l'essentiel était de montrer que notre droit positif ne s'accommode pas de violence.

C'est pourquoi la culpabilité a été reconnue. Mais, maintenant, je pense qu'il n'aurait pas fallu à une sévérité extrême puisque l'intention n'était pas de faire mal.

Tout le monde convient qu'il urge aujourd'hui d'ouvrir des négociations au plus haut niveau pour qu'au-delà de nos convictions respectives que nous tenons à garder mais qu'on sache ce qui est compatible avec l'Etat de droit et ce qui n'est pas compatible.

Le plus grand défi, ce n'est pas aujourd'hui la solution apportée à cette affaire, mais qu'on évite des choses qui peuvent créer une fracture sociale au niveau de notre société. Et pour cela, tout le monde doit faire des constructions.

On ne peut pas dire que nous censurons nos convictions, qu'elles soient conformes à notre législation ou non, nous allons le faire. C'est des pratiques qui nous ont été léguées par nos anciens.

Et, de l'autre côté, on ne peut pas agir avec pédagogie également. C'est un verdict pédagogique de mon point de vue.

Je pense que la personne qui a été condamnée, saura qu'à l'avenir, il y a d'autres moyens qu'on peut utiliser pour arriver aux mêmes fins que peut-être de s'adonner à une pratique qui peut être traumatisante pour l'enfant, mais peut être même source de séquelles très graves.

Si nous arrivons à ce genre d'explication, tout le monde comprendra qu'il ne s'agit pas d'un procès contre l'Islam, ni d'un procès contre les Daaras, mais simplement de faire en sorte que l'enseignement coranique dont les parents ont une liberté de choix philosophique et religieux sur les enfants mineurs...

Nous prônons une solution pédagogique qui peut amener tout un chacun à convenir d'un certain nombre de règles non dérogeables mais qui soient compatibles à la fois avec nos convictions personnelles et les lois de la République».

BABACAR BA DU FORUM DU JUSTICIABLE : «La décision du tribunal est en quelque sorte dissuasive»

«D'abord, 2 ans avec sursis, il faut savoir que c'est une condamnation. Parce que quand on condamne quelqu'un, que ce soit 2 ans de prison ferme où il va purger la peine ou bien on le condamne pour 2 ans avec sursis, cela reste toujours une condamnation.

Ça veut dire que l'acte pour lequel la personne a été poursuivie, demeure une infraction. Aujourd'hui, le Tribunal vient de confirmer que le «Serigne Daara» (maître coranique) a commis une infraction et que, dans l'avenir, quiconque s'aventurait à enchainer des enfants, va subir le même sort.

Je pense que le droit a été dit. Maintenant, pour la peine, c'est au juge d'apprécier parce que si quelqu'un commet une infraction, il peut y avoir des circonstances atténuantes.

Ça veut dire que peut-être qu'il a enchainé les enfants pour juste les éduquer, qu'il l'a fait avec une bonne intention ou peut-être qu'il l'a fait avec l'aval des parents des enfants.

Tout ça, c'est des circonstances atténuantes parce que le juge va essayer de déterminer le mobile de ce qui a poussé la personne à commettre cette infraction.

Parce que d'après les informations qu'on a, le «Serigne Daara» l'a fait uniquement dans le but de les éduquer, pour éviter à ce que les enfants prennent la fuite. Il avait une bonne intention, donc cela peut constituer également une circonstance atténuante.

Aujourd'hui, j'estime que s'il s'en sort avec 2 ans avec sursis, c'est parce que tout simplement, il y a eu des circonstances atténuantes. Pour moi, c'était ça l'essentiel.

Mais toujours en est-il que l'infraction existe et que la condamnation va demeurer. Je peux dire que le droit a été dit dans cette affaire-là.

Le Tribunal a donné un signal fort en prononçant une condamnation. Donc, la décision du Tribunal est en quelque sorte dissuasive. Ça peut décourager les «Serigne Daara» qui faisaient ce genre de pratique».

Plus de: Sud Quotidien

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