Afrique de l'Ouest: Patrice Talon appelle à de nouveaux paradigmes dans la perception du risque d'investissement

En amont de la session extraordinaire de la conférence des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union économique et monétaire ouest africaine (Uémoa), à Dakar, au Sénégal, le président du Bénin a planché sur le thème "Développement durable et dette soutenable : le juste équilibre".

Le chef de l'Etat béninois a présenté la situation de la dette dans les pays de l'Uémoa et le rôle de certaines institutions. Il a plaidé "pour une bonne perception du risque en Afrique", regrettant que les institutions multilatérales refusent d'aider le continent dans ce domaine et "font seulement des discours". Il a cité l'exemple de l'Organisation de coopération et de développement économiques qui, "sur une échelle de zéro à sept dans la perception du risque, classe la plupart des pays de la sous-région ouest africaine en degré six ".

Pour illustrer ses propos, Patrice Talon est revenu sur le cas du Sénégal. Depuis le mois d'octobre, ce pays a été un peu mieux classé et est passé à cinq. Or, le Sénégal "connaît une stabilité politique depuis les indépendances, qui honore ses engagements et je ne vois pas pourquoi s'il faut le reclasser, il serait maintenu à cinq. Or les autres pays comme le Bénin, le Togo, la Côte d'Ivoire sont à six sur l'échelle des risques", s'est-il offusqué.

Le président béninois a rappelé que son pays est allé sur le marché financier, il n'y a pas longtemps, et a fait quelque chose d'extraordinaire : " Nous sommes sortis à 5 % mais théoriquement aujourd'hui, nous devrions être capables d'emprunter à 1 %", a-t-il expliqué.

"L'argent est disponible en excès et nous sommes en mesure de mobiliser cet argent à sa valeur réelle, s'il n'y avait pas une si mauvaise perception du risque qui engendre un autre fait, à savoir qu'on ne doit pas emprunter à long terme, alors que les taux sont élevés et les investisseurs privés, quand ils viennent dans les régions africaines, demandent un rendement de 40 % alors que dans le monde aujourd'hui, les rendements sont de 8 à 10 %", a déclaré Patrice Talon.

Le chef de l'Etat béninois estime que le marché privé aujourd'hui est capable de faire du crédit concessionnel. "Mais si les pays de la sous-région sont logés à cette enseigne, c'est aussi parce qu'ils sont confrontés à des difficultés qui, sous d'autres cieux, notamment en Europe, ne sont plus des soucis", a-t-il relevé.

En conclusion, il a invité les institutions de référence notamment à ne pas aggraver " la mauvaise perception du risque d'investissement dans la sous-région tout au moins, sinon l'idéal aurait été qu'elles soient capables d'inventer de nouveaux instruments pour accompagner les besoins de financement auxquels" ces pays sont confrontés.

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