Ile Maurice: Ces Chagossiens qui mènent bataille contre Maurice

5 Décembre 2019

L'avenir de l'archipel est au centre des préoccupations avec le scrutin au Royaume-Uni, prévu dans une semaine. Des Chagossiens qui y vivent ont une toute autre vision que celle de Bancoult ou du gouvernement mauricien.

Leur bataille est davantage menée contre Maurice que contre un parti politique anglais. Des Chagossiens qui vivent depuis des années en Angleterre ne veulent pas entendre parler de l'éventualité que Maurice récupère sa souveraineté sur l'archipel. Du coup, ils affichent plutôt un penchant pour la politique de Boris Johnson, leader du parti conservateur aux élections législatives prévues le 12 décembre, en Angleterre. Son principal opposant est Jeremy Corbyn, leader du Parti travailliste britannique, qui a annoncé pour sa part que, s'il parvenait au pouvoir, il restituerait les Chagos à Maurice.

«Il ne connaît pas bien ce dossier. Cette mesure est absurde. Il l'a annoncée en tant que leader de l'opposition mais s'il devient Premier ministre, il devra faire face à la réalité. Le chef du gouvernement du Royaume-Uni ne pourra pas ignorer les droits des Chagossiens qui y vivent», affirme Allen Vincatassin, président du Diego Garcia and Chagos Islands Council au sujet de la mesure annoncée par Jeremy Corbyn. Il estime qu'il sera difficile, voire impossible, pour le futur chef du gouvernement de faire fi du traité que le Royaume-Uni a signé avec les États-Unis concernant la base militaire de Diego Garcia pour «des raisons purement politiques».

Sans compter qu'il serait dangereux d'outre- passer les droits de plus de 3 000 Chagossiens qui vivent en Angleterre. Les droits dont parle Allen Vincatassin se réfèrent à leur citoyenneté britannique, obtenue au moment de la déportation des natifs des Chagos de leur archipel. «La majorité des Chagossiens qui vivent en Angleterre pensent que les Chagos doivent rester à l'Angleterre. Il y a aussi des Chagossiens qui vivent à Maurice qui le pensent», soutient Allen Vincatassin.

Une interview critique envers Maurice à une chaîne internationale

À la chaîne RT International, à qui il a accordé une interview la semaine dernière, le président du Diego Garcia and Chagos Islands Council a déclaré qu'il n'est pas contre le retour des Chagossiens mais qu'il est pour que l'archipel soit toujours un territoire britannique pour le moment. «Nous ne voulons pas que Maurice récupère la souveraineté. Nous voulons que ces îles nous reviennent en tant que natifs. C'est notre droit. Nous voulons d'abord un retour sur l'archipel et dans le futur, nous voulons évidemment être un pays indépendant. Mais pour le moment, nous voulons rester sous l'administration britannique», a-t-il déclaré à la chaîne de télévision.

Pour soutenir ses arguments, Allen Vincatassin n'a pas hésité à faire le lien entre la situation d'Agalega et la présence indienne sur l'île. Pour lui, si l'archipel est rendu à Maurice, le gouvernement mauricien n'hésitera pas à céder Diego Garcia à l'Inde, afin que la Grande péninsule s'affirme davantage dans l'océan Indien. «Nous savons que Maurice veut donner notre terre natale à l'Inde. Parce que ce pays a eu une île de Maurice pour bâtir une base militaire, ils voudront certainement une autre base. Comme ils l'ont voulu aux Seychelles», avance-t-il.

Dissidence au niveau des Chagossiens de Maurice

À Maurice aussi, les élections du 12 décembre au Royaume-Uni sont suivies de très près. Pour le moment, à l'Hôtel du gouvernement, l'heure est à la reprise des repères après le scrutin du 7 novembre et à la relance des dossiers. Interrogé il y a deux semaines, Olivier Bancoult, dirigeant du Groupe Réfugiés Chagos, affirmait qu'il est confiant que Maurice finira par reprendre sa souveraineté sur les Chagos. Il estime également que le voyage qu'a promis le gouvernement mauricien aux Chagossiens par un bateau affrété par Maurice est en préparation. «Il faut juste énormément de préparations et c'est en 2020 que le projet prendra forme.» Au niveau du gouvernement mauricien, le Lead Counsel Philippe Sands a affirmé avec certitude que ce n'était qu'une question de temps avant que les Anglais ne quittent les Chagos. «Il s'agit de savoir quand... pas si.»

Plus de: L'Express

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