Afrique de l'Ouest: Géostratégie et sécurité - La Force Barkhane, la partie visible de l'iceberg

Quel discours le président Macron tiendra-t-il à ses hôtes, présidents du G5 Sahel, dans dix jours à Pau sur la coopération militaire avec l'Hexagone ? Quelle réponse ces derniers lui réservent-ils ?

Pas besoin d'une boule de cristal pour prédire que ce sommet France/G5 va marquer un tournant dans la coopération militaire entre l'ancienne puissance colonisatrice et les pays de son pré carré africain.

En effet, l'agacement d'Emmanuel Macron devant la « mort cérébrale de l'OTAN » et les « ambiguïtés à l'égard des mouvements antifrançais » dans certains pays du G5 Sahel traduit le sentiment d'un partenaire incompris.

La raison, la guerre antidjihadiste qu'elle mène au Sahel n'aboutit pas à des victoires à la hauteur de ses attentes et de celles des Africains.

Alors que ses alliés de l'OTAN ne se pressent pas pour l'aider, voilà que des activistes africains jouent les mouches du cocher. Plus un jour ne se passe sans qu'ils nous en mettent plein les réseaux sociaux de l'agenda caché de la France en Afrique à travers sa présence militaire.

Pourtant, de Djibouti à Dakar, en passant par Khartoum, Ndjamena, Bangui et Agadez, les armées étrangères en Afrique sont légions.

Américains, Chinois, Russes, Indiens et Turcs ont aussi des bases militaires sur le continent, les unes plus secrètes que les autres, et ne font pas mystère d'une compétition pour préserver leurs intérêts politiques, économiques et géostratégiques.

De fait, depuis près de deux décennies, bon gré mal gré, l'Afrique est ostensiblement le théâtre de concentration de forces militaires étrangères sur son sol et les puissances occidentales, pour ne pas dire la France, ne sont plus les seules à y jouer le rôle de gendarme.

Au contraire, c'est à croire que la présence française dans les pays du Sahel avec la Force Barkhane et ses 4500 soldats n'est que la partie visible d'« un jeu d'influences inédit, reflétant le rapport de forces géostratégiques dans le monde », pour reprendre les termes de notre confrère Tirthankar Chanda.

On ne peut pas dire autre chose quand on sait que les Américains sur leur base du Camp Lemonnier à Djibouti disposent de 4 000 hommes et que celle-ci peut accueillir les gros porteurs à réaction de l'US Air force.

Pendant ce temps, l'Oncle Sam n'hésite pas à investir environ 100 millions de dollars pour construire à Agadez au Niger une base de drones, la plus sophistiquée d'Afrique.

Il vise à consolider les positions de l'Africom, le commandement américain pour l'Afrique, et le continent comme le deuxième théâtre de ses opérations stratégiques après le Moyen-Orient. Qui dit mieux ou veut dire mieux ?

La Chine. Elle n'est pas en reste dans cette compétition pour occuper des espaces géostratégiques sur le continent, car elle envisage le déploiement de 10 000 hommes sur sa base de Djibouti d'ici 6 ans pour protéger sa nouvelle route de la soie.

Et l'on passe sous silence les projets russes, indiens ou turcs, loin d'avoir été conçus pour les beaux yeux de la Princesse Afrique.

On le voit bien, s'il faut appeler un chat, un chat, la France est loin d'être la seule puissance à avoir des visées géostratégiques en Afrique.

Au contraire, sa présence au Sahel et les bruits qu'occasionne la difficile gestion des situations chaudes auxquelles elle fait face couvrent la présence plus massive d'autres armées étrangères.

Alors, sans présager de ce que les dirigeants des pays du G5 Sahel diront à Macron, rappelons que les vieilles amitiés sont comme les vieilles marmites qui font les meilleures sauces. Elles résistent mieux aux tendances possessives. A bon entendeur...

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