Congo-Kinshasa: Feuilleton Atou Matubuana - Inquiétant jeu de ping-pong entre Ilunga et Kankonde !

6 Décembre 2019

Le feuilleton Atou Matubuana, gouverneur de la province du Kongo Central, est en train de prendre une dangereuse tournure avec l'entrée en scène de deux poids lourds du gouvernement, à savoir le Premier ministre, Sylvestre Ilunga Ilunkamba, et le vice-premier ministre et ministre de l'Intérieur, Gilbert Kankonde.

On rappelle que depuis les scandale de la sextape ayant rendu tristement célèbre son adjoint, Justin Luemba, et son assistante, Mimi Muyita, et dont il était accusé d'être l'architecte, le numéro un de l'exécutif du Kongo Central était suspendu au mois d'août 2019 par le vice-premier ministre intérimaire sortant chargé de l'Intérieur, Basile Olongo, ensuite soutenu par un vote de confiance des députés provinciaux contre la requête du Procureur général près la Cour de Cassation qui sollicitait sa mise en accusation au mois de septembre et, enfin, destitué le mercredi 03 décembre à la suite d'une nouvelle motion de défiance votée contre lui par une partie des députés provinciaux ( 24 sur 41), lors d'une plénière délocalisée dans un hôtel de Matadi.

Mercredi 04 et jeudi 05 décembre 2019, des faits troublants sont venus se greffer sur le dossier. Il y a eu d'abord la tentative d'agression, au Palais du Peuple, du vice-premier ministre et ministre de l'Intérieur Gilbert Kankonde par deux députés nationaux, en l'occurrence Adrien Phoba et Papy Mantezolo, qui l'accusaient d'avoir réhabilité le gouverneur Atou Matubuana. Signalons que ce membre du gouvernement venait d'effectuer son entrée dans la salle des Congrès, en vue de répondre à une question d'actualité relative aux tueries des civils à Beni ainsi qu'aux dégâts matériels et humains des dernières pluies à Kinshasa, quand il a été bousculé par les deux « honorables » visiblement décidés à lui faire passer un mauvais quart d'heure.

Comme par hasard, au même moment, une bagarre générale venait d'éclater, à Matadi, entre députés provinciaux favorables à la motion de défiance articulée contre Matubuana et ceux qui y étaient farouchement opposés, avec des dégâts matériels importants.

Et, comme si cela ne suffisait pas, les médias faisaient état, hier jeudi 05 décembre, d'une demande d'explication adressée par le Premier ministre Ilunga Ilunkamba au vice-premier ministre et ministre de l'Intérieur Gilbert Kankonde, à qui il reprochait de ne lui avoir pas réservé copie de la lettre de réhabilitation du gouverneur du Kongo Central. Dans la même correspondance, l'illustre expéditeur déplorait, dans le chef du patron de l'Intérieur, d'avoir appris cette mesure administrative à partir de la télévision.

Réponse du berger à la bergère : Gilbert Kankonde, réagissant sur la radio Top Congo hier, a déclaré n'avoir pas reçu la fameuse demande d'explication du Premier ministre. Il s'est plaint, lui aussi, d'avoir appris l'information des médias. Il a, par la même occasion, mis quiconque au défi de lui produire les lettres par lesquelles il aurait suspendu puis réhabilité le gouverneur Atou Matubuana.

Cohésion gouvernementale menacée

Un des constats à faire à la suite du feuilleton Atou Matubuana est que la cohésion gouvernementale est sérieusement menacée. Alors qu'on s'attendait à un message de solidarité du Premier ministre à l'endroit d'un de ses plus proches collaborateurs menacé de lynchage à l'Assemblée Nationale, dans un décor de barbarie sauvage, on a eu droit à sa caution morale tacite au dérapage d'Adrien Phoba et Papy Mantezolo. Les observateurs notent que les termes utilisés dans la lettre du locataire de la Primature sont de nature à saper complètement l'autorité du vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur vis-à-vis des responsables des exécutifs et parlements provinciaux, qui risquent de ne plus le reconnaître comme leur hiérarchie directe.

L'autre constat est que des pesanteurs politiques, en provenance des regroupements politiques auxquels appartiennent le Premier ministre Ilunga et le vice-premier ministre Kankonde, sont en train de vicier l'atmosphère entre les deux, au point que la guerre semble ouverte entre eux.

Quand on pense au fâcheux précédent des ordonnances présidentielles portant nomination de nouveaux mandataires à la SNCC et à la Gécamines, toujours pas exécutées par le ministre du Portefeuille, on se demande où va la coalition Cach-FCC. Le vœu de nombreux compatriotes est que l'harmonie revienne au plus tôt au sein de l'équipe gouvernementale, car ses membres devraient être au service du peuple et non de leurs familles politiques. Kimp

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