Madagascar: Art - « Korombio » d'Ony Hanjaka à l'Ikm

Il faut aimer l'ocre et les bric-à-brac pour visiter l'exposition « Korombio » d'Ony Hanjaka à l'IkmAntsahavola à partir de demain à 15 h. Heure du vernissage. Il faut aussi avoir un certain courage, le titre de l'installation signifie à la fois « protection, abris et prudence ». Alors, les pièces entremêlées évoquent le « Moara ». Amulettes, talismans et objets « anti-ceci ou cela » que les dahalo ont diabolisé.

Pourtant, on les retrouve autant chez les forces civiles, genre de chasseurs de prime anti-dahalo, que chez ces bandits de grand chemin. « Korombio » entretient ainsi l'ambiguïté sur ses bords. Mais le talent de l'artiste, un des meilleurs avant-gardistes de son temps, supplante le tout. Tel un parapet, un parapluie... de quoi se protéger. En pleine préparation de son installation, Ony Hanjaka a voulu tout de même répondre à quelques questions.

A première vue, vos œuvres rappellent le recyclage sans pourtant en être un, elles donnent plutôt l'image de rassemblement des principaux éléments. Qu'est-ce que vous avez utilisé pour « Korombio » ?

Pour cette exposition, j'utilise des bouteilles déjà utilisées pour la plupart, des bijoux déjà portés de fabrication étrangère ou locale, des perles, du bois flottant, des plantes médicinales, des graines, du miel, du tabac à chiquer...

Vous présentez des « moara », des talismans, est-ce que vous faites partie de ce courant actuel qui prône le retour aux pratiques et rituels traditionnels ? Une sorte de retour aux sources.

Mes œuvres s'attachent et racontent tout ce qui est « idole » ou « sampy ». Je ne sais pas si je fais partie de ceux qui prônent cela. Ce sont les chuchotements de mes pensées que j'ai écouté et j'ai cherché les moyens de les matérialiser pour pouvoir être assimilés à notre époque. Au fond, je suis en quête du bien de mes contemporains. Alors, il faudrait se souhaiter le meilleur, mais non pas se semer les mauvaises intentions.

Cette assemblage de bijoux et d'outils quotidiens sera présentée au « Korombio ».

Le « mitady ny very 2.0 », ou retrouver ce qui a été perdu, comment pourrait se définir cette quête ?

Les traditions pures, comme l'ont pratiquées les anciens, cela est inexistence. Il faudrait les retrouver, cependant, ce qui est malheureux, nos « mémoires » se trouvent dans des livres à l'étranger et qui sont faits pour attirer les chercheurs malgaches. A part les traditions orales. Du coup, c'est à se demander si ce sera toujours les étrangers qui vont être notre référence, même s'il s'agit de notre identité, du patrimoine laissé par nos ancêtres.

Mais le langage marketing n'est jamais loin. Est-ce qu'on peut déjà penser à un marketing gagnant pour les malgaches de ce « retour aux sources » ?

Si nous sommes pressés d'en générer un marché, alors nous allons toujours récolter des fruits pas encore mur. Et ce, dans tous les domaines. Nous voulons ouvrir des chemins, pour « s'ouvrir au monde », dit-on. Mais à côté, il y a également d'autres chemins, mais qui n'entrent pas dans la priorité des bailleurs. Alors si ce n'est pas votre identité que vous voulez mettre en avant, donc, ce sera confronté avec des critères forçant votre œuvre à devenir une œuvre de moyenne qualité.

Plus de: Midi Madagasikara

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.