Sénégal: S.E. Mamadou Ndiaye - «Il faut prendre le temps de bien s'informer pour mieux connaitre la Chine, avant de venir ici»

6 Décembre 2019
interview

Dans cet entretien exclusif qu'il a bien voulu nous accorder, son Excellence Mamadou Ndiaye, Ambassadeur du Sénégal en République populaire de Chine, est amplement revenu sur les axes de coopération entre les deux pays, les opportunités d'affaires et autres échanges économiques et commerciaux. Il a été également fait mention des conditions austères des étudiants Sénégalais dans l'Empire du Milieu, accentuées par l'inexistence d'un bureau d'établissement des passeports et pour lequel il faut se rendre en France ou aux Etats-Unis d'Amérique.

Combien de Sénégalais compte-t-on à ce jour sur le sol chinois ?

Les ressortissants sénégalais qui sont actuellement en Chine sont environ 500 dont la plupart sont des étudiants qui sont dans les universités chinoises.

Nous avons aussi quelques travailleurs et même quelques chefs d'entreprise notamment dans les localités de Gouanzhou et Yuhou.

Quels sont axes de coopération prioritaire entre le Sénégal et la Chine ?

Comme vous le savez certainement, la Chine est devenue l'un des principaux partenaires du gouvernement sénégalais. La Chine appuie le Sénégal dans la réalisation de certains projets du gouvernement.

Aujourd'hui, par exemple, quand on parle des infrastructures routières, la Chine est le premier partenaire du Sénégal. Mais le gouvernement chinois appuie le Sénégal dans une diversité de secteurs.

Les projets qui ont été réalisés au cours des quinze dernières années concernent non seulement les infrastructures routières mais aussi l'énergie, les technologies de l'information et de la communication, la santé, l'agriculture et beaucoup d'autres domaines.

Où en est-on avec le projet de l'élargissement du parc industriel de Diamniadio ?

Oui ! En effet c'est un projet qui est en cours d'instruction. Vous savez certainement que la première phase a été réalisée par une entreprise chinoise, mais sur un financement du gouvernement sénégalais.

Maintenant, pour la deuxième phase qui est en cours d'instruction au niveau d'EximBank en Chine et naturellement c'est une entreprise chinoise qui va la réaliser.

Et quelles sont les opportunités d'affaire ici en Chine ?

Il y a beaucoup de flux commerciaux entre le Sénégal et la Chine. Ces échanges commerciaux étaient multipliés par onze (11) au cours de ces dix (10) dernières années.

Le Sénégal a pu faire admettre son arachide ici, dans le marché chinois. Il est vrai que la balance commerciale est déficitaire pour le Sénégal, dans ce domaine, mais il y a de bonnes perspectives pour les échanges commerciaux.

Quand on parle aussi d'investissements, on pense tout de suite aux Chinois, au Sénégal. Mais il y a bien des Sénégalais qui investissent ici en Chine. Ce sont donc des rapports commerciaux et économiques qui vont dans les deux sens.

Et c'est un motif de satisfaction pour le Sénégal, c'est très encourageant car si on vous dit que des Sénégalais tiennent leurs entreprises et emploient des Chinois, c'est vraiment une satisfaction. Il y a environ une dizaine d'entreprises et la plupart travaillent dans l'import-export.

Moi, j'ai eu la chance de visiter une entreprise qui travaille dans la menuiserie à Ghanzhou et qui est tenue par un Sénégalais.

Et la provenance de ces bois, peut-être de la Casamance, au Sénégal ?

Je ne saurai le dire, en l'absence d'informations très précises sur çà. Je sais que les Chinois importent beaucoup de bois de l'Afrique. Mais, pour le Sénégal, je n'en ai pas connaissance.

Il y a environ 350 étudiants sénégalais en Chine dont seule une cinquantaine est bousiers. Ils triment dans des conditions difficiles qui ont pour nom frais d'études, hébergement et restauration. Que faites-vous pour leur venir en aide ?

Il y a de plus en plus de Sénégalais qui choisissent de venir ici, en Chine, pour étudier. Cela veut dire qu'il y a une offre d'enseignement supérieur de très bonne qualité. Et des Sénégalais, des nationaux d'autres pays comme les pays occidentaux viennent approfondir leurs connaissances ici.

Les universités chinoises sont très bien quottées non seulement en Asie mais aussi dans le classement mondial des universités.

Les bourses offertes par le gouvernement chinois ne sont pas nombreux, mais cela ne décourage pas, pour autant, les étudiants Sénégalais qui, parfois avec leurs propres moyens, viennent se former en Chine.

Nous essayons, par divers moyens, de trouver des palliatifs pour que les étudiants qui n'ont pas de bourses puissent accéder à certaines facilités.

Il y a, par exemple, des formules de bourses offertes par des universités et nous avons pu en acquérir et ce sont des opportunités qui leur sont offertes.

Les conditions sont relativement austères car des redevances sur les études peuvent valoir à ces étudiants la prison et même la déportation vers leur pays d'origine ?

Il faut savoir que la Chine est un grand pays qui se développe chaque jour davantage. La vie est de plus en plus chère et je comprends les défis auxquels nos étudiants sont parfois confrontés.

Nous, en tant qu'Ambassade, nous n'avons pas de solution à ce problème-là parce que quand l'étudiant vient ici avec ses propres moyens, ce n'est pas à l'Ambassade de s'occuper de ses problèmes de survie.

Cependant, il nous arrive d'apporter des soutiens financiers aux Sénégalais qui sont ici, notamment aux étudiants.

En plus et très souvent ce sont les conseils que nous leur donnons pour qu'ils ne se retrouvent pas dans des situations qui leur valent d'être déportés ou bien d'avoir maille à partir avec le Service de l'immigration ou la justice.

L'autre casse-tête des étudiants en Chine, c'est le renouvellement des passeports. Pour ce service administratif, il faut impérativement se rendre en France ou au Etats-Unis. Et pourtant, Excellence, le Chef de l'Etat Macky Sall avait pris des engagements pour rapprocher ce service de la Chine ?

L'agent qui est à Djedda en charge de l'établissement des passeports doit venir ici, en Chine, dans quelques heures pour s'occuper du renouvellement des passeports de nos compatriotes.

Ce que nous essayons de faire périodiquement, c'est que s'il y a un grand nombre de Sénégalais qui ont un besoin de passeports, nous essayons de voir avec le ministère de l'Intérieur et le ministère des Affaires étrangères comment faire venir une mission d'établissement des passeports.

Ce n'est pas toujours évident car faire venir une mission pour une ou deux personnes, ce n'est pas facile. Il est difficile d'avoir un bureau d'établissement de passeport dans chacune de nos missions à l'étranger. L'idéal, c'est d'avoir un bureau par région qui va couvrir plusieurs pays.

Comment se comportent les Sénégalais ici, en Chine ?

Cela fait deux ans que je suis en Chine mais, d'une manière générale, les Sénégalais se comportent très bien.

Y a-t-il souvent des Sénégalais qui sont en conflit avec la loi et des compatriotes qui sont présentement en détention ?

On n'a pas eu de grandes crises des Sénégalais qui ont eu des difficultés majeures avec la justice chinoise.

Il y a cependant quelques cas de Sénégalais qui ont été retenus et arrêtés pour des délits mineurs, souvent pour être restés en Chine au-delà de la période qui leur était impartie. Actuellement, il n'y a aucun ressortissant sénégalais qui est en prison.

Nous organisons très souvent des activités de concertations et nous assistons aux organisations des ressortissants sénégalais notamment des étudiants, comme je l'ai fait du reste cette année au mois d'avril passé.

Si vous devrez prodiguer des conseils à ceux qui rêvent de venir en Chine, que seraient-ils ?

Je leur demanderai de prendre le temps de bien s'informer pour mieux connaitre la Chine avant de venir ici, c'est un pays de très grande diversité.

La Chine, ce n'est pas que Pékin, Ghouanzho ; il y a de très grandes villes ici qui ont une taille, en termes de superficie et même en termes d'économie, supérieure à beaucoup d'autres pays africains et même occidentaux, avec bien d'autres diversités.

Plus de: Sud Quotidien

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