Cameroun: Théâtre - La vengeance du faible

« L'école de l'arbitraire », une pièce mise en scène par le Camerounais Landry Nguetsa, jouée récemment à Yaoundé, est un engagement drôle et ferme contre l'abus de pouvoir.

Aka voit rouge, et il veut sa vengeance. Ce chauffeur désabusé par son ancien patron, un député qui après l'avoir privé de salaire pendant huit mois l'a jeté en prison parce qu'il revendiquait son dû, enfile la cape du justicier des « petites » gens.

Dans l'intimité d'un appartement, trois personnages sont au coeur d'un règlement de comptes à rebondissements. Il y a Aka et son ex-boss, mais aussi Suzy, la maîtresse du député, au milieu d'une affaire qui finalement, la concerne plus qu'elle ne le pense.

« L'école de l'arbitraire », jouée le 30 novembre et le 2 décembre derniers au Centre culturel camerounais à Yaoundé, c'est bien plus qu'une mise en scène autour de la revanche des faibles sur les forts. Aka est le miroir des pauvres, le porte-parole de ceux qui ne peuvent pas se défendre contre les puissants. Ce soir, il tient les rênes.

Par lui et pour lui, mais aussi pour celle qu'il appelle affectueusement Mme Suzy, la vérité va éclater. Les secrets inavoués de Monsieur le député Patrice Mondjou seront dévoilés, sans pitié, avec le même mépris des convenances qu'ont subi ses « victimes ».

Derrière l'humour poignant et la sincérité crue (pièce interdite au moins de 12 ans) tirés du texte de l'auteur camerounais Etitane Jan-Ellen (Tony Mefe), se cache un plaidoyer contre l'abus de pouvoir, les injustices sociales et l'esclavage moderne.

Rien ne peut laisser place à l'ennui dans cette pièce mise en scène par Landry Nguetsa et produite par Laurita Ngringeh.

Des vidéos et de la musique s'offrent une incruste délicieuse, et la mise en scène en ressort rythmée et enrichie. De quoi combler un jeu d'acteur pâle sur certaines séquences, qui s'explique par le déséquilibre dans l'exécution scénique des comédiens.

Pour donner la réplique à Désiré Mpoh (Patrice, le député), visage récurrent du théâtre local, René Mboussi (Aka) et Fabiola Mbesso (Suzy), tous les deux habitués à s'exprimer sous d'autres registres.

Voir sur scène René Mboussi, La légende dans la web série à succès « Les Baos », était un moment très attendu, même si dans le rôle de ce « chauffeur-vendetta à la machette », il ne s'écarte pas vraiment de cette petite frappe qu'il incarne sur la Toile.

Il assure la continuité, quand on aurait souhaité le regarder évoluer sous un costume plus solide. On est difficilement transporté par Fabiola Mbesso, dans la peau de Mme Suzy la Suzette qui, sans vouloir la dédouaner, fait ses premiers pas sur les planches.

Pour le bien de tous, la présence et la gestuelle travaillée de la comédienne viennent réveiller une prestation en demi-teinte.

D'ailleurs le texte fourni de portions drôles, et même érotiques, exige des trois comédiens une rigueur que souvent, on ne perçoit que par bribes. Qu'importe, cela n'enlève rien au message porteur, actuel et atemporel de « L'école de l'arbitraire ».

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