Ile Maurice: Gifle mortelle - Sept ans de prison pour un marchand de coco

7 Décembre 2019

Deux ans ont passé depuis la claque fatidique qui a enlevé un homme à sa famille. Celle-ci espère que la peine infligée au meurtrier l'aidera à se réformer.

Le couperet est tombé jeudi, pour ce marchand et coupeur de coco qui avait donné une gifle mortelle à un sexagénaire dans un restaurant à Boulet-Rouge, Flacq, en 2017. La magistrate Naddiyya Dauhoo, siégeant en cour intermédiaire, a condamné Nazir Banee, 54 ans, à une peine de sept ans d'emprisonnement. Deux ans après la tragédie, la famille de la victime se demande si cette peine suffira pour changer le marchand, qui aurait à son actif plusieurs condamnations, dont cinq pour vol, possession d'arme dangereuse, agression avec préméditation et évasion de prison. Nous avons rencontré l'épouse de la victime qui pleure encore son mari et le père de ses enfants, hier.

Le drame remonte au 7 avril 2017. Ce jour-là, le coupeur de noix de coco décide de se rendre au restaurant Deven, à Boulet Rouge, Flacq. «Mo ti ena pu al zouen mo kamarad pu bat enn de rom... Le propriétaire et son gendre étaient sur place et j'ai remarqué la présence d'un homme qui avait l'air ivre», raconte l'accusé. Ce dernier achète une bouteille de rhum et des cigarettes pour Rs 300 lorsqu'il est accosté par l'homme en question à côté de la caisse. «Il a menacé de me tuer à quatre reprises et il m'a même giflé. Je ne le connais pas et je ne comprends pas son geste qui m'a plutôt irrité. Du coup, je lui ai rendu la monnaie de sa pièce en le giflant. Il est tombé et j'ai essayé de le ranimer avec de l'eau. C'est le gendre du propriétaire du resto qui l'a aidé à se relever et m'a dit qu'il saignait de la tête», poursuit l'habitant de Boutique Coco, Centre-de-Flacq.

Il dit avoir appelé l'ambulance du Service d'aide médicale d'urgence et de l'hôpital de Flacq, mais en vain. «Heureusement qu'une ambulance passait par là et avec l'aide du gendre, j'ai aidé à le mettre sur le trolley.» Ce n'est que plus tard que le sexagénaire, Beedianand Appalasawmy, est mort et l'autopsie a révélé que le décès était dû à une commotion cérébrale. Les images des caméras de surveillance du restaurant ont par ailleurs révélé que c'est la victime qui avait giflé l'accusé et que ce dernier avait recherché l'assistance médicale.

Mais cela ne console pas la famille. «Tout a changé depuis le départ de mon mari, qui a laissé derrière lui nos trois enfants, dont deux fils et une fille. C'était quelqu'un qui était non seulement le pilier de la famille mais prônait également des valeurs morales à ses enfants», confie Premila, la femme de Beedianand Appalasawmy. Les larmes aux yeux, l'habitante de Bonne-Mère, Flacq, se souvient de son mari comme quelqu'un de généreux et d'heureux vivant. «Il avait déjà pris sa retraite et travaillait comme gardien. Si quelqu'un lui demandait de lui prêter un truc, il allait sans hésiter le lui donner en cadeau.» D'ajouter «enn gran dimoun inn ale dans lakaz. Li ti ena enn bon karakter et zame li ti violan.»

Ce jour restera à jamais gravé dans sa mémoire et celle de ses enfants. «Il venait de fêter son 64e anniversaire en mars et voilà qu'en se rendant au restaurant un mois après, il a trouvé la mort pour une chose banale.» Que pense-t-elle de la sentence de sept ans ? La femme au foyer espère que cette peine aidera le condamné à changer son attitude violente. «On sait qu'il a déjà été condamné dans le passé pour agression. Maintenant qu'on lui a imposé sept ans de prison, cette peine lui servira-t-elle une leçon ou fera-t-il d'autres victimes ?», se demande Premila Appalasawmy. Elle va plus loin pour dire que l'acte commis est impardonnable. «La faute entière repose sur cet homme qui a donné une gifle mortelle à mon mari. On peut donner une claque mais aller jusqu'à tuer une personne est inconcevable.»

Pour rappel, Nazir Banee a présenté des excuses à la cour. «Je regrette mon acte et le coup et blessures étaient en représailles suivant la claque que j'ai reçue», affirme-t-il. Sa défense était assurée par Me Reena Ramdin, alors que Me Audrey Stephen-Sungeelee représentait le parquet.

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