Ile Maurice: Salaire minimum - «Qui nous aide nous les entrepreneurs?»

8 Décembre 2019

Si ces salariés affichent leur bonheur face à l'augmentation du salaire minimum, tel n'est pas le cas pour les employeurs. Josian Lindor, qui dirige une petite entreprise de textile depuis 2017, ne sait pas où donner de la tête. «Définitivement, nous en sommes affectés. Là, je dois trouver des fonds additionnels pour payer cette augmentation à cinq personnes dont moi-même. Cette mesure vient les soulager bien sûr mais qui nous aide, nous, les entrepreneurs ?» s'interroge-t-il.

De son côté, un autre entrepreneur, qui gère une petite société spécialisée dans l'alimentation depuis l'an 2000, galère lui aussi. «Je ne sais même pas quoi faire. Je ne cesse de tourner en rond en quête de solutions», déplore-t-il.

Car cette augmentation de salaire nécessite des investissements additionnels, et donc des stratégies de financement. À ce titre, Josian Lindor évoque diverses possibilités. «J'essaie de voir si on peut trouver plus de clients mais avec quatre employés seulement, il sera difficile d'augmenter la production. Car au salaire minimum, il faudra aussi ajouter les heures supplémentaires et d'autres coûts.»

Une autre piste est d'augmenter le prix au client. Mais déjà, avoue-t-il, cela ne peut être appliqué du jour au lendemain. Puis, le risque de perte de commandes est trop grand. Quant aux économies notamment sur les frais généraux (électricité, loyer, etc.), il ne peut en faire davantage, souligne-t-il : «La situation est difficile. J'économise déjà sur tout. On est coincé de toute part.»

Selon Josian Lindor, la hausse du salaire minimum entraînera des difficultés surtout auprès des petites entreprises dans le textile, enlisées dans la compétition. Certaines devront sans doute mettre la clé sous la porte, estime-t-il. «Dans mon cas, je peux tenir quelques mois à condition que ceux-ci soient actifs en commandes.» Il réfléchit à la possibilité de recruter des Bangladais pour assurer les activités, tout comme l'autre entrepreneur. Sauf que lui n'a pas réussi. «On ne peut augmenter la production avec juste quatre travailleurs. J'ai fait des démarches pour avoir des employés étrangers mais cela m'a été refusé. Comment va-t-on faire ainsi ? C'est la pagaille.»

Remonté par cette situation, il ne peut pas non plus augmenter ses prix. Du coup, il est toujours en quête d'une solution miracle qui lui permettrait de financer les coûts additionnels. «Il nous faut aussi augmenter ceux qui sont là depuis avant. En fait, là, il n'y aura que des frais supplémentaires. Les entrepreneurs n'ont rien en retour», confie-t-il.

En chiffres

120 600

Tel était le nombre de travailleurs concernés par le salaire minimum en novembre 2017. Ce chiffre émane du rapport du National Wage Consultative Council. De ce taux, 111 300 étaient employés à temps plein et 9 300 à temps partiel. Ceci représente 28,7 % du nombre total de salariés à Maurice. Le salaire minimum de Rs 9 000 a été introduit en 2018. Puis en novembre 2019, après une décision du cabinet ministériel, ce montant a été augmenté à Rs 10 200.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: L'Express

à lire

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.