Cameroun: Le Nord du pays en proie aux violences

communiqué de presse

Le conflit en cours dans la région du lac Tchad menace toujours un peu plus les populations locales. Depuis plusieurs semaines, les groupes armés sévissent quotidiennement dans l'Extrême-Nord du Cameroun, pillant et attaquant les habitants de la région.

Manuel (prénom d'emprunt) est l'un des 42 relais communautaires MSF qui apportent des soins aux populations qui vivent entre l'Extrême-Nord du Cameroun et le Nigeria voisin. Il y a un peu plus d'un mois, il a vu plus de 2 500 habitants de son village fuir à la suite d'une attaque d'hommes armés.

« Ils sont arrivés et ils ont brûlé 56 maisons. Les bœufs, les poulets, les chèvres... On a estimé à plus de 600 le nombre d'animaux partis en fumée. On a laissé nos provisions, tout est parti en fumée. Deux personnes sont mortes. On a vu que c'était impossible de rester », détaille-t-il.

« Cela a été difficile pour nous car c'était en pleine saison des pluies. On s'est enfui comme on a pu, en vélo, à pied, en pousse-pousse.

Au début, on vivait dehors. Ceux qui ont un peu de sous ont cherché des bâches en plastique au marché pour se couvrir, d'autres ont été accueillis par la population qui leur a offert un abri », poursuit Manuel.

Le conflit qui fait rage dans la région du lac Tchad entre les forces militaires et les groupes armés continue, jour après jour, de menacer la vie des habitants de la région.

« Les attaques et déplacements de population n'ont plus l'ampleur qu'ils avaient de 2014 à 2016, mais l'insécurité demeure permanente, ceci dans une région qui figure déjà parmi les plus pauvres du pays », constate Katrien Gedopt, cheffe de mission MSF.

Conflit dans le nord du Cameroun

En août 2019, l'Organisation internationale pour les migrations dénombrait toujours plus de 270 000 déplacés et plus de 100 000 réfugiés nigérians dans l'Extrême-Nord du Cameroun et près de 80 % d'entre eux n'avaient aucune intention de retourner dans leur village d'origine, évoquant avant tout le manque de sécurité.

La plupart des déplacés du village de Manuel préfèrent d'ailleurs effectuer deux heures de trajet pour travailler leurs champs la journée et deux heures le soir pour revenir près de Mora, chef-lieu de la région, plutôt que de se réinstaller dans leur village.

« Même aller aux champs, c'est dangereux. Si tu pars un peu loin du village, on peut t'attaquer en plein jour. Nous y allons toujours en groupe et il y a des limites géographiques que nous ne franchissons pas. Il y a beaucoup de champs abandonnés, parce qu'on ne peut pas y accéder », indique Manuel.

Josua, patient à l'Hôpital régional de Maroua : « J'ai été traité au bloc de chirurgie. Je me sens mieux maintenant qu'ils ont commencé à me traiter, ils me donnent des pilules contre la douleur ». © Pierre-Yves Bernard / MSF

À l'Hôpital régional de Maroua, à 60 km au Sud de Mora, où MSF appuie le ministère de la Santé pour la prise en charge des cas chirurgicaux, Josua, jambe dans le plâtre et pansement sur l'épaule, a justement été surpris il y a quelques semaines, alors qu'il allait travailler aux champs, dans la même région.

« Nous étions en train de fuir à travers la brousse quand ils ont tiré sur mon ami Eba. Il est mort sur le coup. Je suis tombé et ils m'ont attrapé.

Ils m'ont tiré dans l'épaule et la jambe. Ils ont cru que j'étais mort et ils m'ont laissé là », détaille-t-il. Depuis début 2019, 73 blessés de guerre ont été admis dans les seules structures soutenues par MSF.

Ce contexte d'insécurité pèse sur les populations et la question des moyens de subsistance se pose pour les habitants de la région comme pour les déplacés.

Yassoua Abba s'est réfugiée à Kourgui depuis 3 ans, un village tout proche de Mora : « Pour survivre, je travaille dans les champs et j'effectue des travaux ménagers, je gagne 400 francs CFA par jour (environ 60 centimes d'euros), mais cela ne me permet pas de nourrir ma famille convenablement.

Normalement, il faut manger trois fois par jour mais chez moi, on mange une fois par jour car nous n'avons pas les moyens ». Sans nouvelles de son mari depuis qu'elle a dû fuir son village, elle s'occupe de ses six enfants, dont l'un a été pris en charge par MSF pour malnutrition aiguë.

Certains rescapés des attaques portent de lourdes séquelles, comme cette femme qui, prise dans des tirs croisés au Nigeria, a été touchée à la colonne vertébrale. Elle tentait alors de rejoindre le Cameroun, avec son mari et sa fille de 3 ans.

Depuis, elle est paralysée des deux jambes et malgré les soins prodigués par MSF, elle n'a pas retrouvé une vie normale. « Je n'ai rien en main, aucun argent, je m'occupe de ma fille qui est encore très petite et de sa maman », témoigne son mari Mohammed, qui a fait de l'Hôpital de Maroua sa nouvelle demeure.

Pendant les quatre dernières années, MSF a porté assistance aux réfugiés et aux personnes déplacées par le conflit dans la région du lac Tchad, ainsi qu'aux communautés d'accueil rendues vulnérables par la situation d'insécurité, notamment au Cameroun. Depuis 2015, plus de 400 000 consultations générales et plus de 17 000 interventions chirurgicales ont été réalisées.

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