Burkina Faso: Journée de lutte contre la corruption - Sale temps pour des fils de...

Voici des procès qui ne pouvaient pas mieux tomber. Alors qu'on célébrait la journée internationale de lutte contre la corruption, le jugement en appel de Teodorin Obiang s'est en effet ouvert hier 9 décembre devant la Cour d'appel de Paris. A des milliers de kilomètres de la capitale française, un autre fils de président, ancien celui-là, était également traîné à la barre à Luanda : José Filomeno dos Santos.

Le premier, vice-président de son pays, avait été condamné en première instance en 2017 à 3 ans de prison avec sursis, à 30 millions d'euros d'amende et à la confiscation de ses biens, estimés à plus de 150 millions d'euros. On a encore en mémoire l'étalage de son parc automobile impressionnant où Bentley, Ferrari, Bugatti, Lamborghini et autres voitures de luxe se côtoyaient, sans oublier un yacht par-ci, des montres d'exception par-là. Et surtout un immeuble de 4000 m2 dans le luxueux XVe arrondissement de Paris, estimé à 107 millions d'euros et qui contenait des objets d'art, des robinets en or, un salon de coiffure et une discothèque.

Autant dire que c'est le procès de la gabegie et de la mal gouvernance dans cet émirat pétrolier d'Afrique centrale sur lequel le géniteur de l'accusé, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo (77 ans), règne en maître depuis 40 années. Il est d'ailleurs à ce titre le plus vieux chef d'Etat en exercice du continent, et les Obiang, père comme fils, ainsi que leurs alliés considèrent la Guinée équatoriale comme leur patrimoine, et les caisses de l'Etat comme leur poche.

On comprend bien que l'avocat de Transparency International, à la base de ce procès des biens mal acquis, Me William Bourdon, parle au sujet de la bataille procédurale qui a ouvert le débat de «manœuvres dilatoires des kleptocrates qui méprisent l'Etat de droit mais braconnent dans ses subtilités pour suffoquer la procédure».

Il faut croire que c'est un sale temps pour les fils de ; c'est en effet à peu près pour les mêmes raisons que le fils d'Edouardo dos Santos, Filomeno, est jugé à Luanda : «détournement de fonds et blanchissement d'argent».

La différence entre ses deux hommes est que le père du second n'est plus aux affaires, et c'est celui-même qu'il a installé sur le trône, avant de prendre sa retraite, João Lourenço, qui fait maintenant des misères à toute sa famille. Outre Filomeno, Isabel dos Santos, « la petite fille aux arachides », comme les Angolais l'avaient méchamment surnommée, est elle aussi dans le viseur de la justice.

Au-delà de leurs rejetons, c'est surtout la gestion patrimoniale de leurs pères qui est en cause pour avoir permis ses prévarications indécentes dans des pays sous-développés qui continuent de tendre la sébile aux bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux alors qu'ils auraient bien pu s'en passer au regard de leurs immenses ressources si leurs gouvernances avaient été plus vertueuses.

Les accusés et leurs avocats ont beau crier à l'acharnement politique ou à la chasse aux sorcières, il doit bien y avoir un fond de vérité dans ces accusations.

Le vrai problème ici comme là, c'est la longévité au pouvoir : on finit inévitablement par prendre de mauvaises habitudes. Mais quand on a un mandat renouvelable une seule fois, on n'a sûrement pas le temps de se remplir les poches. La solution est donc politique. Tant que dans nos pays on n'aura pas des démocraties fortes avec des institutions de contrôle fortes, on aura encore des Obiang fils, dos Santos fils, Bongo fils et que savons-nous encore.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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