Sénégal: Ma caméra, mon arme de combat Dafadoy, cela suffit !

Fatou and her camera.JPG

C’est le slogan que la jeune activiste Fatou emporte partout avec elle. Nantie d’une licence en philosophie et en journalisme et communication, Fatou, la jeune activiste très engagée, s’investit depuis plus de 5 ans dans la production et la réalisation de films. Son objectif :  lutter contre les violences faites aux femmes en présentant des images qui projettent le vécu parfois horrible de certaines femmes et les conséquences néfastes des atrocités dont elles sont victimes. A 30 ans seulement, Fatou est propriétaire d’une chaine de Télévision en ligne dénommée WarkhaCom TV, canal par lequel elle diffuse les films qu’elle produit. Grace à un accord de partenariat entre Plan International et la structure dont elle est la fondatrice, elle a réussi à réaliser 16 films de 16minutes pour les 16jours d’activisme contre les violences faites aux femmes. « Ma caméra c’est mon arme », dit-elle. Elle raconte sa passion.

C’est depuis toute petite que j’éprouve la passion de défendre les filles. Je ne me rappelle pas la date exacte, mais j'avais commencé par regrouper les jeunes filles de mon quartier pour créer une association informelle au sein de laquelle nous organisions des causeries et des débats sur la façon dont nous sommes traitées dans nos domiciles. Nous n’étions pas vraiment conscientes de ce que nous faisions à l’époque.

Par la suite, j’ai commencé à défendre toutes mes camarades de classes qui étaient sous l’emprise des garçons. J’avais la chance de grandir plus que mon âge comme on dit, puisque j'avais une forte corpulence. Cela me permettait de tenir tête aux hommes de la classe… Donc c’est là que tout a commencé je peux dire.

J’ai longtemps été sous l’influence d’une artiste sénégalaise très engagée sur les questions des droits de femmes, NOM et je pense que ses chansons et son histoire ont incité mon engagement.

En 2005, j’ai créé avec des amis une association dénommée « BANDO RAG DE VAINCRE », qui avait pour but de lutter contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Et dans le cadre de cette association, nous avons fait beaucoup de réalisations comme des séances de sensibilisation, des actions de plaidoyer contre le viol et les mariages d’enfants, etc…

3 ans après, j’ai constaté que notre action ne portait pas véritablement ses fruits. J’ai décidé de passer à la vitesse supérieure : la vidéo. Pourquoi la vidéo, me demanderez-vous, eh bien parce que la vidéo a été la base de plusieurs révolutions en Afrique et dans le monde. La vidéo est en effet une évidence sans équivoque qui permet d’être témoin oculaire des sujets évoqués, tout en suscitant des émotions et des réactions chez celui ou celle qui regarde le film. C’est pour cette raison que j’ai décidé de prendre ma caméra. Je suis actuellement Vidéaste. Je fais des réalisations de films de sensibilisation et j’anime des ateliers sur les techniques de prise de vue et de montage vidéo avec un smartphone. Par ailleurs, je suis active sur le terrain car faisant partie des membres fondateurs du collectif #dafadoy qui milite pour la criminalisation du viol au Sénégal. Je suis relais communautaire et je fais de la communication pour un changement de comportement.

Je travaille avec les membres de notre espace communautaire de communication WarkhaCom, avec qui nous formons une équipe de jeunes dynamiques et très engagés sur ces questions.

Nous diffusons nos œuvres sur les médias à travers notre site internet. Nous faisons aussi des projections. Et nos vidéos sont parfois reprises à la télé.

Ma rencontre avec Plan International 

En tant que relais communautaire, j’ai eu à prendre part aux projets de Plan International. Je connaissais donc bien Plan International avant d’avoir cette opportunité qui vient de nous unir.

J’ai écrit une demande de partenariat que je leur ai envoyé en leur présentant mon projet, et ils m’ont contacté.  Dans le cadre de la campagne des 16 jours d’activisme, nous faisons une co-production de 16 films de 16 minutes pour les 16jours, que nous diffusons sur nos canaux respectifs. L’impact est grand et les bénéfices de ce partenariat sont incommensurables.

Notre collaboration a non seulement rendu possible le projet, mais a aussi permis de toucher plus de monde. Sur le plan personnel, j’ai beaucoup gagné. J’ai multiplié mon coefficient courage par 1000. Rien ne m’arrêtera plus. J’ai aussi beaucoup appris sur le plan technique car avec l’encadrement des spécialistes de Plan International, j’ai dû être beaucoup plus exigeante et rigoureuse avec mon équipe. Ma chaine de télévision et moi-même avons gagné en notoriété et en crédibilité. Depuis le début cette campagne, je suis l’invitée de plusieurs programmes radios et télé.

Après les 16 jours, nous allons continuer les ateliers, faire des projections dans les quartiers, et produire des vidéos sur d'autres thèmes. Grace à Plan International, nous envisageons même sous-titrer en anglais les 16 films produits afin d’en élargir l’audience.  Notre combat se poursuit et comme le dit si bien Plan International, « nous n’arreterons pas tant que chaque fille ne sera pas vue, entendue ou valorisée ». Et à tous ceux qui maltraitent encore les filles et les femmes, je leur demande juste d’arrêter: dafadoy cela suffit.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

à lire

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.