Afrique de l'Ouest: Tournée d'un emissaire français au Sahel - Quand Macron tente de sauver les meubles

Une patrouille mixte de la force française Barkhane et des Fama, l'armée malienne, dans les rues de Ménaka (photo d'illustration).
11 Décembre 2019

Après avoir remis leur carton aux présidents Mahamadou Issoufou du Niger, Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK) du Mali, l'envoyé spécial de la France pour le Sahel, Christophe Bigot, devrait remettre, ce jour, 12 décembre 2019, au président burkinabè, Roch Marc Christian Kaboré, l'invitation officielle du président Emmanuel Macron, pour assister à la rencontre de Pau en France, prévue pour le 16 décembre prochain.

A Niamey, à Bamako tout comme ce sera le cas à Ouagadougou, l'émissaire est porteur d'un message qui se veut, on ne peut plus, clair : il ne s'agit pas d'une convocation mais bel et bien d'une invitation.

Une précision de taille au regard de l'électro-choc provoqué par la récente déclaration de l'actuel occupant de l'Elysée, en marge de la dernière réunion de l'OTAN (Traité de l'Atlantique nord).

Sur un ton ému - la France venait de perdre 13 de ses valeureux soldats au Sahel - et à la limite comminatoire, Jupiter avait tenu un discours aux confins de convocation adressée à ses pairs africains du G5 Sahel.

Depuis lors, la polémique n'avait cessé d'enfler et la colère de gronder dans ces Etats africains concernés et au-delà. A travers la tournée de l'émissaire français, Macron tente de sauver les meubles !

Et sa démarche diplomatique a eu l'avantage de calmer le jeu, du moins, en haut lieu. Notamment au Palais de Koulouba où l'on s'est réjoui du bon déroulement de l'entretien avec l'émissaire français, tout en précisant que « des messages ont été passés de part et d'autre ».

« Puisqu'il faut à présent aller de l'avant », comme l'a, du reste, expliqué un collaborateur du président IBK, l'on devrait, à présent, faire table-rase du passé au nom des intérêts communs à préserver. Et ce qui est en jeu est loin de compter pour du beurre.

On sait, par exemple, qu'il pourrait être annoncé à la prochaine réunion de Pau, une livraison de matériel militaire aux pays du G5 Sahel.

Sauf donc tremblement de terre, les chefs d'Etats conviés ne bouderont pas le rendez-vous du 16 décembre prochain. A l'exception notable de leur homologue tchadien, Idriss Déby Itno, qui a invoqué des raisons de calendrier pour ne pas honorer l'invitation.

L'opération de charme de Macron ne changera pas fondamentalement grand-chose

Les chefs d'Etat qui feront donc le déplacement, auront de bonnes raisons d'y être, notamment pour se « parler franchement », malgré l'hostilité affichée d'une frange de leurs opinions nationales respectives plutôt favorables au boycott de la rencontre.

En tout cas, l'opération de charme de Macron ne changera pas fondamentalement grand-chose dans la perception que les anti-Pau, ont de la nature des rapports entre la France et leur pays, dont ils dénoncent les ambigüités.

Cela dit, la petite poussée de colère du président Macron en marge de la réunion de l'OTAN, n'est guère surprenante.

Face au récent drame survenu à Ménaka à la lisière dite « des trois frontières » et qui a coûté la vie à 13 soldats français, Macron avait affaire à une opinion nationale particulièrement remontée et à laquelle il fallait immédiatement donner des gages.

Et sa déclaration qui aura été perçue à tort ou à raison, de paternaliste par bon nombre d'Africains, a, pour ainsi dire, servi d'exutoire et de coup de com. en direction de son opinion nationale. Opération réussie, pourrait-on dire.

Sauf que cela a été très négativement vécu au sein des opinions publiques des pays du G5 Sahel, comme l'atteste le grand tollé que la déclaration a suscité. Restait à présent à colmater les brèches et à rassurer les partenaires africains en soulignant qu'en de fait de convocation, il n'en a jamais rien été.

Mais comme le dit l'adage, « à quelque chose, malheur est bon ». L'incident diplomatique aura au moins eu le mérite de mettre les dirigeants des pays concernés, face à leurs responsabilités.

Non seulement ils savent désormais qu'ils devront compter avec leur opinion nationale de plus en plus critique et qui exige de voir plus clair dans les accords qui lient leur Etat à la France, mais aussi ils mesurent encore plus à quoi ils s'exposent tant que leurs Etats ne seront pas capables de s'assumer pleinement.

C'est connu : « La main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit ». En tout état de cause, de part et d'autre, la clarification s'impose dans leurs relations. Et si la rencontre de Pau offre l'occasion de se dire les vérités, alors, vivement la clarté !

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