Cameroun: « Une gouvernance inclusive qui ne laisse pas les femmes de côté »

interview

Soline Nyirahabimana, ministre rwandaise de Genre et de la Promotion de la femme.

Le Rwanda est connu dans le monde comme un bon exemple de promotion de la femme et de lutte contre les inégalités. Le parlement est constitué de 61% de femmes, un record planétaire. Quelle est sa recette ?

Notre pays a compris tôt que pour développer un pays, il faut impliquer tout le monde. Les hommes et les femmes doivent avoir les mêmes opportunités pour participer à la construction nationale. Le pays a donc mis en place une plateforme où ils exercent leurs droits et saisissent les mêmes chances. C'est ainsi que le Rwanda a choisi une gouvernance inclusive qui ne laisse pas les femmes de côté. S'agissant de la promotion de l'égalité de sexe, il est simplement question de respect du droit de la personne. C'est également une stratégie de développement durable que le pays a adopté.

En 1994, nous avions 14% de femmes au parlement, avec la constitution de 2003 qui imposait qu'on tienne compte du genre, notre pays a successivement eu un parlement constitué de 48%, 56%, 64% et 61% de femmes, après chaque cinq ans. Avec cette avancée, nous avons noté un développement socio-économique parallèle. Nous sommes convaincues que le travail inclusif, intégrant homme et femme a contribué au relèvement de notre développement socio-économique. Avec un parlement dominé par les femmes au Rwanda, nous observons que des sujets très subtils et très délicats animent les débats à l'Assemblée nationale.

Les femmes parlementaires ont même créé un forum d'échanges propres à elles où les hommes sont membres ! Cela semble être une curiosité, mais c'est une réalité qui souligne bien l'avancée du leadership féminin au Rwanda. Dans leur travail de contrôle de l'action gouvernementale, les femmes soulèvent des questions très sensibles comme la santé maternelle et infantile, la nutrition, l'implication des hommes dans les travaux domestiques, les violences basées sur le genre qui permettent au gouvernement de garder l'attention sur ces petits sujets, mais haut combien cruciaux pour le développement. Le défi demain, c'est la formation dans des secteurs pointus.

Quelle politique le Rwanda a-t-il pour encourager les filles à occuper ces filières non encore saturés ?

Nous avons mise sur pied des initiatives pour encourager les filles à exceller à l'école et à s'intéresser aux filières dites masculines. La première dame, Jeannette Kagame a introduit dans sa fondation, deux programmes qui ont eu un impact très positif dans notre pays. Des Awards présidentiels pour primer leurs meilleures performances académiques. Ce sont des éléments incitatifs. Il y a aussi des bourses d'études pour des étudiants qu'on met à compétition pour créer l'émulation et les filles s'intéressent.

Le fait aussi d'avoir les femmes leaders dans plusieurs secteurs les inspire et les encourage à aller le plus loin possible dans leurs études. Quand dans les villages, on peut désigner telle femme, directeur général, ministre, députée ou haut responsable, les parents se disent : ah, c'est possible ! Avant, les parents se demandaient pour quel but fallait-il envoyer les filles à l'école ? Aujourd'hui, ils trouvent de bonnes raisons. Ils voient des femmes dans des grandes instances de prises de décisions discuter d'égale à égale avec les autres grands du monde, dans des fora nationaux et internationaux. Dans les villages, on les désigne comme des modèles à ressembler.

Jusqu'où iront les femmes rwandaises avec ces acquis ?

Le ciel n'est pas fermé. Elles iront le plus loin possible. Nous ne sommes pas encore arrivées là où nous voulons. La parité doit être une réalité dans tous les secteurs et aspects de la vie. Nous voulons la parité même dans les droits et devoirs. La parité doit s'exercer même dans les travaux domestiques. Nous allons y arriver. Notre modèle est apprécié. Le Global Gender Sommit que Kigali vient d'abriter était un haut lieu de partage d'expérience. Nous accueillons ce genre de conférence, plusieurs fois au cours de l'année. Le Rwanda apprend aussi des autres. L'esprit du donner et du recevoir est africain. Notre expérience est un processus. Après le génocide en 1994, il n'y avait pas le temps de préparer les leaders qui devaient prendre des responsabilités dans les administrations.

C'était le temps de l'urgence et on faisait avec les ressources humaines disponibles. Aujourd'hui, 25 ans après, il y a eu une préparation progressive avec un environnement sensible au genre. La formule de recrutement et de promotion change au cours des années comme le pays évolue aussi avec une stabilité politique favorable. Pour un pays bien gouverné aujourd'hui et demain, le Rwanda prépare sa jeunesse. Les femmes de demain seront plus performantes que celles d'aujourd'hui.

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