Algérie: Un éminent défenseur des droits humains emprisonné peu avant l'élection présidentielle

communiqué de presse

Beyrouth — Les autorités algériennes devraient remettre immédiatement en liberté un éminent défenseur des droits humains arrêté le 10 décembre 2019, puis jugé et condamné dans la même journée, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

Kaddour Chouicha a été condamné à un an de prison, sur la base d'accusations qui semblent se rapporter uniquement à ses critiques des autorités militaires et politiques et à sa participation à une manifestation politique. Chouicha, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme et président de sa section oranaise, a été actif dans le mouvement de protestation connu sous le nom de « Hirak ».

« Kaddour Chouicha semble avoir été reconnu coupable uniquement pour avoir critiqué les forces armées, fait des déclarations politiques et participé à une manifestation politique », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.

Plus de 120 manifestants arrêtés pour leur rôle pacifique dans le mouvement Hirak ont été envoyés en prison ou sont en détention préventive dans l'attente d'un procès. Parmi eux se trouvent des personnalités en vue comme Lakhdar Bouregga, ancien combattant de la guerre d'indépendance algérienne, Karim Tabbou, un dirigeant politique, et Abdelwahab Fersaoui, président de l'organisation Rassemblement action jeunesse (RAJ) et défenseur des droits humains.

Le mouvement de protestation Hirak, formé initialement en février dans le but de s'opposer au projet du président Abdelaziz Bouteflika de briguer un cinquième mandat, est resté actif depuis qu'il a poussé ce dernier à démissionner en avril.

Les forces de sécurité ont arrêté Chouicha une première fois le 24 octobre à Oran, la deuxième ville d'Algérie par la population. À l'époque, il avait déclaré à Human Rights Watch que la police l'avait arrêté alors qu'il participait à une manifestation assise devant le Tribunal de la Cité Djamel à Oran, au moment où il était allé chercher dans sa voiture une banderole exprimant sa solidarité avec les prisonniers d'opinion. Un agent l'avait informé qu'il faisait l'objet d'une enquête pour « participation à un attroupement non armé » et « distribution de documents de nature à nuire à l'intérêt national. » La police l'avait remis en liberté vers 6h00 du soir le même jour, après lui avoir confisqué son téléphone.

Le 9 décembre, la police a appelé Chouicha et lui a demandé de venir le lendemain au poste de police principal d'Oran pour récupérer son téléphone, a indiqué son avocat, Noureddine Khemisti. Mais quand il s'est présenté au poste de police le 10 décembre, les agents l'ont mis en état d'arrestation et l'ont transféré au Tribunal de première instance de Sidi Djamel à Oran.

Un procureur du même tribunal l'a inculpé de « rébellion » en vertu de l'article 183 du code pénal, accusation se rapportant à des affichages effectués par lui sur Facebook en novembre, dans lesquels il s'opposait à la tenue de l'élection présidentielle et critiquait l'armée, et d' « atteinte à l'intégrité du territoire national » aux termes de l'article 79 du code pénal, accusation liée à sa participation à une manifestation le 4 décembre à l'extérieur d'une salle où un candidat à la présidence tenait une réunion électorale.

Khemisti a indiqué que le procureur avait transmis le dossier à un juge en recourant à la procédure de « comparution immédiate », qui s'applique normalement dans les cas où des personnes sont prises en flagrant délit de la commission d'un crime. Un juge a déclaré Chouicha coupable des deux chefs d'accusation dans l'après-midi et l'a condamné à un an de prison, peine à accomplir à la prison d'Oran.

Chouicha a fait appel du verdict, a précisé Khemisti.

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