Ile Maurice: Nowsheen Goonoo - «Encourager les femmes à s'engager davantage dans le domaine scientifique»

12 Décembre 2019
interview

Je fais partie des 20 chercheuses qui ont reçu le Prix du jeune talent 2019 de l'Afrique subsaharienne. Prix décérné par la Fondation L'Oreal de l'UNESCO dans le cadre de la 10e édition du programme régional L'Oreal For Women in Science. Les lauréates ont été sélectionnées pour leur excellence scientifique parmi près de 400 candidatures. Cette année, 15 doctorantes et 5 chercheuses postdoctoraux ont reçu respectivement 10 000 et 15 000 euros. La cérémonie de remise des prix a eu lieu à Dakar, au Sénégal, le 21 novembre.

Une étude faite par le Mauritius Institute of Directors sur quelque 150 grandes sociétés mauriciennes révèle que 8,7 % des femmes siègent uniquement sur des conseils d'administration. Q'en pensez-vous ?

Malheureusement, ce n'est pas seulement un constat fait à Maurice. Malgré les tentatives visant à augmenter le nombre de femmes occupant des postes de direction de première ligne, les progrès restent lents et les femmes sont toujours sousreprésentées. Pourquoi choisissent- elles le poste numéro deux alors qu'elles peuvent obtenir le premier ? Pourquoi ne sont-elles pas privilégiées lorsque le siège est vacant ?

Quelles en sont les raisons d'après vous ?

C'est à cause des processus, des systèmes organisationnels, des stéréotypes sexistes, de la discrimination et du harcèlement sexuel. Les dirigeantes sont traitées différemment de leurs homologues masculins pour les mêmes postes.

Quel constat faitesvous de l'évolution de la femme dans l'univers professionnel à Maurice?

Les choses se sont améliorées certainement à Maurice en matière d'emploi au cours des dernières décennies. Les femmes mauriciennes contribuent au développement économique de l'île depuis les années 1970 avec une forte participation dans le secteur manufacturier. Plus récemment, nous avons eu la première femme présidente de la République de Maurice. Cependant, je crois qu'il faut aussi les encourager à s'engager davantage dans la haute technologie, par exemple, dans le domaine scientifique.

Qu'en est-il de la place de la femme en politique et au Parlement?

Il en manque certainement. Des mesures spécifiques telles qu'instaurer un quota peut contribuer à assurer un meilleur équilibre entre les genres. Une approche multidimensionnelle est nécessaire pour prévenir la violence et le harcèlement envers elles en politique. Il faut déployer davantage d'efforts pour encourager les jeunes femmes à se joindre aux partis.

Le «Glass Ceiling» est une métaphore souvent appliquée pour décrire le parcours de la femme dans le milieu professionnel. A-t-elle toujours son sens en 2019 ?

Absolument, les Mauriciennes ne font pas exception à l'effet du «plafond de verre», principalement car elles demeurent de façon disproportionnée responsable de leur foyer. Elles n'obtiennent souvent pas le perfectionnement professionnel comme leurs homologues masculins en raison d'un manque de femmes mentors.

À des stades ultérieurs de leur carrière, de nombreuses femmes choisissent de ne pas postuler à des emplois mieux rémunérés et refusent même des promotions, car diverses études ont demontré que lorsque les revenus de la femme dépassent ceux du mari, la relation mari-femme devient tendue. Résultat : cela fini par un divorce. L'équilibre entre carrière et maternité est le plus grand défi pour les femmes scientifiques.

Vous êtes chercheuse à l'université de Maurice, les jeunes s'intéressent-ils toujours à cette filière ?

Les enfants sont des scientifiques naturels, nés curieux et désireux d'en apprendre davantage sur le monde qui les entoure. Cependant, à mesure qu'ils gradissent, cet intérêt naturel disparaît. La plupart des jeunes ne sont pas très enclins à poursuivre des études en STIM (Science Technology Engineering Mathematics). La raison principale est que ces matières sont perçues comme étant difficiles et donc risquées pour les étudiants qui veulent s'assurer une place à l'université de leur choix. De plus, ceux qui souhaitent rester à Maurice ont souvent des difficultés à trouver un emploi bien rémunéré dans ce domaine.

Quels sont vos futurs projets sur lesquels vous travaillez déjà ?

Je fais partie d'une équipe travaillant au Centre for Biomedical and Biomaterials Research et notre rêve collectif est de lancer le premier produit innovant mauricien de soins des plaies basé sur la nanotechnologie. Cela, pour les patients diabétiques et en utilisant l'expérience acquise, la capacité, et les ressources disponibles localement. Jusqu'à présent, nous avons déjà fabriqué un produit à base d'algues dans le but de favoriser la cicatrisation des plaies dans les ulcères du pied du diabétique. Le produit a déjà été testé en laboratoire à l'aide d'une vaste gamme de lignées cellulaires, y compris des lignées cellulaires dérivées de la peau et aussi des cellules du système immunitaire.

Les résultats sont très prometteurs et nous passons maintenant à l'étape suivante, qui consiste à tester notre produit sur des plaies diabétiques à l'aide de modèles de souris.

Plus de: L'Express

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