Sénégal: Tracasseries administratives sur l'axe Ziguinchor/Bissau

13 Décembre 2019

Monnaie courante au niveau de la plupart des axes routiers et frontaliers de la zone ouest africaine, le fléau des tracasseries administratives n'épargne pas également les usagers de l'axe Ziguinchor-Guinée-Bissau qui constitue un trait d'union entre le Sénégal, la Gambie et la Guinée Bissau via Ziguinchor.

En effet, point essentiel dans la circulation des personnes et des biens entre ces trois pays, ce corridor est également au cœur d'un business illicite impliquant des agents des forces de défense et de sécurités sur le dos des usagers aussi bien sur le territoire sénégalais que Bissau Guinéen. En 2018, le chiffre de trafic illicite avoisine les 389 707 000 F soustraits des poches de pauvres citoyens et des caisses du trésor sénégalais et Bissau Guinéen.

Voyager sur l'axe Ziguinchor-Guinée-Bissau relève d'un véritable parcours de combattant. En effet, en plus de l'état pitoyable dans lequel se trouve le tronçon Sao Domingo à Bissau (125 Km), les voyageurs qui fréquentent cet axe qui sert de trait d'union entre la Gambie et la Guinée-Bissau via Ziguinchor font constamment face à des pratiques de tracasserie de la part des agents de la police aussi bien sur le territoire sénégalais que Bissau Guinéen.

Positionnés à certains endroits le long de cet axe où transit l'essentiel des marchandises à destination ou en provenance de la Guinée Bissau afin de veiller sur la bonne circulation des personnes et des biens, des agents de la police de la circulation et ceux de l'immigration en charge du contrôle des flux migratoires ont fini par transformer leurs différents points de contrôles en de véritables guichets de paiement des taxes indues aux usagers.

Et ce, en violation des dispositions du protocole de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) sur la libre circulation des personnes entre États membres (A/SP.1/5/79 de Dakar du 25 mai 1979).

Au niveau des deux postes de police frontaliers de Mpack(Sénégal) et de Jegue (Guinée Bissau), ils font payer à tout étranger qui entre sur leur terroir y compris les citoyens des États membres de la Cedeao un «Laissez-passer» à 1000f même si ce dernier dispose un document de voyage valide. Et cas de refus d'obtempérer, la personne concernée se voit tout simplement refuser l'entrée sur le territoire pour motif de «citoyen indésirable».

«Tout le monde est au courant de ces tracasseries sur la route, mais aussi du laissez-passer qu'on fait payer aux gens au niveau de la frontière. À un moment donné, en plus du ticket de voyage à la gare routière qui est de 4000Fcfa, vous payez 5 fois 1000Fcfa avant d'arriver à Bissau. Les Bissau-Guinéens eux aussi, quand ils viennent ici, font la même chose.

Ce qu'on fait ici, c'est ce que les autres font de l'autre côté de la frontière», explique Samuel Gomis, représentant local du forum civil à Ziguinchor. Abondant dans le même sens, Alexandre Gomis, responsable de la maison Cedeao à Ziguinchor, jugeant cette pratique «contraire aux engagements communautaires du Sénégal et de la Guinée Bissau », renseigne que des citoyens bloqués sur l'une des frontière suite à leur refus de payer 1000f font très souvent appel à lui pour les aider.

«Ces paiements constitue un véritable obstacle à l'intégration des peuples qui est une réalité », a-t-il indiqué tout en déplorant. «Cependant, un certain nombre d'obstacles se dresse contre la libre circulation des personnes et des biens, parmi lesquelles figure la taxe de 1000 Fcfa qu'on exige aux voyageurs, de part et d'autre des deux frontières, y compris ceux qui disposent des documents de voyage valide ». Il y a aussi, dit-il, « le nombre impressionnant de contrôle de police qui impacte négativement sur la circulation des marchandises du fait des paiements illicites érigés en règle».

Du côté de la gare routière de Ziguinchor, principal point de départ des véhicules de transport de passagers qui font la navette entre Ziguinchor et les autres localités de la Guinée Bissau, ces tracasseries sous fond de raquette ont même fini par créer un sentiment de «Cedeao-sceptiques».

Pour beaucoup des acteurs du transport que nous y avons rencontrés dans le cadre de cette enquête réalisée grâce au fonds d'appui au journalisme d'investigation de l'École supérieure de Journalisme, des métiers de l'Internet et de la Communication (EJICOM), pensent que la Cedeao est pour les bureaucrates. «La libre circulation des personnes et des biens est juste un slogan.

Aucun des deux pays ne respecte les textes communautaires puisque les paiements sans reçu sont maintenant érigés en règle», déplore Papis Touré, président de la Gare routière de Ziguinchor.

«Chaque pays applique ses lois sur son territoire», appuie son collègue Baboucar Coly dit Doudou, médiateur de la gare routière qui précise que les forces de sécurités profitent de la situation irrégulière (défaut de certain documents ou visite techniques) de certains véhicules de transport sur cette ligne pour dicter leur propre loi au niveau de leurs points de contrôle.

Estimant ces points de contrôle à trois (dont 2 fixes et un mobil) sur les quinze kilomètre qui relient Ziguinchor au poste frontalier de Mpack, les chauffeurs nous ont informés qu'ils donnent un mandat de 1000Fcfa aux agents en faction lors de chaque voyage (aller comme retour).

Pour les deux postes de contrôle fixe, il s'agit de celui érigé à l'entrée de la commune de Ziguinchor, dans le quartier de Kandialang et celui de Kantene, sous le contrôle respectif des agents du poste de police de Yamatogne et leurs collègues de la Gendarmerie nationale. S'agissant du poste mobile géré par des éléments du commissariat central de Ziguinchor, son emplacement est tantôt à l'intersection en face à la résidence du procureur de la République tantôt à celle du cimetière musulman de Belfort.

Toujours, sous la couverture de l'anonymat, par peur des représailles, ils ont également expliqué vivre la même situation, de l'autre côté de la frontière, avec des éléments de la Douane Bissau-guinéenne et parfois de la Garde nationale, à l'entrée de certaines grandes localités, notamment : Jegue, Sao Domingo et Boula. Principaux vecteurs des échanges commerciaux par voie terrestre entre le Sénégal, la Gambie et la Guinée Bissau, les chauffeurs de véhicules de transport de marchandises sont les plus grandes victimes de ces pratiques. Nombre d'entre eux que nous avons rencontrés sur le boulevard de la 54, entre la place Aline Sitoé Diatta et le poste de paiement de la taxe municipale à Kandialang, racontent que rien que sur les 15 Km qui séparent Ziguinchor de Mpack, ils dépensent 5000 Cfa lors du contrôle mobile au niveau de l'intersection résidence du procureur et du poste de Kandialang. Ces derniers sont également les plus grands contributeurs des fonds illicites au niveau de ce corridor avec 48 000 Fcfa par voyage entre Ziguinchor et Bissau. Ce montant est reparti comme suit : 1000 Fcfa au niveau de poste de contrôle de la police à Kandialang, 2000Fcfa pour des gendarmes à Kanténe et 45 000 Fcfa qu'ils versent à un passeur qui se chargera de les escorter de Jégue à Bissau.

«ON N'A PAS IMPOSE LES 1000F ENCORE MOINS DES LAISSEZ-PASSER»

Le 25 octobre dernier, après neuf jours d'observation et d'échange avec des voyageurs dans la zone tampon séparant la barrière en fer de l'armée sénégalaise et la corde attachée entre un poteau du poste de l'armée Bissau guinéenne et un tronc d'arbre situé au bord de la route reliant les deux frontières, nous avons pris contact avec les responsables des deux postes. Interpelés sur ces témoignages, des agents de la Police des frontières en faction au niveau du Poste de police de Mpack réfutent toute tracasserie sur des voyageurs. «La libre circulation des personnes et des biens est une réalité à Mpack pour tous les ressortissants des pays membres de la Cedeao. La seule présentation de la carte d'identité Cedeao est acceptée pour l'entrée sur le territoire sénégalais. Aussi le carnet international de vaccination n'est plus exigé comme condition d'entrée pour les citoyens de la Cedeao conformément au protocole 2014», a indiqué un des responsables du poste de Police frontalier de Mpack.

«Notre directeur a formellement interdit le paiement des laissez-passer pour les citoyens de la Cedeao. Des sessions de sensibilisation à l'endroit du personnel sur la mise en œuvre des textes sur la libre circulation des ressortissants de la Cedeao sont régulièrement organisées», insiste-t-il, avant d'ajouter dans la foulée : «Si nous délivrons ces laissez-passer, c'est pour éviter des problèmes aux citoyens sénégalais qui se rendent en Guinée. Car, nos collègues de l'autre leur exigent de présenter ce document avant de passer à défaut, on leur fait payer 2000f. À un moment donné, sur instruction de notre directeur, on avait même arrêté sa délivrance mais à force de nous le réclamer nous avons fini par accéder à la demande nos citoyens sénégalais en le réintroduisant. On n'a pas imposé 1000Fcfa, encore moins de laissez-passer, même si chaque jour nous recevons des réclamations des Sénégalais qui nous demandent de faire la même chose avec les Bissau-Guinéens en guise de représailles». Contacté, le commandant, chef de poste de la police de l'immigration Bissau guinéenne, tout en nous assurant que la libre circulation des personnes et des biens est une réalité vécue au niveau de leur poste, a exigé une lettre d'autorisation de sa hiérarchie pour pouvoir répondre à nos questions.

«LE TRAVAIL ASSIGNE A NOS ELEMENTS EST DE CONTROLER LES DOCUMENTS AFFERENTS A LA CONDUITE ET LES HABITACLES DES VEHICULES»

Après les responsables des deux postes frontaliers, nous avons également fait un tour au niveau du poste de police de Yamatogne. Sur place, nous avons été reçus par un des responsables du Poste. Tout en confirmant la dévolution du poste de contrôle de Kantène à leur poste de Police, il a cependant a été très clair, en affirmant : «Pour nos éléments positionnés à ce niveau, le travail qui leur a été assigné est de contrôler les documents afférents à la conduite et les habitacles des véhicules entrant ou sortant de la commune». Poursuivant son propos, il a ajouté que le choix de contrôler ou pas telle voiture relève de l'appréciation de l'agent en poste. A la question de savoir pourquoi, tous les chauffeurs qui fréquentent ce corridor, arrivés à hauteur de ce poste s'arrêtent systématiquement puis descendent et vont à l'intérieur de la case abritant le poste de police en laissant l'agent sur la route, il répond : «Les chauffeurs descendent certainement pour payer la taxe municipale auprès des agents municipaux. Si un agent est pris en train de se donner à de telles pratiques, il sera sévèrement sanctionné. On ne tolère pas ce genre de pratiques de la part de agents qui sont des fonctionnaires de l'Etat et sont régulièrement payés». L'absence de réponse à notre courrier adressée à Monsieur le Haut Commandant de la Gendarmerie, Directeur de la Justice militaire, le 23 octobre 2019, ne nous a pas permis d'avoir l'avis de ce corps dont des agents sont également pointés du doigt.

CES FAITS QUI CONTREDISENT LA VOIX OFFICIELLE

Il faut dire qu'en dépit des éclairages apportés par les différents responsables des services publiques cités dans cette enquête, il demeure que le fléau des tracasseries frontalières sont bien une réalité de part et d'autre des deux frontières. En plus, il faut noter que contrairement aux explications de la police de Yamatogne, l'arrêt systématique des véhicules de transport de passagers, à hauteur du poste contrôle police à l'entrée de la commune de Ziguinchor à Kandialang, ne concerne nullement le paiement de la taxe municipale soldé à la sortie de la gare. S'agissant des 1000 Fcfa de laissez-passer prélevés sur des citoyens voyageurs à Mpack et à Jegue, cette pratique est plus qu'actuelle. Et ce, malgré la présence du côté de la frontière d'un panneau installé par les responsables de la maison de la Cedeao, en collaboration avec l'administration territoriale et leurs collègues de la Guinée Bissau, rappelant aux usagers de refuser de payer 1000Fcfa.

Durant les 3 semaines passées sur place, nous avions été invités à plus de 4 reprises à payer 1000Fcfa par les agents de la police de l'immigration. En partance pour Bissau le 26 octobre dernier, nous avons été témoin au niveau du poste de Mpack du paiement de ces 1000 Fcfa par 03 Guinéens et 2 Bissau-Guinéens avec qui nous avons partagé le même véhicule de transport. Contrairement à nous autres sénégalais qui avons reçu gratuitement le laissez-passer, eux, ils ont été invités à débourser chacun 1000Fcfa. Mais une fois de l'autre côté de la frontière, à Jegue, nous avons commencé par montrer nos documents de voyage aux militaires qui nous ont demandé de passer. Mais arrivé à hauteur de la police de l'immigration qui se trouve à un jet de pierre de la position de l'armée, ils nous ont séparés comme le berger sépare les brebis et les boucs. En effet, en voyant nos documents d'identité, l'agent s'est empressé de les confisquer avant de nous inviter à le suivre à l'intérieur du bâtiment abritant leur poste d'enregistrement tout en demandant aux 2 Bissau-Guinéens de passer sans être enregistrés sur le registre des flux. Une fois sur place, après avoir enregistré nos données, ils ont demandé les laissez-passer qu'ils ont cachetés avant de nous demander de payer chacun 1000Fcfa. À notre grand étonnement, l'agent rétorque en langue créole : «d'où venez-vous ? Est-ce que les Bissau-Guinéens ne paient pas aussi à Mpack ?».

DES CENTAINES DE MILLIONS PORTES DISPARUS DU TRESOR ET...

Même si on n'en parle pas très souvent, il n'en demeure pas moins que les tracasseries policières sur le corridor Ziguinchor-Guinée Bissau constituent un business très lucratif pour les agents des forces de défense et de sécurité sénégalais et bissau-guinéens dans le dos des usagers et du trésor public des deux pays puisque ces fonds détournés servent à couvrir des infractions routières. En effet, si on se base sur les données des flux migratoires au titre de l'année 2018, reçus des responsables du poste de police de Mpack mais remises en cause par des responsables du tableau Guinée-Bissau à la gare routière de Ziguinchor, c'est quelques 350 482 000f soustraits des poches de pauvres citoyens et non reverser dans les caisses des trésors publics du Sénégal et de la Guinée Bissau. La répartition de ce pactole entièrement disséminé par des agents de police sénégalaise et Bissau Guinéenne entre Ziguinchor et Bissau se présente comme suite : 288 889 000f Cfa représentant le cumul des 1000f payés au titre de laissez-passer par les 288 889 enregistrés au poste de police frontalier de Mpack dont 149 381 sénégalais et 139 508 étrangers.

À cette somme, s'ajoute aussi 50 175 000 FCfa qui représentent le cumul des 5000f Cfa de mandats que des chauffeurs de 10 035 véhicules de transport de passagers enregistrés toujours au poste de police frontalier de Mpack disent verser au niveau de chaque point de contrôle policier le long de ce corridor de part et d'autres deux pays. La répartition de cette somme est de 20 070 000f pour la partie sénégalais dont nous avons pris en compte que les deux postes fixes et 30 105 000f pour la Guinée Bissau pour ces trois postes fixes à Jegue, Sao Domingo et Boula.

L'autre part de ce montant est celui pris chez les conducteurs des 2 946 véhicules de transport de marchandises qui ont transité par le poste de Mpack. Principaux acteurs des échanges commerciaux par voie terrestre entre le Sénégal, la Gambie et la Guinée Bissau, ces derniers sont également les plus grandes victimes de la tracasserie policière au niveau de ce corridor avec 50 643 000f. Ce montant est le cumul des 48 000 Fcfa perdus lors de chaque voyage entre Ziguinchor et Bissau en raison de 3000f pour les forces sénégalais : 1000f au niveau de poste de contrôle de la police à Kandialang, 2000f pour des gendarmes à Kanténe. Et 45 000f donnés à un passeur qui se chargera de les escorter de Jégue à Bissau. Rencontrés à Bissau dans leur quartier général situé derrière le siège de la Police judiciaire et de l'immigration, des passeurs ont confirmé les 45 000f représentant les frais d'escorte sur le territoire Bissau-Guinée. Ils précisent toutefois que ce montant n'est pas fixe mais évolue en fonction de la facture des marchandises chargées mais aussi des périodes, même si le chargement dispose de tous les papiers relatifs au droit de douane. Par ailleurs, ils ont également précisé que ce montant est entièrement supporté par les commerçants convoyeurs de marchandises

En dernier lieu, les 10 950 000f représentant le 30 000f par jour versés par les taxis clando qui font la navette Ziguinchor-Mpack aux agents de la police et de la gendarmerie pendant les 365 jours de l'année 2018. Avec un parc d'environs 38 véhicules répartis en deux groupes : A et B avec au moins 10 véhicules par jour sur le départ, les chauffeurs de taxi clando contribuent également à ce business de la route. «Nous payons comme tout le monde. Le matin, chaque véhicule qui prend départ ici (case de femmes en face Camp militaire) ou à Mpack, arrivé au poste de contrôle de Kandialang et de Kanténe paie 1000f. Les gendarmes et les policiers qui montent au niveau de ces deux postes ont les noms et numéro de téléphone de tous les chauffeurs de notre garage. Si tu ne donnes pas, ils t'attestent parce que nous n'avons pas de licence. Au point de contrôle de Kandialang, nous donnons 2000f dont 1000f pour l'agent qui monte le matin et celui qui le relève le soir», informe l'un des chefs de garage.

IMPACT NEGATIF SUR LE COUT DE CERTAINS PRODUITS AU MARCHE DE BANDE

Pour avoir une idée claire sur l'impact ou non des tracasseries policières sur le coût de certains produits, nous avons ainsi saisi l'occasion que nous offrait notre présence à Bissau pour faire un tour au grand marché de Bandé. Des échanges avec quelques commerçants qui s'approvisionnent à partir de la région de Ziguinchor et Dakar ont permis de voir une variation soutenue au niveau des prix de certains articles comme des matelas orthopédiques (140/190), des oreillers et chaises en plastique. Alors que leur prix d'achat respectif est de 75 000f, 3000f et 2800f, ils sont vendus aux Bissau-Guinéens à 100 000f, 5500f et 4000f. Du côté des commerçants, on justifie cette variation par un souci de compensation des frais de transport qui coûtent trop cher à cause du non-respect des lois de la Cedeao par des agents des forces de sécurité.

LE MARCHE DE MPACK BLOQUE

Le village de Mpack n'est pas également épargné par les effets collatéraux du non-respect des textes de la Cedeao sur la libre circulation des personnes et des biens au niveau du corridor Ziguinchor-Guinée Bissau. Selon des femmes commerçantes (banas-banas) rencontrées sur place, cette pratique est à l'origine de la fermeture du marché hebdomadaire de Mpack construit en 2004 pour un budget de 37.362.632 FCFA. Interpellés lors d'une rencontre sur la libre circulation des personnes et des biens au niveau de cet axe, Malang Gassama, maire de la commune de Boutoupa dont le village de Mpack fait partie du périmètre administratif, a indiqué que sa commune éprouve d'énormes difficultés à faire fonctionner le marché hebdomadaire de Mpack du fait des tracasseries. «Nos populations qui fréquentent cet axe routier éprouvent d'énormes difficultés au niveau des postes frontaliers. On parle de tracasseries au niveau de la police des frontières qui leur fait payer 1000Fcfa. Cette situation a un impact très négatif sur l'économie de notre commune. Puisque du fait de ces tracasseries, le marché hebdomadaire de Mpack est fermé depuis. La circulation entre les deux postes frontaliers n'est pas fluide et les populations de l'autre côté ne peuvent pas traverser la frontière pour venir écouler leurs produits», a-t-il déploré. Et de poursuivre : «Les commerçants Bissau-Guinéens qui quittent leur pays avec de l'huile de palme, on les oblige à payer la taxe au niveau des Eaux et forêts puis la Tva à la douane et 1000Fcfa à la police des frontières, le tout cumulé aux frais de transport, il sera très difficile pour eux d'écouler leurs marchandises. C'est donc tous ces frais qui les ont poussés à ne pas traverser la frontière pour venir écouler leurs produits au marché de Mpack».

UNE REELLE MENACE SUR LA SECURITE DES PAYS

Au-delà du manque à gagner aussi bien pour les citoyens, victimes tous les jours de ces tracasseries routières qui touchent la plupart des corridors ouest africain, ce fléau pose également un réel problème de sécurité. À Mpack, beaucoup de personnes pour ne pas à payer les 1000 Fcfa contournent les deux postes frontaliers par la voie de la brousse. Ainsi, avec 500Fcfa, ils paient des motos djakarta qui les transportent directement à Jegue sans passer aucun contrôle. Cette situation présente un véritable danger pour la sécurité de nos États, surtout en cette période où les autorités semblent relever le niveau de surveillance de la menace terroriste et des trafiquants de drogue.

UN FLEAU QUI TOUCHE PRESQUE TOUS LES PAYS DE LA ZONE CEDEAO

En dépit de son ampleur sur l'axe Ziguinchor-Bissau, ces tracasseries sur les axes routiers et frontaliers n'est toutefois pas une exclusivité des gardes frontaliers des secteurs de Mpack et Jegue. À la frontière nord avec la Gambie, c'est encore plus répugnant puisque les étrangers en partance pour Dakar paient 4000Fcfa dont 1000f respectivement à Sénoba, Soma, Farafenni et Keur Ayip. Telle une maladie très contagieuse, il est difficile de trouver un corridor reliant deux Etats ou une frontière dans la zone ouest africaine épargné par ce fléau. Aujourd'hui, seul le Bénin affiche des performances remarquables. Depuis 2017, le pays du président Patrice Talon est régulièrement cité en exemple par les rapports du comité «Task force» de la Cedeao pour le respect du protocole de la libre circulation des biens et des personnes. Pendant ce temps, des pays comme le Mali, le Sénégal, la Gambie, le Ghana et Guinée Bissau, continuent eux de battre les records des mauvais élèves de la Cedeao. D'ailleurs, en 2017 déjà, le rapport de l'Observatoire des pratiques anormales (OPA) sur les principaux corridors de l'UEMOA présentait le corridor Dakar-Bissau comme un mauvais exemple. Pour cause, la moyenne de 39 postes de contrôle sur 1.052 km, soit environ 4 postes sur 100 km constaté par la mission. Ce corridor est suivi par trois autres impliquant le Sénégal. Il s'agit du corridor Bamako-Dakar via Diboli, du corridor Bamako-Dakar via Moussala.

DES POSTES DE CONTROLE FRONTALIER JUXTAPOSES POUR ENDIGUER LE MAL SUR L'AXE MPACK-JEGUE :

La directrice de l'intégration régionale et le député Léopold Dasylva confirment

À Bissau, après le rendez-vous avorté avec le directeur général de la police de l'immigration en voyage à l'étranger, nous avons rencontré quelques autorités civiles dont la directrice de l'intégration régionale, Cristina da Silva PEDREIRA et le député du PAICG élu sur la liste de la diaspora Bissau Guinéenne, Léopold Dasylva, qui avait eu en 2016 des altercations avec des agents de la police des frontières sénégalaise en poste à Mpack. Dans son bureau situé dans les locaux du Secrétaire d'Etat au Plan et à l'Intégration Régionale, sis au quartier général du Gouvernement Bissau Guinéen dit (Palácio do Governo : Palais du gouvernement en langue portugaise), où elle nous a reçu, Cristina da Silva PEDREIRA a indiqué que ce problème qui persiste malgré les efforts de sensibilisation des forces de sécurité ne date pas d'aujourd'hui. En 2007, explique-t-elle, sa direction, dans le sens d'attirer l'autorité sur les méfaits de ces pratiques a organisé une compagne de recensement des voyageurs à la gare routière de Bissau. Les résultats de cette campagne sur 12 mois a permis selon elle, de trouver un flux de 49 000 personnes soit donc, 49 000 000 Fcfa que se sont partagés les agents des forces de sécurité de nos deux pays. Poursuivant, elle a informé la mise en œuvre de nouvelles mesures par la Cedeao avec la construction de postes de contrôle frontaliers juxtaposés dotés de caméra pour démasquer les agents de la police véreux. Pour sa part, l'honorable député, Léopold Dasylva, indiquant consacrer totalement son mandat à la lutte contre ce fléau, a annoncé la reprise de ses activités de sensibilisation et plaidoyer auprès des gouvernements sénégalais et Bissau- guinéen après la présidentielle en Guinée Bissau.

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