Cameroun: Théâtre - David Noundji est « Verre cassé »

A la fois comédien et metteur en scène sur cette représentation, l'artiste camerounais incarne le personnage au surnom éponyme d'un texte du Congolais, Alain Mabanckou.

Un personnage ivre mort, à qui tout le monde a tourné le dos, sauf la bouteille. Malgré la brume de l'alcool, ses pensées, il les a plutôt claires. Le 30 novembre dernier durant une session de la plateforme « Théâtre sous le manguier » à Yaoundé, David Noundji, conteur et comédien camerounais, s'est engouffré dans la peau d'un homme mordu par la vie, au centre de la pièce « Verre cassé », tirée du roman du Congolais Alain Mabanckou, qu'il met également en scène. Une fois n'est pas coutume.

Ce n'est pas un texte dramaturgique que l'artiste choisit de porter sur les planches. Pourquoi ? « J'ai adapté ce roman de Mabanckou parce que, avant l'alcoolisme et d'autres phénomènes de société, il pose des problèmes liés à l'enseignant et à l'enseignement. Ce n'est pas un ivrogne au premier niveau, mais il incarne les difficultés de l'éducation en général », répond David Noundji, lui-même enseignant de formation. Verre cassé, surnom dont est affublé l'unique personnage de la pièce, noie ses soucis de professeur déchu dans les liqueurs. Mais l'homme est de ces saoulards qui n'ont pas leur langue dans la poche. Comme une thérapie, il parle, et parle, et parle. Il déballe tout. Son mariage désastreux, sa vocation d'éducateur avortée, ses relations belliqueuses avec sa belle-famille et son voisinage... L'alcool est pour lui un allié et un assassin.

Il refuse de l'admettre, car regarder la vérité en face, lucide, c'est dire adieu aux joies du pinard. « Verre cassé » a connu des dizaines de représentations un peu partout dans le monde et récemment devant les étudiants en art du spectacle de l'Université de Yaoundé I. Mais cette sortie du 30 novembre dans le cadre du « Théâtre sous le manguier », a ceci de particulier qu'elle offre une manière originale de vivre le théâtre. En plein air, sous un arbre, dans la cour d'un domicile, l'intensité de la proximité public-comédien habituelle en art théâtral se fait plus ample. Dans ce contexte, pas question pour l'artiste d'être prisonnier de son propre espace. Les éléments de la nature l'accompagnent. Cris de grillons, musique émise depuis un bar au loin, vent soufflant sur le visage... Le théâtre sous le manguier renvoie à la source.

Cette initiative de l'association culturelle Trait d'union fondée en 2010 a d'autres raisons d'être, comme la diffusion des spectacles. « Trouver une salle dans notre pays est extrêmement difficile. Ce n'est pas donné financièrement à tous les artistes », argumente David Noundji. Selon Maryse Bonny, présidente de Trait d'union et promotrice de Théâtre sous le manguier, le fait « d'ouvrir maisons et jardins aux comédiens et metteurs en scène aide à vulgariser le théâtre ». « C'est pourquoi nous le faisons une fois par mois, en saison sèche, dans des lieux différents. Nous fonctionnons grâce au bouche-à-oreille », ajoute Maryse Bonny. Expérience rafraîchissante.

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