Ile Maurice: PSAC 2019 - Niveau, quand la réforme éducative ne convainc plus

13 Décembre 2019

Oui pour une réforme éducative qui prône l'inclusion mais pas au détriment de la qualité. C'est en ces termes que de nombreux instituteurs qualifient les retombées de la troisième édition du Primary School Achievement Certificate (PSAC), dont les résultats ont été rendus publics hier.

Bien que le pourcentage de réussite demeure presque inchangé, soit de 73,86 % cette année-ci contre 75,19 % en 2018, ce qui interpelle est le niveau des questionnaires. Car, en conformité avec la nouvelle politique du ministère de l'Éducation, le degré de difficulté des papiers cette année-ci a été revu à la baisse. Une initiative qui ne passe pas inaperçue auprès des spécialistes de l'éducation et dont les conséquences font réagir.

«La baisse de niveau est flagrante. D'ailleurs, au niveau du syndicat, nous avions prévu cette éventualité lorsqu'on a enlevé la notation A+», laisse entendre Rishi Bundhoo, membre exécutif de la Government Teachers Union (GTU). Il avance que le fait de ramener la «meilleure note» obtenue au PSAC à un A uniquement ne motive plus les écoliers à faire plus d'efforts. Car auparavant, l'A+ équivalait à la fourchette 90 à 100 points alors qu'à présent, l'A ne représente que 75 à 100 points.

Quelle est la logique derrière ? Comme annoncé par le ministère, la réforme éducative vise avant toute l'inclusion et à assurer la scolarité continue jusqu'à la Grade 9 (ex-Form III). Ainsi, on ne peut plus parler d'échec au niveau du PSAC car la promotion automatique se fait en Grade 7 (ex-Form I). Pour ces écoliers qui n'arrivent pas à décrocher le «pass mark», ils peuvent soit refaire le PSAC soit intégrer l'«Extended Programme».

À travers ce programme, ils bénéficient de quatre années, au lieu de trois comme les élèves de la «mainstream», pour compléter leurs études jusqu'à la Grade 9. La filière «Extended» propose un cursus «taillé sur mesure» basé sur le syllabus normal. Et arrivés en Grade 9, tous les élèves doivent prendre part au même concours national - le National Certificate of Education (NCE), dont la première édition se tiendra l'an prochain.

Cependant, selon plusieurs enseignants, pour assurer un taux de réussite «acceptable», le niveau des questionnaires du PSAC a été revu à la baisse. «Je ne compare pas le niveau à celui du Certificate of Primary Education (CPE) mais à la première édition du PSAC en 2017. Il est clair qu'il n'est plus le même», avance Vishal Baujeet, membre exécutif de la GTU. Cet enseignant avance, à titre d'exemple, que les questions ont été simplifiées et mènent plus facilement l'écolier vers la réponse finale. Comment ? En ajoutant des sous-sections, par exemple, qui sont des pistes logiques vers le résultat voulu. «Auparavant, l'enfant devait mettre à contribution sa capacité de critical thinking pour trouver à lui seul les différentes étapes avant d'arriver au résultat final. À présent, tout est beaucoup plus simple pour lui», dit l'instituteur.

Autre cas de figure noté par les enseignants : les langues. Alors que le CPE imposait 15 Multiple Choice Questions aux écoliers, maintenant, ils doivent répondre à une dizaine seulement. Par ailleurs, la façon de poser les questions a quelque peu changé et est devenue plus simpliste. La correction des questionnaires révèle égale- ment son lot de surprises.

Rédactions à 10 points

Nos informations indiquent qu'à présent, le nombre d'élèves qui choisissent de ne plus faire la rédaction dans le questionnaire d'anglais, comme dans celui du français, est plus élevé. D'ailleurs, ces deux épreuves ont été ramenées à dix points dans les deux matières, alors qu'elles comptaient pour 20 points et 15 points en anglais et en français respectivement, sous le CPE.

Ce constat, Jaganarden Sunassee, ancien président de l'Association des maîtres d'école et aujourd'hui à la retraite, le partage aussi. «Lors de mes derniers exercices de correction, je me suis rendu compte que la qualité des langues a largement baissé. On ne retrouve presque plus de belles rédactions, avec de belles expressions, que les élèves se faisaient un point d'orgue d'apprendre auparavant. Ils savent déjà que les rédactions ne rapportent que 10 points et qu'ils n'ont besoin que de 75 points pour décrocher un A. S'ils sont sûrs d'avoir pu secure suffisamment de points, ils délaissent cet exercice qui pourtant était important pour le côté créatif des élèves ou encore pour soigner leurs compétences en vocabulaire et grammaire», dit-il.

Il poursuit que bien que la réforme ait été conçue en partant de «bonnes intentions», dans la pratique, l'on est bien loin du compte. L'enseignant à la retraite explique que cette baisse de niveau n'est pas sans conséquence, d'autant plus qu'elle sera transposée au secondaire. «Le School Certificate, régi par l'université de Cambridge, maintient le même niveau. Si les élèves n'ont pas une bonne base au primaire, comment vont-ils faire face à ce qui les attend au secondaire ?» se demande-t-il.

Bien que l'on refuse officiellement d'admettre que le niveau des questionnaires du PSAC n'ait été revu à la baisse, au ministère de l'Éducation l'on souligne que les élèves présentent des «mixed abilities» et qu'il est important que tous y trouvent leur compte dans le système éducatif actuel. Un argument qui est loin de convaincre des spécialistes de l'enseignement.

Ils estiment d'ailleurs que le NCE, dont les «specimen papers» sont en préparation, devrait également suivre la même tendance de baisse de niveau. «Sinon, comment assurer une réussite à une majorité, incluant les élèves de l'Extended Programme ?» s'interroge-t-on. Mais que se passera-t-il quand ces élèves iront en Grade 10 (ex-Form IV) et prendront part au School Certificate l'année suivante ? Pourront-ils décrocher les 5 «credits» demandés pour être promus en Higher School Certificate ? Le monde de l'enseignement reste, lui, sceptique...

Taux de réussite de 100 % pour vingt-cinq institutions

Vingt-cinq écoles, sur les 332 institutions ayant présenté des candidats aux examens du PSAC, ont obtenu un sans-faute. Parmi elles, cinq qui comptent un taux de participation important : l'école privée Le Nid (174 élèves), l'école Lorette de Vacoas (99 élèves), l'école privée Northlands (78 élèves), Loreto Junior School Curepipe (60 élèves), et l'Orchard Kids School of Excellence (55 élèves). Par ailleurs, 34 écoles ont eu un taux de réussite variant entre 91 et 99 %, alors que ce nombre est doublé en ce qui concerne ces institutions ayant obtenu un pourcentage variant entre 71 et 80 %.

D'autre part, 91 écoles ont obtenu un taux de réussite de moins de 50 % sur le nombre de candidats qu'elles ont présentés au PSAC. Parmi elles, douze écoles respectivement dans les catégories 21 à 30 %, et 31 à 40 %. Et huit écoles ont eu un taux de réussite de 11 à 20 %. En dernier lieu, huit autres institutions ont connu l'échec total, avec aucun candidat reçu aux examens. Sept d'entre elles ont présenté entre un et sept candidats, alors que le huitième, soit l'école du gouvernement de Nicolay, avait 38 candidats.

Agalega. Joakim Henri, neuf unités : «je suis content d'avoir réussi car le papier d'anglais était difficile»

Il figure parmi les huit élèves de l'école primaire située sur l'île du Nord à Agalega. Joakim Henri, 11 ans, est fier de se retrouver parmi les sept qui ont réussi à leurs examens du PSAC. Joint au téléphone hier, il partage sa joie d'avoir décroché neuf unités. À noter que dans l'île du Sud, trois élèves sur quatre ont échoué.

Admission en Grade 7: Ces collèges qui ont la cote

Comme chaque année, malgré la régionalisation qui va de pair avec la réforme éducative, il y a de ces collèges qui inspirent plus de confiance aux parents. Dans chaque zone délimitée, certains établissements régionaux se dé- marquent selon la demande des parents. Quelques-uns sont devenus depuis maintenant deux ans les nouvelles Star Schools. Cette année, d'autres se joignent au classement, à l'instar du collège SSS Nouvelle-France ou encore Adolphe de Plevitz SSS. Ci-contre la liste complète.

Le point sur le nombre de places disponibles dans les collèges

Après le PSAC, vient la partie «pénible» des admissions. Si la réforme éducative assure une place à tous les élèves en Grade 7, de nombreux parents sont insatisfaits du collège qui a été attribué à leurs enfants. Débutent alors négociations et demandes de transfert. Les établissements du Service diocésain de l'éducation catholique (SeDEC) doivent encore allouer 50 % des places disponibles. Voici les chiffres (approximatifs).

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