Ile Maurice: Me Georges Ng Wong Hing - «Mon fils est avoué, ma fille est juge et mon épouse... chef juge»

14 Décembre 2019
interview

Me Georges Ng Wong Hing, vous venez de fêter un demi-siècle de pratique comme «Senior Attorney ». Quelle est la recette d'une telle longévité ?

C'est une recette divine car elle a été concoctée avec des ingrédients que seul Dieu puisse procurer, telle une bonne santé, mentale comme physique, et le bonheur d'être toujours entouré d'une famille, non seulement formidable, mais très unie, et de bons amis, loyaux et sincères (... ) Un demi-siècle comme vous le dites. J'ai 86 ans et je n'ai pas vu le temps passer. Je suis passionné par mon travail et c'est cela qui me donne une joie et une raison de vivre. Je réalise avec le poids de l'âge que bientôt il faudra songer à arrêter mais QUAND demeure une question pertinente. (Rires)

Porter les contentieux devant une cour de justice car je crois que mon client a un droit se basant sur les faits et les principes de droit. Je n'ai pas toujours raison mais au préalable il faut croire e t conclur e que there is a case avant de porter l'affaire devant la justice. C'est cela l'intégrité professionnelle. Chaque personne qui traverse ma porte pour des conseils n'est pas impérativement quelqu'un qui peut ou a le droit de porter l'affaire devant une cour de justice.

«Je suis de ceux qui croient que c'est à l'humain de s'adapter aux règles et non l'inverse... »

Qu'avez-vous retenu, comme éléments de quintessence, de ces longues années de pratique au sein de la profession ?

Que la confiance que vous accorde un client se mérite et ce n'est qu'avec la persévérance, la rigueur, l'honnêteté, le dur labeur et l'humilité que vous arriverez à préserver cette confiance. C'est la base de tout. Cette profession m'a beaucoup donné : il y a eu certes des hauts et des bas, mais je ne retiens que de bons souvenirs. À mon âge, on devient forcément philosophe et on ne trouve que du bon même dans du mauvais. Je pense avoir été très gâté dans ma vie professionnelle car l'opportunité qui m'a été offerte, il y a 50 ans, pour servir la justice, perdure toujours ; et je crois, humblement, avoir jusqu'ici eu cette faculté de pouvoir exercer ma profession d'avoué dans son sens noble et non comme un business.

Je pense avoir oeuvré pour que justice soit faite et, ce faisant, j'ai aussi contribué à ce que les gens agissent selon les règles de la loi. Et il vous faut des années pour bâtir une réputation, mais elle peut être détruite en un jour. D'où l'importance d'agir comme un professionnel respectable.

Quels sont les principaux chang ement s qui vous ont marqué ?

Avec le progrès technologique, on bouge désormais vers un monde paperless. À mes débuts, on se servait des machines Olivetti pour taper les documents - on les retrouve maintenant dans les musées et elles étaient dépourvues de la fonction «cut and paste»... On n'avait donc pas droit à l'erreur.

Avec la technologie, le nombre grandissant des avoués, la variété des affaires et la complexité des affaires et des nouveaux secteurs qui n'existaient pas auparavant (comme dans le monde des affaires : offshore, bourse, montage financier). Les types d'affaires sont beaucoup plus variés. J'ai dû me mettre à l'ordinateur et aux messages électroniques. Je suis content d'avoir pu m'adapter et j'utilise l'ordinateur pour la rédaction des documents et je les envoie par e-mail. À 86 ans, c'est toujours possible... (Rires)

Sur le plan de l'éthique, il y a eu pas mal de débats sur les pratiques des hommes de loi - au niveau des avoués, pensez-vous qu'il y a lieu de revoir le fonctionnement de la «Law Society» ?

Les pouvoirs limités de la Law Society ont toujours été au centre de divers débats au sein de la profession. La complexité des problèmes que des instances comme l'ordre des avoués sont appelées à gérer exige une évolution constante de leurs objectifs et pouvoirs, et c'est ainsi pour toutes les professions. Quant à moi, je suis de ceux qui croient que c'est à l'humain de s'adapter aux règles et non l'inverse, d'autant plus que nous exerçons une profession où tous ceux qui en font partie sont dûment investis de responsabilités pour sauvegarder sa réputation.

Il y a eu, certes, des écarts de certains, mais je me réjouis qu'ils ne soient qu'une minorité dans la profession et que la Law Society a, nonobstant ses pouvoirs limités, su prendre position pour dénoncer ces écarts. Avec le nombre grandissant d'hommes de loi, il faut un encadrement pour que la profession évolue et des garde-fous pour éviter et empêcher des dérapages.

Avez-vous des propositions pour guider les jeunes qui embrassent la carrière d'avoué ou d'avocat ?

Je n'ai pas vraiment de leçons à leur faire ; ce serait prétentieux de ma part. Quoique les temps aient changé et qu'on se retrouve avec bien plus de complexité qu'auparavant, je pense qu'il y a toujours de la place pour tous ceux qui savent être patients et qui exercent cette profession avec passion, rigueur et dévouement (... ). Malgré le nombre grandissant d'avoués et d'avocats, il y aura toujours de la place pour ceux qui travaillent dans le respect de la loi et qui feront leur travail correctement.

Donc, comme toute profession ou métier, il faut d'abord aimer ce que l'on fait et être passionné par ce que l'on fait. Je conseille aux jeunes avoués et avocats d'être non seulement honnêtes, mais aussi intellectuellement honnêtes. On est là pour assister le magistrat et juge sur le contentieux et non pas de mislead la cour. Sinon, ce sera le début de la fin. Si vous perdez votre crédibilité vis-à-vis d'une cour de justice, ce sera votre fin.

Félicitations ! Votre fille Jane a été promue juge. Votre fils, Georgy, est aussi avoué. Finalement, vous êtes une famille de légistes. Quels en sont les avantages ou inconvénients ?

Merci pour vos félicitations concernant ma fille, Jane. Mes deux enfants sont ma fierté et je suis heureux d'avoir pu et su les guider au début de leur carrière. C'est aussi un privilège d'avoir été témoin de la prestation de serment de Jane, en tant que Puisne Judge de la Cour suprême. Ce fut un moment extrêmement fort. J'en profite pour rendre hommage à ma femme, Thérèse, qui est le roc de notre famille. Sans elle, tous ces accomplissements n'auraient été possibles. À la maison, c'est elle notre chef juge ; ses décisions sont toujours sans appel et c'est tant mieux ainsi ! (Rires)

Jane a fait son petit bout de chemin. Bien des années de cela, je me rappelle que c'était le chef juge Forget qui lui avait proposé de se joindre à la magistrature et c'est comme cela que son parcours a débuté dans le service. Après 13 ans à la magistrature, elle est allée au parquet où je pense qu'elle s'est épanouie. Et ce, même si cela n'a pas dû être facile pour elle, n'ayant pas plaidé pendant 13 ans. Son expérience à l'Attorney General's Office lui est chère, de même que les années au privé, à la magistrature et au parquet, qui seront des atouts pour juger les affaires.

Les avantages d'une famille de légistes, c'est qu'on peut discuter le droit any time avec les enfants. Chacun a son opinion. Des fois on est en accord et des fois on a des divergences, mais ce sont des discussions saines et bénéfiques. Les inconvénients, c'est qu'on a tendance à toujours parler de droit et on n'est pas vraiment coupé du boulot des fois. J'en discute plutôt avec mon fils, Georgy, qui est avoué comme moi. Comme toute chose dans la vie il y a des pour et des contre, il faut relativiser. Et, comme je l'ai dit plus haut, il faut toujours prendre le bon côté des choses et positiver.

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