Afrique: COP25 - Un constat d'échec et de nombreuses réactions

Un parc d'éoliennes près de Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, vise à donner à davantage de gens un accès à des sources d'énergie renouvelable.

Un constat d'échec. Voilà le principal point à retenir de cette COP25, la conférence climat de l'ONU organisée à Madrid sous la présidence du Chili cette année. Les États-Unis, le Brésil, le Japon, l'Australie ou encore l'Arabie saoudite sont pointés du doigt. Des pays qui refusent de prendre des engagements significatifs. Ce qui a suscité de nombreuses réactions.

Même si un texte a finalement été adopté, la communauté internationale a « raté une occasion importante d'être à la hauteur de la crise climatique », n'a pas hésité à dire Antonio Guterres.

Pour le secrétaire général de l'ONU, c'est le manque d'ambition qui a fait échouer ce rendez-vous, pourtant tant attendu. Même constat du côté de la présidence de cette COP.

« Le monde nous regarde et attend de nous des solutions concrètes plus ambitieuses », estime la ministre chilienne de l'Environnement. Même si Carolina Schmidt a tenu à valoriser l'accord a minima arraché ce dimanche, elle appelle à plus de volonté politique, car les solutions trouvées jusqu'à présent ne sont tout simplement pas suffisantes.

« Le résultat n'est pas proche du tout de ce que nous voulions », a déclaré quant à elle la représentante des îles Marshall, en colère, car son État est particulièrement touché par le dérèglement climatique.

« Au vu de l'urgence climatique et des attentes des citoyens, la France regrette que les gouvernements ne soient pas allés assez loin dans leurs engagements », peut-on lire dans le communiqué du ministère français de la Transition écologique et solidaire.

Le prochain rendez-vous pour tenter de sauver la planète se tiendra en novembre 2020 à Glasgow, en Écosse. D'ici là « nous n'abandonnerons pas », a lancé sur Twitter la jeune militante suédoise Greta Thunberg.

Les militants écologistes ont exprimé leur colère à l'issue de cette COP en déversant du fumier à côté du centre de conférences madrilène.

Pour beaucoup, on a évité le pire

Lucile Dufour, responsable des négociations internationales au Réseau Action Climat(RAC) est très déçue, mais elle pense qu'on a évité le pire.

Aujourd'hui, on a eu un accord, mais cet accord il est bien sûr insuffisant parce qu'il ne crée pas de feuille de route pour guider les pays dans l'année 2020 qui est une année essentielle pour lutter contre les changements climatiques.

Lucile Dufour du Réseau Action Climat 15/12/2019 - par Laurence Théault Écouter

■ Les marchés carbone, un dossier épineux

La COP25 a échoué à trouver un accord sur les règles des marchés carbone internationaux, dernier volet du manuel d'utilisation de l'Accord de Paris de 2015. Si pour une grande partie des acteurs de ce rendez-vous cette COP 25 est un échec, le fait de ne pas avoir plié sous les pressions exercées par l'Australie, le Japon, le Brésil, les États-Unis ou encore l'Arabie saoudite a évité un mauvais accord sur les règles des marchés du carbone, comme l'explique Sara Lickel, chargée de plaidoyer sur le climat au Secours Catholique-Caritas France.

On a évité le pire, en effet. Ce qu'il faut comprendre c'est que les marchés carbone s'ils sont mal encadrés et mal dimensionnés, ils sont très dangereux et ils sont plus dangereux finalement que de ne pas en avoir ou de ne pas agir via les marchés carbone.

■ Un risque de triche après l'accord

Pour Rémi Parmentier, directeur de The Varda Group et coordinateur du secrétariat de l'initiative Because the Ocean, le risque de cet accord trouvé à Madrid est l'article 6 qui règle le système d'échange d'émissions de carbone.

Le risque avec la situation qui demeure avec l'article 6 qui n'est pas résolu, c'est que certains pays trichent au détriment de l'équilibre climatique, qu'il y a des doubles comptabilités, ce genre de choses, et il est vraiment urgent que ces questions soient réglées, car sinon on n'arrivera pas à atteindre les objectifs de l'Accord de Paris.

Un bilan bien maigre vu d'Afrique

Amertume et déception également pour les pays africains, en première ligne même s'ils ne représentent que 4% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.

Les pays africains espéraient des avancées sur la question du financement climat, c'est-à-dire plus de moyens de la part des principaux pollueurs pour les aider à prévenir les effets des changements climatiques qu'ils subissent de plein fouet, mais aussi les conséquences des catastrophes (sécheresses, inondations) qui se multiplient sur le continent.

Ils espéraient notamment que cette COP 25 permette de fixer de nouvelles règles pour ce que l'on appelle le marché des carbones. Un système d'échange de droit d'émissions de gaz à effets de serre.

Actuellement, une taxe de 2% est prélevée sur une partie de ces échanges pour financer un « fond d'adaptation » censé permettre aux pays les plus vulnérables de prévenir les effets du changement climatique.

L'Afrique voudrait que cette taxe augmente et soit systématisée. Mais ce dossier a été renvoyé à l'année prochaine.

Autre sujet de déception : la fameuse promesse faite par les pays riches en 2009 de mettre chaque année 100 milliards de dollars sur la table d'ici 2020 pour aider les pays fragilisés par les défis des changements climatiques. À un an de l'échéance, on reste loin du compte.

Le groupe Afrique réclamait qu'un rapport soit réalisé par les experts climat des Nations unies pour faire l'état des lieux, mais cette proposition n'a pas été adoptée. « Le financement de l'adaptation est en crise », déplore Seyni Nafo, le porte-parole du groupe Afrique. Surtout depuis que les États-Unis, autrefois l'un des principaux contributeurs aux financements climat sous l'administration Obama, ont annoncé leur retrait de l'Accord de Paris et sont revenus sur leurs engagements.

En dépit du fait qu'un certain nombre de pays notamment la France, l'Angleterre, l'Allemagne... aient multiplié par deux leur contribution au Fonds vert pour le climat, on arrive à un niveau qui est inférieur à 2014. Fondamentalement parce que les Américains ne contribuent plus au fonds.

■ La présidence d'une COP, c'est du leadership

C'est la COP la plus longue, et le bilan est maigre. Mais en même temps, la présidence d'une COP c'est du leadership, ce n'est pas juste de la logistique. Il faut mobiliser toute votre diplomatie, il faut qu'il y ait une volonté politique au plus haut niveau et je pense que le président du Chili a d'autres préoccupations aujourd'hui.

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