Congo-Kinshasa: Beni - Au moins 39 civils froidement abattus par l'ADF entre samedi et lundi

Photo d'illustration
16 Décembre 2019

La région de Beni continue de compter ses morts, victimes d'actes barbares des djihadistes ADF, malgré les efforts mis en oeuvre pour restaurer la paix dans la zone. Dans le seul intervalle du samedi 14 au lundi 15 décembre, au moins 39 personnes ont froidement été assomées à la machette ou au fusil.

C'est affreux, la tragédie qui se vit dans la région, les populations victimes ne savent plus à quel saint se vouer face à ce qui s'apparente ni plus ni moins à un génocide contre les autochtones. Ni les opérations militaires enclenchées à la suite des tueries en grande échelle, ni les promesses insistantes du chef de l'État congolais n'ont pu être rassurantes, tant les assassinats ciblés se sont intensifiés dans cette partie. Chaque jour qui passe, on se réveille sur la mélodie de nombre des civils tués de sorte que mourir est devenu cantique à Beni. En un espace d'un mois et demi seulement, la barre a dépassé les 200 morts. Les rebelles usent du même mode opératoire, la guérilla, depuis plus de 5 ans, que les FARDC ne sont toujours pas arrivées à démanteler.

Retour sur les faits tragiques

Les faits remontent dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 dernier. Les terroristes ont investi vers 20h, le quartier Rwangoma, commune de Beu, en ville de Beni où ils y ont massacré 6 civils dont 3 femmes, puis pillé des biens de valeur. A en croire certaines sources, un tract attribué à l'ennemi avait été découvert la veille dans le même quartier, en cellule voisine de Kasanga, annonçant un probable massacre cette nuit-là. Ce qui est effectivement arrivé.

La journée du samedi 14 décembre, une voiture en provenance de Komanda (Ituri) pour Butembo (Nord-Kivu) avec à son bord 7 personnes, est tombée dans une embuscade vers 11h locales à hauteur de Mayi-Moya, en groupement Bambuba-Kisiki, secteur de Beni-Mbau. Les assaillants ont tiré sur les pneus de la voiture, contraignant le chauffeur de s'arrêter. Les personnes à bord ont réussi à se sauver de justesse avant que les assaillants ne viennent mettre en sac tous leurs biens.

La nuit allant du samedi au dimanche, les islamistes ADF ont successivement opéré dans les villages Baoba, Wiyomba et Ndombi, dans la partie ouest de la localité de Mayi-Moya, à 8 et 9 km de Mayi-Moya centre.

Là, c'est un véritable carnage qui a été perpétré entre 19h et 23h locales, même si c'est au tour de 16h30 que le mouvement de ces djihadistes était perceptible dans la contrée.

Le bilan avancé le soir du dimanche 15 décembre a fait état de 26 civils massacrés dont 10 à Baoba et 16 à Ntombi, selon le monitoring fait par l'ONGDH CEPADHO, même si 22 morts dont 7 femmes ont formellement été identifiés par l'équipe déployée dans la zone pour procéder à la levée des corps. Les victimes ont soit été tuées par arme blanche, soit par fusil. En plus de ces massacres sanglants, les terroristes ADF ont kidnappé une dizaine de civils parmi lesquels des femmes et des enfants. Ils ont également emporté des bétails et d'autres biens de valeur avant de s'échapper.

La nuit du dimanche à ce lundi 16 décembre, c'est encore une nouvelle désolation. C'est la localité de Kamango, en chefferie de Watalinga, qui a été ciblée. L'ennemi a fait irruption vers 21 locales tuant de nouveau au moins 11 civils à son passage, blessant 5 autres. Mais ce bilan pourrait s'alourdir compte tenu du mode opératoire des rebelles. Les sources contactées sur place font savoir que les FARDC et la Monusco situées à une distance pourtant très proche sont intervenues trop tard après le forfait.

Il sied cependant d'indiquer que ces nouvelles tueries interviennent après la conquête par les FARDC, la journée du samedi dernier, du bastion ADF de Kazaroho, situé à près de 8 km à l'Est de Mayi-Moya.

Au vu de ces massacres intenses, des observateurs estiment qu'ils semblent un défi opposé au discours du chef de l'État à la nation vendredi passé, au cours duquel Félix Tshisekedi a réitéré sa ferme volonté de ramener la paix à l'Est, indiquant qu'il demeurait prêt à mourir pour y parvenir.

Ceux-ci espèrent tout de même que par cette ampleur de la menace terroriste dans la région couplée à la persistance de la maladie à virus Ebola, toutes les institutions de la République mobiliseront la nation toute entière et l'ensemble du monde à une synergie d'efforts afin de mettre un terme à la tragédie.

Les opérations Sokola doivent commencer dans l'armée même

Au sujet de la recrudescence des massacres à Beni, le vice-président de la société civile du Nord-Kivu souhaite qu'un regard rigoureux soit également orienté vers les forces armées elles-mêmes. Pour Edgar Mateso, « les FARDC n'ont pas échoué, elles ne le veulent pas encore ». Voici ce qu'il épingle.

L'infiltration au sein de l'armée : Pour lui, une armée infiltrée ne peut jamais gagner. Les organisations de la société civile et les députés de l'espace Beni-Lubero ont toujours décrié la présence des ex-RCD, CNDP et M23. Il est impossible de vaincre l'ennemi contre lui-même. Tant que ces éléments seront dans la contrée, nous subirons toujours la force des ADF, dit-il.

L'unicité du commandement : On ne le dira jamais assez : la multiplicité des commandements tue le commandement. La fameuse création des commandements des généraux par axes Nord, Sud, etc. Elle n'a d'autre effet que la déstabilisation du commandement secteur et des régiments. Ce sont des structures qui n'existent nulle part, sauf dans une partie du Nord-Kivu ( Beni-Butembo). Pourquoi ? Si le commandant suprême a vraiment besoin du résultat à Beni, il doit supprimer ces commandements par axe, mettre le général Tangofort à l'abri. Le Nord-Kivu garde encore une triste mémoire de cet officier depuis la guerre du CNDP et M23 pour son rôle qu'il a joué en faveur de l'ennemi, dit-il.

L'affairisme : comment voulez-vous attendre un résultat positif des officiers en opérations trafiquants des drogues et des boissons fortement alcoolisées, des planches et cacaos (alors qu'ils n'ont aucun mètre carré de champ), parfois en complicité avec les miliciens ? Qu'est-ce qui leur serait impossible qu'ils échangent armes et munitions contre le chanvre et consorts, s'interroge Edga Mateso.

La logistique : des opérations du genre Sokola ne peuvent être conduites sans moyens financiers. Mais à voir comment les militaires se comportent sur le terrain, c'est devenu une culture que voir un militaire, c'est lui donner de l'argent. Pourtant, on voie à Kinshasa des buildings érigés!

On nous dit que c'est pour les généraux œuvrant à l'est. Pourquoi clochardiser nos chers et vaillants militaires jusqu'à les réduire à un niveau inférieur que celui des mendiants? Quel résultat va vous produire ces genres des militaires ? Nos forces armées méritent mieux que ça !

Le populisme : un adage français dit: «Le tigre ne proclame pas sa tigresse (... ), il saute immédiatement sur sa proie. Trop de tapages dans les médias pour crier la victoire des FARDC sur l'ennemi alors que les gens sont tués. Cela ressemble à une moquerie des victimes.

La justice militaire : là, n'en parlons même pas. On arrête des prévenus, présumés innocents, on les garde le plus longtemps possible. Jamais des procès. On apprendra que tel a été libéré (puisqu'il a payé ?) et que l'autre y reste. Et les jours passent, on finit par les oublier.

Pour tout dire, nous croyons que notre armée seule n'est pas incapable de mettre fin à l'activisme des égorgeurs. Pour y arriver, il faut un nettoyage à l'interne, suggère cet acteur de la société civile.

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