Algérie: Prestation de serment du nouveau chef de l'etat sur fond de contestation - Tebboune, un président en sursis ?

Abdelmadjid Tebboune
18 Décembre 2019

Elu, le 12 décembre dernier, avec un peu plus de 58% des suffrages exprimés dès le premier tour d'un scrutin qui n'a pas véritablement emballé les Algériens, Abdelmadjid Tebboune, 74 ans, prête serment ce 19 décembre 2019 pour un quinquennat qui ne s'annonce pas sous de bons auspices.

Comment peut-il en être autrement quand on sait que la contestation, née bien avant la tenue du scrutin présidentiel, s'est poursuivie le jour même de la proclamation des résultats et n'est pas prête de s'arrêter de sitôt ?

En tout cas, c'est ce que l'on est porté à croire avec la manifestation du mouvement estudiantin qui a eu lieu le 17 décembre, comme tous les mardis, et qui, dans la foulée du mouvement populaire de contestation Hirak, continue de demander le départ de la vieille garde politique du pays, pour faire place à des hommes nouveaux.

Une période d'incertitudes s'ouvre en Algérie

Et tout porte à croire que pour son baptême du feu post-prestation de serment, demain, comme tous les vendredis depuis maintenant 44 semaines, c'est une marée humaine qui descendra dans les rues d'Alger pour réitérer les exigences des manifestants dont la mobilisation avait abouti à la démission du président Abdelaziz Bouteflika en avril dernier, après 20 ans de règne sans partage.

C'est dans un tel contexte de tensions et de rejet de l'ordre constitutionnel rétabli avec l'élection de l'ancien Premier ministre de Abdelaziz Bouteflika, que le nouveau président prêtera serment ce 19 décembre 2019.

Tebboune est-il alors un président en sursis ? C'est la question que l'on pourrait se poser, tant les contestataires donnent l'impression de ne rien vouloir céder tant qu'ils n'obtiendront pas satisfaction, c'est-à-dire le démantèlement total de l'ancien système pour instaurer un ordre nouveau.

Or, l'on sait que le général Gaïed Salah, qui a su tenir tête à la rue depuis la chute de Boutef, n'a pas organisé ces élections contre vents et marées pour se laisser maintenant conter fleurette. C'est dire si avec cette prestation de serment dans un contexte de forte contestation, c'est une période d'incertitudes qui s'ouvre en Algérie.

Le nouveau président, déjà décrié, aura-t-il les épaules suffisamment larges et solides pour contenir la contestation de ses compatriotes ? Ira-t-il jusqu'au bout de son mandat ou cèdera-t-il à la pression de la rue ? Parviendra-t-il à inverser la situation à son avantage et obtenir l'adhésion de ses concitoyens ?

Quel avenir pour le général Gaïed Salah, figure emblématique d'une transition fortement décriée et qui aura plié tel le roseau sans jamais rompre sous la pression de la rue ?

Va-t-il enfin se retirer de la scène politique pour faire droit aux revendications de la rue ou bien restera-t-il dans l'ombre aux côtés du nouveau président ?

Autant de questions qui témoignent de la délicatesse de la position du président Tebboune qui, dès l'entame de son mandat, se retrouve à gérer une crise politique profonde qui tire ses racines de la rupture totale de confiance entre le peuple algérien et ses dirigeants d'hier dont il est aujourd'hui l'incarnation aux yeux de nombreux contestataires.

Il faut éviter d'aller au bras de fer

Assurément, le nouveau chef de l'Etat est dans une situation inconfortable. Mais cela ne semble pas l'impressionner outre mesure. D'autant qu'ayant vite pris la mesure de la situation, il a « tendu la main au Hirak » en lui proposant un « dialogue afin de bâtir une Algérie nouvelle ». Sera-t-il entendu ?

Bien malin qui saurait répondre à cette question. Quoi qu'il en soit, cela paraît aujourd'hui l'alternative la moins périlleuse pour sortir l'Algérie d'une crise politique qui ne saurait perdurer indéfiniment.

En tout cas, il faut éviter d'aller au bras de fer. Car, tôt ou tard, la tentation pourrait être grande de vouloir en finir une fois pour toute, d'un côté comme de l'autre. Toute chose qui pourrait conduire à un durcissement de ton, du côté du pouvoir et à des violences du côté des manifestants.

Or, l'Algérie n'a pas besoin de cela. Elle a plutôt besoin de stabilité. Surtout dans ce contexte fortement marqué par la montée en puissance du terrorisme chez ses voisins du Sud, dans le Sahel.

C'est le lieu de relever le manque de médiation dans cette crise algéro-algérienne, alors que des initiatives du genre ont été entreprises au Soudan, en Guinée et au Togo, en signe de solidarité.

En tout état de cause, dans cette Algérie en quête de renouveau démocratique et d'un personnel politique neuf, les nouvelles autorités d'une part, et le peuple algérien qui a déjà suffisamment manifesté sa soif d'alternance d'autre part, devraient éviter de trop tirer sur la corde pour éviter de donner un prétexte à la soldatesque de revenir au devant de la scène politique. Ce serait un recul démocratique dont le pays pourrait avoir du mal à se relever.

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