Congo-Kinshasa: Ordonnances en souffrance à la SNCC et Gécamines - Félix Tshisekedi va-t-il reculer ?

19 Décembre 2019

L'affaire de la nomination, par le chef de l'Etat, des nouveaux dirigeants à la SNCC et Gécamines refait surface avec l'interview d'un des ténors du PPRD, accordée à la radio Top Congo. Ferdinand Kambere, cadre du parti de Joseph Kabila, a annoncé que le Président de la République prendra bientôt une nouvelle ordonnance qui sera délibérée en Conseil des ministres. En réaction, c'est le Porte-parole du gouvernement, Jolino Makelele, qui a donné de la voix. Le ministre d'Etat en charge de la Communication et médias a été tranchant : « Nous n'allons pas nous incliner face aux injonctions de l'extérieur ».

« Tout est en discussion pour que les nouveaux mandataires soient nommés. Je crois que chacun doit avoir ses apaisements. Ils vont connaître les noms de ceux-là que le Président de la République lui-même va nommer par ordonnance, une ordonnance qui sera discutée en Conseil des ministres ». C'est la révélation faite par l'ancien ministre aux Affaires humanitaires Ferdinand Kambere, haut cadre du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) de l'ancien président Joseph Kabila.

La révélation fâche et suscite des vives réactions surtout que près de six mois après avoir été nommés par ordonnances présidentielles, les nouveaux dirigeants de la SNCC et Gécamines ne sont toujours pas entré en fonctions. Gabriel Kyungu, Fabien Mutomb ou encore Sama Lukonde attendraient toujours d'être notifiés par le ministre du Portefeuille.

Et qu'est-ce qui bloquerait donc cette notification dès lors que les ordonnances ont même été publiées dans le Journal Officiel ? La question demeure. Néanmoins, les propos de Ferdinand Kambere sont révélateurs d'un blocage à dessein et même si ce haut cadre du PPRD a tenu à dédouaner sa famille politique. Selon lui, il n'y a une mauvaise interprétation que certains se font de la coalition FCC-CACH : « Le FCC ne va marcher sur quoi que ce soit ». Et d'ajouter, « Nous sommes une famille politique qui s'évertue à fonctionner conformément aux règles et lois qui sont édictées dans la Constitution ».

Réaction du Porte-parole du gouvernement

Et comme il fallait s'y attendre, la réaction du camp présidentiel n'a pas tardé. C'est d'ailleurs le Porte-parole du gouvernement qui a été choisi pour faire la réplique à la sortie médiatique du PPRD Kambere.

« Ces choses-là ne se font pas par les annonces précipitées qui donneraient l'impression d'être des injonctions », a réagi Jolino Makelele.

Selon le Porte-parole du gouvernement, Félix Tshisekedi ne compte pas céder à la pression. D'où, l'évidence d'un blocage dans cette affaire.

« Ce n'est pas de cette manière là que nous avons convenu de mener notre coalition. Nous avons convenu de la mener de manière harmonieuse et sérieuse », a souligné le Porte-parole du gouvernement qui indique clairement ne pas être pas au courant, en sa qualité de Porte-parole, des discussions sur ces nouvelles nominations.

Néanmoins, le ministre d'Etat Makelele a fait savoir qu'il y a un comité de suivi qui prépare les éléments à soumettre à l'appréciation de Joseph Kabila et Félix Tshisekedi, deux autorités morales de la coalition, avant l'étape du conseil des ministres. Des propos qui se rapprochent finalement de la révélation du PPRD Kambere !

Depuis toujours, du côté du FCC, on reproche trois choses à Cap pour le Changement (CACH), la coalition dirigée par Félix Tshisekedi. La première récrimination est d'ordre légal. Selon le camp Kabila, « Ces ordonnances n'auraient jamais été débattues en conseil des ministres, et elles ont été contresignées par un Premier ministre démissionnaire, Bruno Tshibala ». La seconde récrimination est politique. Elle porte sur le non-respect supposé de l'accord politique qui lie les deux coalitions au pouvoir. Cet accord, qui a été « signé après les ordonnances nommant les nouvelles autorités à la Société Nationale d'Assurance (Sonas), à la Direction générale des migrations (DGM), et à l'Agence nationale des renseignements (ANR) », selon des sources proches du parti de Joseph Kabila, « suspendait toute signature d'ordonnances de nominations, et prévoyait le contreseing du Premier ministre et la délibération préalable du conseil des ministres ».

Par ailleurs, le FCC fustige en outre le choix même des personnalités nommées à la tête d'entreprises publiques, et en particulier dans le cas Gabriel Kyungu Wa Kumwanza, proche de l'opposant Moïse Katumbi, nommé à la tête de la SNCC.

Marie-José Ifoku demande à Tshisekedi de résister au FCC

D'autres voix se sont élevées pour fustiger le blocage, du reste, imputé au camp de Joseph Kabila.

C'est le cas de Mme Marie Josée Ifoku. La candidate malheureuse à la dernière présidentielle du 30 décembre 2018, fustige le comportement de ceux qui bloquent l'exécution des ordonnances du chef de l'État nommant les mandataires à la SNCC et à la Gécamines.

Marie José Ifoku demande à Félix Tshisekedi de ne pas céder. « Le pouvoir en politique, c'est aussi un rapport de force. Félix Tshisekedi ne cédez pas. Si vous ouvrez cette porte, c'est la boîte à pandore que vous allez ouvrir et il n'y aura plus d'espoir », a-t-elle déclaré sur son compte Twitter.

La seule femme candidate à la présidentielle de 2018 insiste sur le fait que le FCC devrait commencer par respecter les premières ordonnances promulguées par le chef de l'État. « Qu'ils respectent d'abord votre première ordonnance! Nous sommes aussi dans un régime semi-présidentiel », a-t-elle ajouté.

Une autre réaction, c'est celle de la Nouvelle société civile congolaise (NSCC) dont le coordonnateur Jonas Tshiombela reste convaincu qu'il se pose un problème de sincérité au sein de la coalition.

« Les décisions du chef de l'Etat ne peuvent pas faire l'objet des discussions », a-t-il tranché. « La coalition CACH-FCC est piégée par la sincérité des uns et des autres », a déploré Jonas Tshiombela qui considère que « les ordonnances du chef de l'État, publiées par le Journal officiel, ne devront même pas être empêchées pour exécution ».

« S'il y a blocage, nous craignons que le pays puisse avoir d'autres centres de décision alors que le seul que nous connaissons, c'est sous l'impulsion qui est donnée par le chef de l'État », a-t-il souligné.

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