Congo-Brazzaville: Marie Audigier - « Pour l'IFC, l'apport de la culture congolaise est énorme, c'est au moins 80% de notre programmation »

interview

L'année 2019 a été marquée par la célébration des vingt-cinq ans de l'Institut français du Congo (IFC) à Brazzaville. Sa directrice déléguée, Marie Audigier, a accordé une interview aux Dépêches de Brazzaville, dans laquelle, elle parle de cette manifestation et surtout de l'apport de son institut à l'épanouissement de la culture congolaise.

Comment se porte l'IFC à Brazzaville et qu'est ce qui a marqué cet institut en 2019 ?

L'IFC à Brazzaville se porte très bien. L'Année 2019 a été marquée par plusieurs records de fréquentation, avec plus de 150 000 visiteurs, 100 000 spectateurs pour les évènements culturels, plus 20 % de visiteurs au Campus France. Les cours et certifications ont eux aussi progressé. Après le niveau débutant en 2018, nous avons lancé cette année le niveau avancé en lingala. En sus de l'accès à la médiathèque ou des cours de langues française ou lingala, il est possible d'apprendre à l'IFC dans divers domaines : la danse (afro, salsa, zumba, hip hop) les percussions, le piano, la guitare, le violon, le théâtre, l'humour, le chant et l'écriture. Et pour les petits, l'atelier éveil corporel et musical. Vous pouvez venir découvrir ou développer vos talents avec nos professeurs. Ces ateliers sont tous accessibles à des prix abordables.

 Quels effets a eu l'amélioration de la médiathèque ?

La rénovation de la médiathèque depuis janvier a particulièrement plu au public puisqu'elle a amené une augmentation de la fréquentation de plus de 30%. Nous l'avons repensée en management participatif. Chaque médiathécaire a amené ses idées : plantes vertes, couleurs vives pour la médiathèque jeunesse, coin musique avec beaucoup de nouveautés, de Fally Ipupa à Vincent Delerm ou Angélique Kidjo, arrivée du numérique, tablettes avec les machines à lire, jeux vidéo, un casque de réalité virtuelle qui permet une visite en 360 du Château de Versailles ou du Louvre. Nous avons même créé une grainothèque qui, sur le principe d'une bibliothèque, permet d'emprunter des graines pour en ramener ensuite. Nous avons aussi imaginé un café philo mensuel, ainsi qu'un club et un tournoi de scrabble ! Tout ceci pour un prix service public, entre 5000F pour les adultes et 1000F l'année pour les groupes scolaires.

Comment jugez-vous votre travail sur le terrain depuis la prise de vos fonctions en qualité de directrice déléguée de l'IFC ?

L'IFC évolue continuellement grâce au travail et à l'implication de l'équipe, qui est formidable et essentiellement composée de Congolais. Toute l'ambassade, à commencer par l'ambassadeur et notre directeur, fait preuve d'un soutien sans faille pour la culture, l'éducation, et l'action de l'IFC. Nous avons ouvert notre programmation à la jeunesse et à la musique populaire, en accueillant Roga Roga et Extra Musica ou Patrouille des Stars, qui n'avaient jamais joué à l'IFC, en créant Mboté hip hop ou le concours international de chorales et aussi en lançant de nouveaux concepts, les journées portes ouvertes, mon week-end à Brazza, JazzKif en partenariat avec Tek Events et l'Institut français de Kinshasa ou African Music Forum en partenariat avec Bomayé Musik et l'Institut français de Kinshasa.

Nous avons développé notre soutien aux acteurs culturels congolais, les Ateliers Sahm menés par Bill Kouélany, arts plastiques, slam, danse, le Festival de théâtre Mantsina sur scène dirigé par Sylvie Dyclo-Pomos, le festival de danse Boya-Kobina fondé par Delavallet Bidiefono, les festivals d'humour TuSeo créé par Lauryathe Bikouta (le plus ancien en Afrique centrale) et Bonana par Junior de Matt du Brazza Comédy Show, le festival de théâtre scolaire de M. Ambadrou, la journée des percussionnistes congolais en hommage à Maître Djim organisée pour la deuxième année par Muleck, etc. Le rôle de ces acteurs associatifs est majeur pour la vie du tissu culturel brazzavillois. J'ai cité les principaux, mais d'autres sont aussi très actifs.

Les vingt-cinq ans que vous venez de célébrer, est-ce pour l'institut ou pour le bâtiment et quelle a été sa particularité ?

Il s'agit des 25 ans du bâtiment actuel qui a été inauguré le 18 décembre 1994 sous le nom de « Espace André Malraux, Centre culturel français de Brazzaville ». Un immense merci à tous les artistes qui ont participé au méga-concert du15 décembre sur la corniche, qui était un moment inoubliable.

Comment s'annonce 2020 à l'IFC, et quels sont ses temps forts ?

Avant tout la Saison Africa 2020, qui se tiendra de juin à décembre en France, mais aussi en miroir en Afrique. Aucune saison en France n'a connu une telle ambition et une telle ampleur. C'est « Une invitation à regarder et comprendre le monde d'un point de vue africain », comme le dit la Commissaire, Ngoné Fall. Un temps fort de l'année 2020 sera l'organisation avec le ministère de la Culture et des Arts d'un grand colloque sur les archives de l'AEF et l'histoire de Brazzaville en novembre. Nous allons aussi développer le cinéma itinérant ainsi que les points lecture au nord et au sud de Brazzaville. Et bien sûr le public retrouvera tous nos évènements récurrents auxquels il est attaché.

D'où vous est venue l'inspiration d'organiser les 60 ans des Bantous ?

C'est tout le Congo qui voulait fêter les 60 ans des légendes. A l'IFC, nous les accueillons depuis deux ans un dimanche sur deux à la cafétéria. Pour les 60 ans, nous avons rouvert spécialement pour eux en plein mois d'août, pour un évènement à la hauteur de cet anniversaire : un concert sur la corniche, ce que l'IFC n'avait jamais fait jusque-là. On adore faire des premières !

 Quel est l'apport de l'IFC dans la culture congolaise ?

J'en laisse juger les Congolais. Nous souhaitons faire de l'IFC une plateforme pour la création artistique et le partage des cultures. Pour l'IFC, l'apport de la culture congolaise est énorme, puisque c'est au moins 80% de notre programmation. J'en profite pour souligner la très grande qualité du niveau artistique à Brazzaville, chant, polyphonies, musique, danse (du traditionnel au contemporain ou au hip hop), théâtre, écriture, arts plastiques, slam, BD, etc. Non seulement les artistes congolais ont du talent, mais aussi ils s'investissent totalement dans leur art !

 Comment trouvez-vous le public brazzavillois ?

Extraordinaire, je n'ai jamais vu un public aussi vivant qui, de plus, connaît très bien la musique, la danse, ce sont de très bons critiques. Les internationaux sont très souvent surpris par les réactions de la salle. Quand ils aiment, ils portent les artistes et, du coup, peuvent leur permettre de faire des concerts exceptionnels, mais quand ils n'aiment pas, ils disent « Bima ! » Aussi, nous sommes très soigneux sur la qualité de la programmation, c'est toute l'équipe qui s'y implique.

Et pour terminer...

Nous remercions nos partenaires, privés, institutionnels et médias. C'est grâce à leur soutien que nous avons pu organiser des événements de grande envergure, chacun d'entre eux a drainé plus de 3000 personnes : la Fête de la Musique, le Festival de Littérature et des Arts francophones (Directrice Khady Fall Diagne), Mboté hip hop, Le Forum des études en France et au Congo, les 70 ans de Présence africaine (en partenariat avec les Dépêches de Brazzaville), le festival de BD BILILI (Directrice Joëlle Epée-Mandengue), etc. Nos partenaires sont très satisfaits du chemin parcouru et nous l'ont montré cette année avec un soutien renforcé. Joyeuses fêtes et très belle année 2020 !

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