Gabon: Un journaliste risque de passer le réveillon en prison

communiqué de presse

Reporters sans frontières (RSF) demande la libération immédiate d'un directeur de publication arrêté hier et rappelle que le Code de la communication ne prévoit pas de peines privatives de liberté pour les délits de presse.

Bertin Ngoua Edou pourrait bien commencer l'année 2020 en prison. Le directeur de publication du journal satirique Le Diagnostic a été interpellé lundi 30 décembre et conduit à la Direction générale des recherches (DGR) de Libreville, capitale du Gabon, où il a passé sa première nuit en cellule. Son arrestation fait suite à la publication d'un article, vendredi 27 décembre, sur une affaire de corruption présumée impliquant Brice Laccruche Alihanga, l'ex-directeur de cabinet d'Ali Bongo tombé en disgrâce et récemment arrêté pour détournements de fonds publics, et René Ndemezo Obiang, l'actuel président du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Joint par RSF, le journaliste a expliqué être accusé de diffamation et propagation de fausses nouvelles.

"L'arrestation et la détention de ce journaliste sont illégales, dénonce Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Le Code de la communication ne prévoit pas de peines privatives de liberté pour les délits de presse. Si une personne s'estime lésée par un article, il existe des recours légaux, notamment devant l'organe de régulation, sans qu'il soit nécessaire d'interpeller et de maintenir un journaliste derrière les barreaux. Nous appelons les autorités à tout mettre en oeuvre pour que les droits de ce directeur de publication soient respectés et qu'il puisse passer le réveillon en liberté".

Les sanctions prévues par les articles 183 à 186 et 192 à 196 du Code de la communication en vigueur depuis 2017 prévoient notamment des amendes, la suspension d'un média, le retrait provisoire ou définitif de son autorisation, mais aucune peine privative de liberté pour des faits commis dans l'exercice du journalisme. RSF s'était félicitée de cette avancée mais continue à demander la révision d'un texte dont plusieurs formulations vagues et définitions imprécises permettent de restreindre abusivement la liberté d'information.

Si les arrestations de journalistes restent exceptionnelles depuis l'entrée en vigueur il y a tout juste deux ans du Code de la communication, les suspensions arbitraires de médias se sont multipliées sous l'égide de la Haute autorité de la communication. Des journaux qui se sont fait l'écho de cette politique de sanctions systématiques dénoncée par RSF en ont payé le prix fort. En avril, L'Aube avait été suspendue pour six mois notamment pour la publication d'une interview d'un confrère qui y dénonçait un "acharnement exceptionnel de la HAC sur certains journaux bien ciblés". Plus récemment Gabonreview, l'un des sites d'information les plus populaires du pays, a été suspendu pour trois mois après la publication d'un éditorial critiquant le "carriérisme" dont seraient animés certains membres de l'organe de régulation, désormais surnommé la "hache" par une partie de la presse gabonaise. Le site refusant d'appliquer la sanction, cette dernière n'a toujours pas été levée et l'accès au site a été coupé dans le pays. Joint par RSF, son responsable affirme avoir perdu plus de la moitié des 45 000 visiteurs uniques qui fréquentaient quotidiennement le site avant la sanction et près de 15 000 euros de revenus publicitaires.

L'Union européenne avait qualifié de "disproportionnées et préjudiciables" ces sanctions en série prises par la HAC lors du dialogue politique avec le Gabon qui s'est tenu dans la capitale Libreville mi-décembre.

Le Gabon occupe la 115e position sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019.

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