Libye: Quitus des députés turcs pour l'intervention militaire - Juste pour prolonger la souffrance des Libyens

Photo: Pixabay
Libya flag

Les députés turcs ont voté hier 2 janvier 2020, une motion permettant au président Recep Tayyip Erdogan d'envoyer des militaires en Libye. Voté par une large majorité, 325 élus, puisque le parti de Erdogan est majoritaire à l'Assemblée nationale, ce texte donne un mandat d'un an à l'Armée turque pour intervenir en Libye aux côté du Gouvernement d'union nationale (GNA).

Le moins que l'on puisse dire, c'est que Recep Tayyip Erdogan voudrait prolonger la souffrance du peuple libyen qu'il ne s'y prendrait pas autrement. Il est évident que la solution à la crise libyenne n'est pas la multiplication des fronts contre le maréchal Khalifa Haftar.

Si en dépit du soutien des Occidentaux dont bénéficie Fayez el-Sarraj, le Premier ministre du gouvernement d'union nationale, reconnu par la communauté internationale, la crise libyenne s'enlise, c'est que la solution ne viendra pas de l'armée turque fut-elle une armée puissante.

Disons-le net, la Libye est devenue un vaste champ d'affaires où chacun se donne des raisons d'intervenir sous le prétexte d'aider le gouvernement reconnu par la Communauté internationale.

Or, à y regarder de près, l'on se rend compte que tous sont attirés par les immenses richesses dont regorge le sous-sol libyen.

Outre son pétrole bon marché, le pays de Mouammar Kadhafi est devenu, depuis que ce dernier a été envoyé ad patres, un véritable marché d'armes à ciel ouvert. Que l'on ne s'y trompe donc pas, le quitus des députés turcs à l'armée ne servira qu'à prolonger la souffrance du peuple libyen qui ne sait plus à quelle armée se vouer.

Hier, c'était la France d'Emmanuel Macron qui a reçu, le 22 mai 2019, à l'Elysée l'homme fort de l'Est libyen et ce, après que son frère ennemi, Fayez el-Sarraj y a été reçu quelques semaines plus tôt dans le cadre d'une tournée européenne. Résultat: les lignes n'ont pas bougé d'un iota puisque le maréchal refuse tout cessez-le-feu sur le terrain.

Toujours est-il que les armes continuent à crépiter avec à la clé, un décompte macabre qui ne cesse de croitre. Du reste, l'émissaire des Nations unies, Ghassan Salamé, avait dit même craindre, avec ce nouveau pic de violences, « le début d'une guerre longue et sanglante ».

Ce pessimisme du représentant onusien est alimenté par l'entrée massive d'armes lourdes au profit des deux camps, malgré l'embargo qui frappe le pays.

La Libye s'est ainsi transformée en un vaste marché d'armements à ciel ouvert où s'approvisionnent les organisations islamistes qui reprennent du poil de la bête dans le Sud du pays.

Il est donc temps que l'Afrique sorte de sa torpeur pour aussi défendre ses intérêts en Libye

Aujourd'hui, c'est la Turquie qui s'apprête à envoyer des soldats en Libye. Et sans jouer les Cassandre, l'on peut affirmer sans risque de se tromper que cette intervention turque en Libye ne fera qu'aggraver la crise.

Ce n'est pas rien que la France et l'Egypte sont contre toute internationalisation de la crise libyenne même si l'on peut comprendre que cette situation pourrait compliquer davantage la tâche à l'homme qu'ils soutiennent, le maréchal Haftar.

Cela dit, il appartient aux leaders libyens de faire preuve d'intelligence en pensant à l'intérêt supérieur de leur nation.

S'ils veulent rendre service à leur pays, ils doivent trouver en eux-mêmes les ressources nécessaires pour parvenir à une paix des braves que l'on peut mettre à profit pour construire une transition consensuelle qui tienne compte de la volonté des Libyens.

Cela dit, ce qu'il faut déplorer dans ce branle-bas diplomatique autour de la Libye, c'est le silence des pays africains.

Or, ces derniers paient le lourd tribut de la guerre en Libye en ce sens que c'est le chaos dans ce pays qui a ouvert les portes du Sahel à tous les groupes armés qui y sèment la peur et la désolation.

En tout cas, hormis le récent sommet du Caire, le continent africain reste muet et semble impuissant face à la détérioration de la sécurité à l'intérieur des Etats.

Plutôt que de s'attaquer à la plaie originelle qui s'est gangrenée jusqu'à affecter une grande partie du continent, les Etats semblent avoir fait le choix de s'attaquer aux effets.

Il est donc temps que l'Afrique sorte de sa torpeur pour aussi défendre ses intérêts en Libye, comme le font les Européens.

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