Ile Maurice: Sheena Rosun - «La police nous a sauvés, mes deux fils et moi»

Alors que Bhavish Rosun menaçait de tuer son épouse et leurs deux enfants d'un an et de trois ans, un policier a tiré sur lui, le tuant. La veuve le salue pour ce geste qui lui a valu la vie sauve.

Une agression au sabre, trois coups de feu, un mort, des pleurs, un bébé d'un an blessé à la tête, c'est le drame qui s'est joué à Bord-Cascades à Henrietta. Jeudi soir, les Rosun ont perdu un des leurs, Bhavish Rosun. Ce dernier, un planteur âgé d'une vingtaine d'années, a été tué après qu'un policier a tiré sur lui, alors qu'il cherchait à agresser son épouse et leurs deux enfants en bas âge.

Sheena Rosun, la veuve âgée de 24 ans, raconte qu'une dispute a éclaté au sein de son couple. «À mesure qu'il élevait la voix, il levait la main sur moi. Il hurlait et il interdisait à moi et à mes enfants de bouger. Il ne cessait de me frapper, quoique j'essayais d'esquiver ses coups. Nous nous sommes ensuite rendus dans la chambre de prière où j'essayais de le calmer. À un moment, la police est arrivée et il a eu une réaction violente. La présence des policiers ne lui a pas plu.»

Un des policiers a essayé de ramener Bhavish Rosun à la raison, lui disant «nou pou nek koz ar madamla » mais le planteur lui a lancé : «Non nanyen pann arivé, alé dépi la.» Son frère aîné s'est mis de la partie, pour s'en prendre à la police. L'épouse poursuit : «Les policiers m'ont demandé de sortir au plus vite. Ils ont dû lâcher un peu de gaz lacrymogène à l'intérieur. Les policiers ont brisé les vitres de la porte afin que je puisse sortir mais cela n'a pu se faire. J'étais toujours bloquée avec lui car il me menaçait avec un sabre.»

Sheena Rosun a tout fait pour sortir de la chambre mais son mari l'a menacée : «Mo pou touy twa zordi, swa twa swa zanfan.» La mère au foyer précise : «Il avait mon fils de trois ans dans ses bras. Le petit d'un an était dans mes bras. Il a essayé de nous agresser avec un premier coup de sabre mais heureusement, j'ai pu l'esquiver. Le deuxième coup de sabre, c'est mon fils qui l'a pris en pleine tête. Au troisième coup, le sabre lui a glissé des mains et un policier lui a tiré dessus.»

La jeune femme estime que sans l'intervention de la police, ses enfants et elle seraient déjà morts aujourd'hui. «La police a fait un bon travail. Je remercie les policiers pour leur acte de bravoure. Je salue le policier qui a tiré.» Quant au père du défunt, Joe Rosun, il n'en revient pas. «C'est incroyable ce qui s'est passé. Perdre un enfant à cet âge est bien difficile. Je ne peux me prononcer sur ce qui s'est vraiment passé ce jour-là. Je n'étais pas sur les lieux, je n'accuse personne. C'est bien triste pour moi.» Il avance que son fils n'était pas quelqu'un de violent. «Il pouvait avoir des prises de bec avec son épouse mais j'ai toujours essayé de le raisonner.»

En revanche, Sunil Auchoybur, le père de Sheena Rosun, affirme qu'il a toujours connu son gendre comme étant quelqu'un de brutal. Il revient sur la journée de jeudi. «Ma fille a passé la journée chez moi avec ses deux enfants. Nous sommes partis la déposer à son domicile aux alentours de 17 heures.

La famille de mon gendre célébrait le Nouvel An. Mon gendre m'a salué et il a disparu par la porte de derrière.» Vers 19 heures, Sheena Rosun a appelé son père en lui demandant de venir de toute urgence. Elle était déjà à l'hôpital aux urgences. «Quand je suis arrivé, j'ai su que mon petit-fils avait été blessé par son père. So latet inn fann. Linn fer scan, li faire loperation une heure du matin.» Il indique que si la police n'avait pas abattu Bhavish Rosun, ce dernier aurait tué trois personnes. «Je remercie la police pour avoir rendu ma fille et mes deux petitsenfants sains et saufs.»

Selon les voisins, c'est la drogue synthétique qui a conduit le jeune homme à sa mort. De son côté, la personne chez qui il travaille nous confie : «Linn touzour bien travay mais ces derniers temps linn tombe dan simik kinn fini li. »

Quand peut-on utiliser son arme ?

Les policiers ne peuvent pas utiliser leur arme de service comme bon leur semble. Il y a des règles à respecter. Il faut utiliser la force minimale. D'abord, le policier donne un avertissement à l'individu ou au groupe de personnes qui trouble l'ordre public. Si la foule refuse d'obéir, il fait usage de gaz lacrymogène. Et si les personnes persistent, il utilise le tonfa. Par contre, si la situation dégénère, qu'il n'a pas d'autre recours et que sa vie ou celle de son équipe ou du public est en danger, il peut faire usage de son arme à feu. Sa riposte doit être mesurée, c'est-à-dire proportionnée à la gravité de l'atteinte. Les agents peuvent tirer en cas de vol avec violence ou d'effraction ou si un individu va perpétrer un crime ou commettre des coups et blessures avec des circonstances aggravantes.

La façon de tirer

La police effectue un tir sur l'organe le moins important de la personne. Dans 99,9 % des cas, elle vise la jambe ou l'épaule. Elle tire pour blesser le suspect. Elle ne peut en aucun cas tirer par prévention ou dans l'intention de tuer.

Qui est le tireur ?

Lors d'une opération, c'est l'officier qui est le plus gradé qui décide de tirer après avoir évalué la situation. Après le tir, une entrée est consignée dans le diary book. L'arme doit être ensuite sécurisée et examinée par des experts en balistique.

Les exercices sont-ils suffisants ?

Ceux qui doivent manier l'arme à feu fréquemment dans l'exercice de leurs fonctions s'entraînent à des exercices de tirs aux Casernes centrales, à la SSU Complex et au Midlands Firing Range. Ces exercices ont lieu une fois par an. Pour certains policiers, cette fréquence est peut-être insuffisante. «On manque alors de pratique et surtout la réalité du terrain n'est pas pareille», confient-ils.

Le frère en détention

Maheshsingh Rosun, un planteur de 24 ans, a été arrêté pour nonassistance à personne en danger. Il n'aurait pas porté secours à sa belle-soeur Sheena qui se faisait agresser et aurait refusé d'ouvrir la porte aux policiers. Il a comparu devant le tribunal de Curepipe pour «culpable omission» avant d'être reconduit en cellule policière.

Les cas précédents

Diop Bhoyroo touché à l'épaule

Recherché à travers le pays, Diop Bhoyroo avait été touché à l'épaule lors d'une chasse à l'homme à Ferney, le 30 octobre 2008. Un membre du Groupe d'intervention de la police mauricienne, a tiré sur lui. Diop Bhoyroo était armé. L'officier a tiré au niveau de sa poitrine. Mais son portable, qui se trouvait dans la poche de sa chemise, l'a sauvé : la balle a ricoché et a pénétré son corps avant de se loger sous son épaule. Après avoir été touché, il a vécu avec ce métal dans le corps. Les médecins lui avaient d'abord conseillé de ne pas extraire la balle vu l'endroit délicat où elle se trouvait. Mais son état de santé s'était affecté. Ce n'est que le 2 juillet 2015 que la balle a été extraite de son corps.

Berger Agathe abattu

C'était lors des émeutes de février 1999 provoquées par la mort de Kaya en cellule policière à Alcatraz. Berger Agathe avait été atteint de 62 billes de plomb provenant d'une cartouche de chevrotine. Deux autres personnes avaient également trouvé la mort lors de ces émeutes : Michel Laurent et Leemul Ghoostia, tués par balle à Bambous.

Rajen Sabapathee tué de cinq balles

Condamné pour trafic de drogue, Rajen Sabapathee s'était évadé de La Bastille et s'était caché. Le 21 janvier 2000, une opération policière a été effectuée à Chamarel pour le capturer. L'ex-Mr Mauritius a tiré sur deux policiers et ces derniers ont riposté. Il a été abattu par cinq balles.

Plus de: L'Express

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