Burkina Faso: Attentat meurtrier sur l'axe Toeni-Tougan - Un drame, plusieurs interrogations

Photo: UNICEF
Des enfants participant à un exercice de simulation d'attaque dans une école primaire à Dori, au Burkina Faso, le 26 juin 2019.
analyse

On a assisté à l'horreur à l'état pur, le 4 janvier dernier, sur l'axe Toéni-Tougan, avec la pulvérisation, à l'explosif, d'un minibus transportant pour l'essentiel des élèves en fin de congé scolaire.

Quatorze personnes sont mortes sur le coup, dix-neuf autres blessées et des dizaines d'autres marquées à vie pour avoir été témoins oculaires de ce crime déchirant, perpétré par des individus aux desseins funestes.

Cet énième attentat a déclenché dans tout le pays et même au-delà, une vague d'indignation non pas seulement à cause du nombre somme toute élevé de victimes, mais aussi et surtout parce qu'il y a, parmi ces dernières, des adolescents et des femmes.

C'est vrai que ce n'est pas la première fois que les hors-la-loi s'attaquent à cette frange vulnérable de la population puisque des enfants étaient déjà au nombre des 14 personnes froidement exécutées le 1er décembre dernier dans une église à Hantakoura dans l'Est du pays, sans oublier les 35 civils lâchement assassinés à Arbinda à la veille de Noël, parmi lesquels figuraient 31 mères et épouses.

Mais pour autant qu'on se souvienne, c'est bien la première fois qu'un nombre aussi important d'élèves tombent dans cet engrenage de la violence, et il est à craindre que cette forfaiture engendre une déscolarisation massive dans les zones déjà abandonnées par beaucoup d'enseignants, par instinct de survie.

Maintenant que le mal est fait, pour ainsi dire, nous devons pouvoir contenir nos émotions et aller au-delà des trémolos, pour nous poser des questions en toute lucidité: comment expliquer cette escalade de la violence qui faits désormais des populations civiles, des cibles potentielles des groupes terroristes ?

Pourquoi certains transporteurs du Sourou ont-ils pris le risque pour eux-mêmes et pour leurs passagers, de faire fi des consignes de sécurité qui auraient été données par les autorités régionales et provinciales ?

N'aurait-on pas pu bloquer le convoi dès la sortie du village de Toéni, et sanctionner les chauffeurs contrevenants ? La communication descendante a-t-elle bien fonctionné dans l'alerte rouge envoyée par le ministre de la Défense et le gouverneur de la région, aux transporteurs par rapport au risque élevé d'attaque ou d'attentat ?

Les forces du mal ne pourront alléguer aucun prétexte pour justifier ces actes ignobles

Toutes ces questions n'auront évidemment pas de réponses immédiates, mais pour ce qui est des cibles molles désormais privilégiées par les terroristes dans toutes les zones où ils sévissent, on pourrait dire que c'est un signe de débâcle et de fin de terreur, d'autant que ces forces du mal ne pourront alléguer aucun prétexte pour justifier ces actes ignobles, même auprès des populations au nom desquelles ou pour lesquelles ils prétendent généralement agir.

A moyen ou long terme, ce sera donc échec et mat pour ces individus qui veulent imposer leur vision du monde à coup de kalachnikovs et d'engins explosifs improvisés, car, en plus des Forces de défense et de sécurité qui leur taillent des croupières sur tous les fronts, ils auront affaire aux paisibles pour ne pas dire passives populations civiles, qui n'auront d'autre choix que de leur tenir la dragée haute face à ce qui est devenu désormais un péril commun.

Et c'est maintenant ou jamais que l'Etat doit jouer pleinement son rôle régalien, en fixant les populations dans leur milieu habituel tout en prenant évidemment des dispositions pour assurer leur sécurité et les encadrer afin d'éviter les amalgames, les clichés et les stéréotypes qui ne servent que la cause de ces individus sectaires.

En d'autres termes, l'on doit chercher à réduire l'attrait du terrorisme en exaltant le caractère sacré de la vie, et en prônant justice, dignité et compassion pour toutes les victimes sans exclusive, sans considération d'ethnie ni de religion.

Dans cette lutte commune pour la survie, la société civile et les leaders religieux qui ont mené des campagnes spectaculaires et intensives contre par exemple le VIH/SIDA, l'impunité des crimes de sang et l'intolérance religieuse, ont un rôle majeur à jouer.

Ces acteurs devraient même s'y impliquer davantage. De même que les sommités religieuses de notre pays qui discréditent les messages de haine des terroristes et déconstruisent les idées préconçues de certains de nos compatriotes, qui sont de nature à mettre à mal notre cohésion sociale.

C'est à ce prix qu'on pourra contraindre ceux qui se sont déjà isolés pour nous imposer cette guerre absurde, à s'isoler davantage jusqu'à ce qu'ils disparaissent ou rentrent dans les rangs en rendant d'abord les armes.

Pour la survie du Burkina Faso homogène hérité de nos ancêtres, pour la mémoire de tous ceux qui sont tombés pendant toutes ces années de terreur, et notamment les femmes et les enfants qui sont les plus vulnérables, nos populations doivent se serrer davantage les coudes et demander à la Providence de nous aider à nous débarrasser de tous ceux qui peuvent contrarier notre noble combat.

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