Guinée Bissau: Presidentielle - Quand Embalo met tout le monde devant le fait accompli

C'est, en principe aujourd'hui, 6 janvier, que la plus haute juridiction bissau-guinéenne, c'est-à-dire la Cour suprême, devra commencer à analyser les recours visant à annuler le résultat du second tour de la présidentielle, déposés le 3 janvier dernier par Domingos Simoes Pereira, candidat malheureux du PAIGC (Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert).

Pour le candidat du parti historique, « les résultats ont été changés » au profit de M. Embalo. Pour étayer sa plainte, il dit détenir des preuves. En tout cas, il a tenu à prévenir tout le monde en lâchant : « Un tel résultat, nous ne pouvons pas l'accepter ».

On peut d'abord relever et saluer la volonté du perdant de recourir à la voie légale pour contester les résultats.

Cette démarche est d'autant plus à saluer qu'en Afrique, les perdants des élections semblent de plus en plus tourner le dos aux instances officielles chargées de trancher les litiges électoraux. Très souvent, ils reprochent à ces structures, leur manque d'impartialité.

De ce fait, ils appellent très souvent la rue à la rescousse. Résultat, les après-élections, dans bien des pays africains, débouchent sur des tragédies. Il revient donc à la Cour suprême de jouer, dans la transparence la plus totale, sa partition de sorte à éviter à la Guinée-Bissau de mal terminer ce qu'elle avait si bien commencé.

Mais avant même que la Cour suprême ne commence à examiner les recours du candidat perdant, voilà que celui qui est arrivé en tête au second tour, a déjà entrepris une mini-tournée pour, dit-il, remercier ses soutiens.

C'est donc dans la posture d'un président convaincu que le verdict de la Cour suprême lui sera favorable, qu'il s'est rendu d'abord au Sénégal, puis au Congo Brazzaville et enfin au Nigeria. En tout cas, Embalo voudrait mettre tout le monde devant le fait accompli qu'il ne s'y prendrait pas autrement.

Embalo devait jouer la carte de la prudence

Et si, par extraordinaire, la Cour suprême venait à examiner favorablement les recours de Pereira au point de décider de l'annulation du résultat du 2e tour, l'on peut se poser la question de savoir s'il va s'y plier ; lui qui, de manière précipitée, a déjà enfilé son costume de président pour remercier ses bienfaiteurs. Mieux, il traite Alpha Condé, le président guinéen, de désormais collègue.

De la même manière que l'on avait dénoncé le fait que certains présidents, occidentaux notamment, ne prenaient pas la peine d'attendre les résultats définitifs avant de congratuler X ou Y, l'on doit avoir le courage de dire que Umaro Sissoco Embalo est allé trop vite en besogne. Et son attitude est d'autant plus sujette à caution qu'il avait été le premier à contester les résultats du premier tour.

De ce point de vue, il devait jouer la carte de la prudence de sorte à permettre d'abord à la Cour suprême d'analyser les recours déposés par son rival. Et le fait aussi d'appeler à la mise en place d'un gouvernement d'union nationale alors que sa victoire n'a pas été confirmée par la Cour suprême, peut paraître suspect.

En tous les cas, Domingos Simoes Pereira est dans son bon droit de recourir à la Cour suprême pour contester les résultats. Et tant que cette instance ne valide pas les résultats du second tour, aucun des deux candidats ne doit se considérer comme président officiel de la Guinée-Bissau.

Cela dit, l'on peut aussi regretter qu'Umaro Sissoco ait, parmi ses mentors, un certain Denis Sassou Nguesso. En effet, tout le monde est au courant de la piètre copie rendue par ce dernier en matière de démocratie et d'alternance politique au Congo.

De ce point de vue, l'on peut suggérer à Umaro Sissoco Embalo, dans l'hypothèse où il serait confirmé par la Cour suprême, de le retirer de la liste de ses mentors.

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