Algérie: Le pouvoir joue l'apaisement sans convaincre

En Algérie, la libération de 76 détenus à Alger comme geste d'apaisement qui est loin de satisfaire la rue.

Dans un café à Alger ce vendredi matin, la discussion s'enflamme. Pour l'un des clients, "c'est la grandeur et la solidarité du peuple algérien qui a permis ces libérations, il faut continuer le combat, c'est une victoire mais il faut continuer."

La libération de 76 détenus ce jeudi 2 janvier est ainsi perçue comme une victoire. Mais elle suscite aussi des craintes. Mourad est buraliste et soupçonne la libération prochaine des anciens dignitaires emprisonnés : "Je salue ces libérations même si je ne comprends plus qui gouverne réellement. Beaucoup de personnes sont innocentes mais j'ai peur qu'on libère les Issaba, les ex-responsables politiques et les grands hommes d'affaires. Si par malheur, par exemple, on viendrait à libérer Ahmed Ouyahia (ancien Premier ministre algérien, ndlr) la situation va dégénérer."

D'autres comme le boulanger Issa pensent que c'est une mesure d'apaisement, devenue possible après la mort du chef d'Etat-major Ahmed Gaid qui était devenu l'homme fort du pays après la démission d'Abdelaziz Bouteflika : "Je pense que la mort de Gaid y est pour quelque chose, ce qui me fait me poser des questions sur cette mort."

Le Hirak divisé

La libération de tous les prisonniers est une demande légitime selon la politologue louiza ait Hamadouche même si elles soulèvent des interrogations :

"Cette libération est une bonne chose en soi puisqu'elle concerne des détenus d'opinion mais le fait qu'elle coïncide avec l'annonce du nouveau gouvernement laisse penser qu'on a cherché à donner une légitimité de départ à ce gouvernement. De plus, elle pose une autre question qui est l'indépendance de la justice. Les conditions de ces libérations posent en fait quelques problèmes quant au fonctionnement de la justice."

La libération des détenus est largement saluée mais elle divise. Si pour certains il ne s'agit que d'une nouvelle manœuvre, les autres y voient un réel geste d'apaisement. Sur cette question, le mouvement de protestation Hirak est aussi divisé.

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