Congo-Kinshasa: E.Tshisekedi ne dirigera pas la RDC sauf si...

7 Janvier 2020

Il y a quelques années, je suis arrivé en Israël avec 4 autres compatriotes pour un stage. Deux semaines après notre arrivée, nous voulions rencontrer nos compatriotes vivants dans ce pays.

Après que la nouvelle de notre présence soit annoncée, une compatriote étudiante et finaliste à l'époque à l'université de Beersheba, ville située au Sud d'Israël nous invite chez elle pendant qu'elle préparait en même temps son mariage. Elle était en train de terminer ses études en relations internationales et le couple s'apprêtait à retourner au pays, car un poste l'attendait dans une agence des Nations Unies en RDC.

A peine arrivée chez elle, elle nous conduit chez sa marraine, celle qui a subventionnée ses études en Israël pendant cinq ans. Il s'agit du professeur Tamar Golan dans sa septantaine. Elle est décédée déjà depuis quelques années. Elle fut aussi à cette époque la présidente honoraire de la même Université. Tamar Golan n'a pas eu de progéniture.

Pendant plusieurs années, elle a parrainé les études des étudiants venant de partout dans le monde parmi lesquelles notre compatriote et son mari (celui-ci n'est pas Congolais). Elle était très ravie de nous rencontrer sachant que nous venions d'arriver de l'ex-Zaïre qu'elle connaissait très bien pour avoir travaillé comme diplomate et surtout joué un rôle important dans les coulisses du pouvoir. Elle fut aussi une figure importante du parti travailliste israélien.

Elle commence son entretien par le regret de savoir qu'elle s'acheminait vers sa mort sans avoir été témoin du changement surtout de la démocratisation et du développement du Zaïre, le pays pour lequel elle avait tant donné. Elle enchaîne en vantant ses richesses, sa grandeur, sa diversité, bref tout ce qui peut faire de ce pays, une puissance et un paradis pour ses habitants. L'étape suivante fut les relations entre Mobutu et Israël après la conquête du Mont Sinaï par Tsahal et le revirement de celui-ci lorsqu'il choisit entre un ami et un frère. Ici, elle rentre dans les coulisses du pouvoir : Israël à travers elle (Comme diplomate et membre du parti Travailliste) a poussé la troïka à réfléchir sur l'alternative à Mobutu. Ses regards étaient déjà sur un homme... Tshisekedi.

C'est elle qui a présenté le nom de Tshisekedi dans la cour des grands, son voyage aux Etats-Unis, chez les Démocrates, certains décideurs Américains et la gauche internationale compte tenu de ses idées progressistes et sociales. Elle a tissé des liens avec la famille Tshisekedi.

Elle était les yeux et les oreilles de Tshisekedi et de sa famille chaque fois que celui-ci était malmené par le régime de Mobutu. Elle nous raconte que c'est elle qui avait facilité l'exil des enfants Tshisekdi en Europe. Félix était son enfant chéri avec qui elle a gardé des liens. Elle a affirmé que c'est elle qui a motivé Félix à embrasser la carrière politique car dit-elle, la politique était aussi une affaire de famille en Israël.

Nous avions senti combien elle avait de l'admiration pour Félix (elle le dit surtout parce que ce dernier ressemble tellement à son père à tous points de vue. Et croit qu'il serait le prototype de son père sur le plan politique tout en lui conseillant de ne pas répéter les erreurs de son père qui ont fait qu'il soit banni par les faiseurs des rois). Elle nous fait part de multiples passages de Félix en Israël pour la visiter et ce dernier la considérait comme sa mère.

On lisait de l'amour envers Tshisekedi et Félix. De sa propre bouche, elle nous décrit Etienne Tshisekedi : un homme honnête, avec de la personnalité, une moralité élevée, intelligent, rigoureux, indocile, autoritaire, visionnaire, incorruptible, respecté par tous les grands du monde. Les diplomates de la troïka à Kinshasa avaient de la peine à l'idée de rencontrer Tshisekedi et de fléchir ses points de vue. Quelques fois ces diplomates se sentaient humiliés par Tshisekedi lors des négociations. Elle ajoute : malheureusement, ses traits de caractères ajoutés à sa popularité font que les décideurs ne veulent pas de lui. Ils craignent qu'arrivé au pouvoir, qu'il puisse leur tourner le dos.

Selon elle, pendant sa génération, le seul Congolais à ses yeux qui était capable d'instaurer la démocratie et le développement de l'ex-Zaïre, c'est Tshisekedi. Elle nous dit directement que tout ce que les Belges ont obtenu des Américains ce que le nom de Tshisekedi soit ôté sur la liste des prétendants au pouvoir au Zaïre. Avec un air amer et des remords à peine visibles, elle lâche : Tshisekedi ne dirigera pas le Congo. Ensuite un peu hésitante, elle ajoute : « Sauf si le peuple congolais s'engageait dans une véritable révolution pour le placer au pouvoir ». Elle dit que Tshisekedi le sait mais croit aussi que le peuple Congolais arrive, la maturité peut prendre en main son destin.

Enfin, elle se met debout et nous regarde dans les yeux. Assis devant elle dans son bureau comme des étudiants, elle nous dit que « Je vous répète ici, je n'ai cessé de répéter chaque fois à Félix : « Tshisekedi est entrain de vieillir, le poids de l'âge est en train de prendre le dessus. Il a tout fait, il a tout donné pendant des années, il s'est sacrifié et a été malmené, humilié, relégué, torturé... Le Congo ne lui appartient pas à lui seul. Prenez courage vous les jeunes. C'est votre pays, jusqu'à quand vous allez continuer à sacrifier votre avenir à celui de vos enfants voire des générations futures ? »

Elle s'assoit et nous dit que c'est lors de la Conférence Nationale Souveraine que les Belges ont réussi à influencer la Troïka pour que Tshisekedi ne sorte pas victorieux de ces assises. Car, la CNS (ses résolutions) et Tshisekedi étaient un danger pour la communauté internationale et leurs intérêts voire même au-delà de la RDC.

Le Dialogue intercongolais de Sun City que Tshisekedi avait sauvé mais que les Belges ont saboté, brouillé et orienté encore une fois pour que la suite ne soit pas en faveur de Tshisekedi, alors que c'est lui qui devait hériter la gestion du pays après la mort de Kabila. Elle accuse l'opportunisme des leaders politiques congolais, à la merci des diplomates en poste à Kinshasa, qui ont sacrifié le peuple congolais, au profit de leurs intérêts personnels : corruptibles, manipulables surtout lorsque les enjeux sont à l'avantage de Tshisekedi.

Elle nous parle même de l'option de son assassinat mais les Américains se sont farouchement opposés. La mort du diplomate français lors des pillages de triste mémoire à Kinshasa, c'est Tshisekedi qui était visé. Chez lui sur la 10è rue, il y a eu plusieurs tentatives d'assassinat qu'elle avait réussi à déjouer certains de loin, grâce à ses contacts et à l'antenne de sécurité mise en place par les Américains.

Enfin de compte, pour les Américains, la ligne rouge à ne pas franchir c'est l'assassinat de Tshisekedi. Et tous devaient en tenir compte : Belges, Français, Mobutu, Kabila père et aujourd'hui Kabila fils, de ne rien toucher aux cheveux de Tshisekedi. La surveillance de la sécurité de Tshisekedi s'était accrue lorsque les Rwandais sont entrés à Kinshasa, car il y avait un plan intercepté dans ce sens profitant du désordre qui a régné lorsque l'AFDL avait pris le pouvoir.

J'ai trouvé utile de partager ce témoignage avec mes compatriotes. Certainement qu'il y a des choses à vérifier surtout auprès de Félix et aux anciens qui ont connu feu Prof. Tamar Golan comme diplomate au Congo : sur ses relations avec Félix, Etienne Tshisekedi, la famille et surtout les coulisses du pouvoir.

Cet entretien m'a conduit à réviser personnellement quelques faits historiques dont je fus témoin dans notre pays comme les propos de Louis-Michel après Sun City où dans toutes les Télés, Louis Michel proférant les menaces sur Tshisekedi, déclarant que celui-ci était politiquement fini pour avoir refusé de participer aux élections de 2006. Ceci m'a conduit à me faire une appréciation sur les ratés et les tergiversations de notre parcours jusqu'à ce jour, tout simplement parce qu'il fallait empêcher l'homme providentiel coûte que coûte à conduire le destin de son peuple.

J'ajoute la molestation de Tshiseledi à l'aéroport de Ndjili lors de la dernière campagne électorale de 2011 sans que la communauté internationale puisse tousser. Les tripatouillages de ces élections et comment la communauté internationale n'a même pas ouvert la bouche tout simplement parce que le vainqueur s'appelait Tshisekedi. La peur qui a régné chez les Occidentaux qui avaient observé la mobilisation des Congolais lors de ses élections croyant que cette mobilisation allait conduire à une révolution.

Cordialement et patriotiquement vôtre.

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