Afrique de l'Ouest: Les Humeurs de Barry - Emballo s'emballe trop vite

Le diplomatiquement incorrect, le fraîchement élu président bissau-guinéen, Umaro Sissoco Emballo, en avait usé sans modération dans l'entre-deux campagnes, fustigeant la présence de la force de la CEDEAO dans son pays, lui conseillant d'aller voir ailleurs si l'eau n'est pas plus trouble et l'herbe plus flétrie, notamment au Burkina, au Mali ou au Niger, pays en proie au terrorisme. Mieux, il s'en était vertement pris au président de la Guinée Conakry, Alpha Condé, qu'il a toujours accusé d'avoir tout fait pour qu'il ne soit pas président.

A ce propos, il avait fait cette tonitruante sortie : « En Guinée Conakry, les manifestants sont tués même dans les cimetières. La CEDEAO n'a pas dit un mot là-dessus... Comment se fait-il qu'un président qui a passé 50 ans dans l'opposition soit en train de tuer, de massacrer des manifestants ?. Le président Alpha Condé, je le connais très bien. Moi-même je l'ai aidé pendant sa campagne, mais il m'a déçu. Avec son âge, il est en train de réclamer un 3e mandat. Ce n'est pas normal. L'heure a sonné pour la jeunesse. Lui, c'est notre grand-père. Il doit prendre sa retraite ».

Il est vrai qu'une certaine opinion justifie cette inimitié par le fait qu'Emballo étant de la communauté peule, laquelle, de part et d'autre de la frontière, serait alignée derrière l'opposant Cellou Dalein Diallo, le président guinéen ne pouvait, par conséquent, le porter dans son cœur. Est-ce fondé? Là n'est pas la question. Toujours est-il qu'en politique, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire.

La fougue de ses 47 printemps, il en a usé en excès. La preuve, au lendemain de sa victoire annoncée par la commission électorale mais non confirmée par la haute instance constitutionnelle, et faisant fi de la plainte déposée par le perdant, Domingo Simoes Pereira, il avait aussitôt pris son bâton de pèlerin pour un périple qui l'a conduit au Sénégal, au Nigeria et au Congo Brazzaville, pour dire certainement merci à ceux qui ont grandement contribué à le faire roi. N'était-ce pas trop tôt ?

C'est vrai que, pendant cette tournée, sentant de plus en plus le poids de sa nouvelle fonction et ayant peut-être été recadré par les doyens visités qui l'ont accueilli avec une condescendance paternelle, il a commencé à mettre balle à terre. Lors de son passage à Brazaville, il avait ajouté un bémol à ses déclarations antérieures : « Aujourd'hui nous sommes homologue avec le président Alpha Condé. Je ne peux me permettre de dire quoi que ce soit contre lui. D'ailleurs, nous allons nous retrouver. Le président Alpha Condé a l'âge de mon père, et en Afrique, cela compte beaucoup. Si nous nous sommes mal compris, il reste que nous sommes des homologues et des voisins immédiats ».

N'est-ce pas mieux ainsi ? Si nous avons un conseil à lui donner, c'est, en politique notamment de tourner sa langue plus de sept fois avant de prononcer un mot, et de réfléchir par plusieurs fois avant d'entreprendre une démarche, aussi anodine paraît-elle. Il n'y a aucun intérêt à ouvrir de nouveaux fronts. Le principal gagnant, ce serait d'abord et avant tout la Guinée-Bissau, un pays qui souffre le martyre depuis son indépendance le 24 septembre 1973. Balloté entre coups d'Etat réussis, tentatives de putschs et assassinats politiques, notamment celui de Joao Bernado Vieira, il n'a jamais connu de transition pacifique. Et pour ne rien arranger, le trafic de drogue avait fini par en faire un narco-Etat qui partait inexorablement à la dérive. Que le nouveau président médite donc un peu sur ce mot du diplomate et homme politique français Charles-Maurice de Talleyrand: «La parole a été donnée à l'homme pour déguiser ses pensées».

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Plus de: L'Observateur Paalga

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