Congo-Kinshasa: Les étudiants de l'université de Kinshasa expulsés de leurs résidences

Batiment administratif de l'UNIKIN

Le gouvernement a ordonné aux étudiants de quitter les résidences universitaires au plus tard jeudi 9 janvier. La mesure est prise suite à de violentes manifestations contre l'augmentation des frais de scolarité.

Selon un communiqué de la police de la ville de Kinshasa, tout étudiant sera considéré comme "un ennemi de la République" s'il se trouve encore jeudi à l'université de Kinshasa.

La police promet ainsi d'user de "tous les moyens légaux" pour exécuter cet ordre du gouvernement. Elle demande aux étudiants d'évacuer "volontairement" leurs résidences universitaires, "avant le lancement de l'opération de déguerpissement forcé".

Tout en reconnaissant qu'il y a eu des infiltrés dans les rangs de manifestants, la présidente nationale des étudiants congolais juge l'ultimatum excessif.

Selon Prisca Manyala "dans les résidences étudiantes se trouvent principalement les étudiants venant des provinces. Très peu parmi eux ont de la famille ici dans la ville de Kinshasa."

Vital Kamerhe, le directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi, a déclaré que les responsables de la mort, mardi 7 janvier, d'un policier "ne sont pas des étudiants de l'Unikin mais des infiltrés".

Prisca Manyala le reconnaît. Mais l'étudiante en deuxième année de licence à la faculté des Lettres et Sciences Humaines de l'université de Kinshasa demande l'indulgence des autorités congolaises.

"Sur cent arrestations, il n'y avait que cinq étudiants. C'est dire qu'il y avait des personnes qui n'étaient pas étudiantes et des infiltrations que nous ne pouvions déceler dans la masse. Mais nous implorons l'indulgence du gouvernement afin qu'il accorde plus de temps pour les étudiants qui doivent libérer leur appartement. Pour qu'après il y ait bien sûr l'identification promise", explique-t-elle.

La crainte d'une année blanche

Même si certains étudiants ont commencé à quitter les résidences, les appels au dialogue se multiplient.

"La solution serait que tout le monde revienne à la raison, que les étudiants négocient avec le comité de gestion et le gouvernement pour trouver le juste milieu qui permette le minimum des conditions pour que le universités fonctionnent. Sinon, on va déclarer une année blanche", soutient le directeur de l'Institut panafricain de géopolitique de Nancy en France.

Mwayila Tshiyembe, qui est aussi chargé de cours à l'université de Kinsangani (nord-ouest de la capitale Kinshasa), fustige cependant les dégâts causés par les manifestants.

"Ce qui est impossible, c'est que les étudiants se retournent pour casser le peu de bien dont ils disposent. Ces étudiants se tirent une balle dans le pied", se désole-t-il.

Augmentation des frais d'inscription

À l'origine, les étudiants de la plus grande université du pays manifestent contre l'augmentation des frais de scolarité. "Nous protestons contre l'augmentation du taux (qui est passé de 920 à 1.700 francs congolais contre un dollar, ndlr) pour le paiement des frais académiques", a déclaré à la DW Aaron Kukalengui, étudiant à Faculté des Sciences sociales, politiques et administratives, option Relations internationales.

Il est à rappeler que l'année dernière, les frais académiques étaient fixés à 253.000 francs congolais (soit 275 dollars au taux de 920 FC le dollar).

Ce montant est passé en ce début 2019 à 485.000 FC (soit 285 dollars avec le nouveau taux de 1.700 FC le dollar).

Aaron Kukalengui comme ses collègues exigent que le paiement des frais de scolarité se fasse selon l'ancien taux, d'autant que les étudiants ne bénéficient pas de bourses d'études.

Selon la présidente nationale des étudiants congolais, Prisca Manyala, le président Félix Tshisekedi pourrait les recevoir dans les jours à venir pour essayer de trouver une solution à cette crise.

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