Sénégal: Lutte contre la radicalisation - La formule de Maye Diouma Diouf Diop

10 Janvier 2020

Prononçant le Discours d'usage de l'audience solennelle de la rentrée des Cours et Tribunaux pour l'année judiciaire 2019-2020 axée sur le thème «La lutte contre le terrorisme, un défi pour les Etats africains à l'aube du 21ème siècle», la présidente du Tribunal pour enfants auprès du Tribunal de grande instance hors classe de Dakar, Mayé Diouma Diouf Diop, est revenue sur les méthodes de préventions pour éviter le fléau du terrorisme. Elle a donné la formule pour prémunir les populations de l'extrémisme, le terrorisme, qui est devenu une épée de Damoclès sur les pays africains.

«La lutte contre le terrorisme, un défi pour les Etats africains à l'aube du 21ème siècle». Tel est le thème de l'audience solennelle de rentrée des Cours et Tribunaux pour l'année judiciaire 2019-2020. Prononçant le Discours d'usage hier, jeudi 9 janvier, la présidente du Tribunal pour enfants auprès du Tribunal de grande instance hors classe de Dakar, Mayé Diouma Diouf Diop, a fait savoir que les Etats africains doivent prévenir le terrorisme par l'intervention de la justice.

Selon elle, il s'agit d'une lutte contre l'exclusion et les cycles de violences communautaires. «L'accès au droit et à la justice pour tous, disons-nous, c'est un défi majeur que les Etats africains doivent relever pour empêcher que certains de nos concitoyens tombent dans le piège tendu par des groupes qui profitent de leur ignorance pour leur vendre une illusion de vie contraire aux valeurs de la République», a indiqué Mayé Diouma Diouf Diop.

Mieux, a-t-elle soutenu, « assurer l'effectivité des droits fondamentaux et faciliter l'accès à une justice indépendante et impartiale, c'est développer l'esprit citoyen et républicain et, par la même occasion, prévenir la radicalisation violente». Toujours dans le cadre de la vigilance pour éviter le fléau du terrorisme, Mayé Diouma Diouf Diop a laissé entendre qu'il est nécessaire d'avoir une «justice effective et impartiale comme moyen de lutte contre l'injustice et les inégalités, vectrices d'extrémisme».

«C'est également lutter contre l'injustice par une justice restauratrice pour rompre d'avec les cycles de violences, surtout communautaires, qui, lorsqu'ils ne sont pas bien résolus, peuvent dégénérer», a indiqué la juge. Pour elle, «il apparait ainsi nécessaire d'assurer une meilleure prise en charge de la victime durant tout le procès et d'accorder une plus grande attention à la souffrance morale».

Et de poursuivre : «nous ne devons pas, non plus, perdre de vue la prise en charge pré et post-condamnation du délinquant pour éviter la déshumanisation, autre cause de la radicalisation violente. C'est tout le sens de la justice restauratrice, une justice qui, associant la norme juridique à d'autres normes, vise, entre autres, à : garantir l'effectivité de la sanction et éviter ainsi l'impunité ; réparer de manière appropriée le préjudice subi par la victime ; prendre effectivement et efficacement en charge le délinquant», a expliqué Mayé Diouma Diouf Diop.

Non sans ajouter : «il est important, pour ce faire, de transformer nos prisons en des lieux de redressement et de préparation à la réinsertion sociale des détenus. Il faudrait éviter qu'elles deviennent des lieux de radicalisation, comme cela a été vu dans certains pays européens».

RÉADAPTATION DES PROCÉDURES ET DES PRATIQUES JUDICIAIRES POUR L'EFFICACITÉ DE LA RÉPRESSION

La présidente du Tribunal pour enfants auprès du Tribunal de grande instance hors classe de Dakar est d'avis que la redéfinition du périmètre judiciaire est une exigence stratégique dans la lutte contre le terrorisme en Afrique. «Cette nouvelle approche implique un changement de paradigme en matière de politique pénale par la redéfinition du rôle du Procureur de la République dans les stratégies de lutte anti-terroriste et la mise en place de plateformes automatisées de recueil, de partage et d'analyse d'informations à but judiciaire», a-t-elle indiqué.

Selon Mayé Diouma Diouf Diop, «il n'est plus question, pour la justice, de rester dans une posture réactive qui est d'ordinaire l'essence même de son action». Mieux, «la justice, par le biais du Procureur de la République, doit désormais prévenir le passage à l'acte par la prise en charge précoce de la phase dite pré-judiciaire. D'où l'intérêt de la judiciarisation du renseignement qui est une préoccupation majeure». Pour elle, «le renseignement est fondamental dans la prévention et la répression du terrorisme. Son apport est décisif pour la surveillance de groupes extrémistes».

UNE INGENIERIE JUDICIAIRE POUR FAIRE FACE A L'INGENIERIE CRIMINELLE

Toujours sur la Réadaptation des procédures et des pratiques judiciaires pour l'efficacité de la répression, Mayé Diouma Diouf Diop dira qu'il faut une ingénierie judiciaire pour faire face à l'ingénierie criminelle. «Nous devons développer la culture du travail d'équipe dont le meilleur outil est la mise en place de plateformes automatisées de recueil, d'analyse et de partage d'informations à but judiciaire», a conseillé la juge. Pour cause, a-t-elle relevé, «l'éparpillement des informations à caractère stratégique, l'absence d'évaluation et de synthèse des études ne facilitent pas l'émergence d'une réponse concertée à même de cerner le mal».

Selon elle, les Etats de la sous-région devraient aller dans ce sens en mettant en place des bases de données nationales et régionales. «En automatisant le système de renseignement et en ayant toute l'information disponible dans des formats standardisés, les actions de chacune des entités luttant contre le terrorisme seront plus efficaces parce que reposant sur une information plus complète et obtenue en temps réel», a tenu à préciser la juge.

REPENSER LA PRISE EN CHARGE DU TERRORISME

Selon Mayé Diouma Diouf, nombre d'acteurs de la lutte antiterroriste sont d'avis que le recours aux méthodes extrêmes pour l'éradication du terrorisme est inefficace. «Ces pratiques constituent, d'ailleurs, le piège dans lequel les terroristes tentent de faire tomber toute société fondée sur le respect des droits humains, c'est-à-dire l'amener à renier ses valeurs fondamentales», a-t-elle expliqué. Ce qui lui a permis de souligner qu'un «traitement judiciaire efficient, conforme aux principes de l'État de droit et au respect des droits de la personne humaine, doit obligatoirement s'appliquer».

EN BREF... EN BREF...

Un nouveau siège pour la Cour Suprême

La Cour suprême aura bientôt un nouveau siège. L'annonce est du président de la République. «J'ai pris bonne note pour la demande légitime pour la construction d'un siège pour la Cour suprême. Je prends la décision de faire construire le siège de la Cour suprême auprès du Palais de justice de Dakar, si l'espace est suffisant. Si ce n'est pas le cas, nous trouverons un espace approprié à Dakar ou dans la nouvelle ville de Diamniadio, si les magistrats souhaitent fréquenter cette nouvelle ville», a fait savoir Macky Sall. Il répondait à la sollicitation du Procureur Général près la Cour suprême, Cheikh Ahmed Tidiane Coulibaly.

Pour le Procureur Général, «la Cour suprême a besoin d'un siège à la hauteur de son rang. Le Musée dynamique, Maison des Arts à la base au prix de quelques travaux a été réaménagé pour accueillir provisoirement la Cour suprême, qui a dû précipitamment quitter le Palais du Cap Manuel, 30 ans après. Nous y sommes toujours, dans ce bâtiment marqué par les stigmates du temps. Monsieur le président de la République, la Cour suprême a tout simplement besoin d'un siège qui soit à la hauteur de son rang», a dit M Coulibaly.

Un fonds de 500 millions disponible pour l'Ecole des avocats

Répondant à l'interpellation du Bâtonnier de l'Ordre des avocats du Sénégal, Me Pape Leyti Ndiaye, le président Macky Sall a indiqué que l'aide de 500 millions de F Cfa destinés à l'édification de l'Ecole des avocats est déjà disponible. Le fonds sera transféré au ministère de la Justice qui le mettra à la disposition des avocats.

Le fonds de l'aide juridictionnelle disponible, la semaine prochaine

«Pour ce qui concerne l'aide juridictionnelle promise, la semaine prochaine, ces fonds seront également (disponibles) au ministère de la Justice, conformément aux décisions qui ont déjà été prises», a annoncé le président Macky Sall. Il répondait également à l'interpellation du Bâtonnier qui disait : «l'augmentation et l'effectivité de la mise à disposition de l'aide juridictionnelle au Barreau lui permettront d'encourager l'installation des avocats dans toutes les régions de l'intérieur du pays et conséquemment de procéder au recrutement de plus en plus de jeunes dans la profession».

532 requêtes reçus et 486 décisions rendues en 2019

Selon le Procureur Général près la Cour suprême, Cheikh Ahmed Tidiane Coulibaly, la Cour suprême a reçu, au cours de l'année écoulée (2019), toutes chambres confondues, 532 requêtes et a rendu 486 décisions (arrêts et ordonnances).

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